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Le pétrole bleu

 

par Bernard Miltenberger

 

Un français met au point, avec l’aide d’une équipe universitaire espagnole, un procédé de fabrication de pétrole directement utilisable, sans métaux lourds, sans prélèvement dans la biodiversité, et recyclant le CO2 industriel au passage.

Cette information est passée quasiment inaperçue. Seules 2 minutes et 40 secondes lui ont été consacrées ce 31 janvier dernier au journal télévisé de TF1. Le peu d’enthousiasme à aider chez nous le projet, qui a finalement vu le jour à Alicante en Espagne, explique peut-être cette étonnante discrétion.

Depuis le début de cette année, la première usine pilote de la société BFS est entrée en production avec une capacité à terme de 220.000 barils annuels et la conversion de 450.000 tonnes de CO2 industriel. Deux installations de ce type par département couvriraient la totalité des besoins en pétrole pour le transport automobile en France. Enfin un espoir, ou encore un faux espoir ?

 

Comment cela marche-t-il ?

L’idée de fabriquer du pétrole artificiel n’est pas neuve. Déjà dans les années 1940 le Dr Jean Laigret communiquait à l’Académie des sciences ses travaux sur la fermentation de micro-algues pour la production de pétrole selon un cycle naturel. Ces idées ont été oubliées, mais récemment reprises dans plusieurs thèmes d’études de procédés utilisant diverses filières d’algues  réputées adaptées. Par ailleurs chacun connait les controverses sur la recherche de « biocarburants » qui ne cesse de proposer des solutions plus ou moins intéressantes, sans toutefois apporter de véritables réponses. Dans la nature, le processus se déroule sur plusieurs dizaines de millions d'années. L'écorce terrestre constitue le “ four ” naturel, à des profondeurs de deux à dix kilomètres, où règnent des températures comprises entre 50 et 300 °C. La transformation s'opère sur une substance organique nommée kérogène, qui résulte d'une lente dégradation de débris organiques par des bactéries anaérobies.

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 Ces débris organiques proviennent de phytoplancton, de bactéries et parfois de plantes supérieures terrestres (le zooplancton et les animaux supérieurs ne jouent qu'un rôle mineur) qui se sont accumulés dans les sédiments argileux des fonds lacustres ou des mers fermées, puis qui ont été enfouis. Dans le “ four ”, le kérogène subit un craquage thermique, les grandes molécules organiques sont rompues en molécules plus petites d'hydrocarbures et, dans une moindre proportion, en diverses molécules complexes, dont le mélange est appelé pétrole.

Le concept proposé par B. Stroaïzzo-Mougin (ingénieur français, fondateur de la société espagnole BFS), cherche en fait à recopier le processus naturel d’élaboration des hydrocarbures, en l’accélérant à l’aide de nos connaissances technologiques actuelles.

Ainsi le procédé de synthèse développé et breveté par BFS s’inspire de ce processus naturel. Il utilise des éléments comme l’énergie solaire (comme source principale d’énergie), la photosynthèse et les champs électromagnétiques associés aux propriétés organiques du phytoplancton (micro-algues marines) pour convertir le CO2 issu des émissions industrielles, en une biomasse puis en un pétrole artificiel similaire au pétrole fossile, sans soufre et sans métaux lourds, en quelque sorte un pétrole propre.

La culture intensive des micro-algues et l’absorption massive du CO2 s’opère en milieu fermé et dans des « photobioréacteurs » verticaux pour une optimisation des surfaces d’implantation, un meilleur contrôle des propriétés physico-chimiques du milieu d’élevage et une rentabilité optimale.

Le phytoplancton et les cyanobactéries utilisés dans le procédé sont des organismes vivants unicellulaires microscopiques, ancêtres de toutes formes de vie animale et végétale. Ce sont des organismes « autotrophes », qui utilisent pour leur croissance un processus photosynthétique semblable à celui des plantes. Ce sont d’authentiques usines biochimiques en miniature, capables de réguler le CO2 (rappelons que le phytoplancton marin est responsable de plus de la moitié de la fixation totale du CO2 sur notre planète). Le rendement de ces micro-algues est nettement supérieur à celui des plantes terrestres. En effet, certains de ces micro-organismes unicellulaires se divisent par mitose toutes les 24 heures et se multiplient à l’identique sans autre apport que la cellule d’origine, de la lumière, de l´eau et… du CO2. Les équipes de recherche biologique BFS travaillent à partir de souches de phytoplancton à haute teneur en lipides, sélectionnées parmi plus de 30.000 espèces répertoriées, sans manipulation artificielle et sans prélèvement sur la biodiversité. La concentration cellulaire normale de ces micro-organismes dans l’eau de mer est de l’ordre de 100 à 300 cellules par millilitre. En milieu d’élevage, BFS atteint dans ses bioréacteurs une croissance exponentielle des micro-algues avec des concentrations de 500 millions à 1 milliard de cellules par millilitre.

Là où le procédé vient encore s’enrichir en termes d’opportunité écologique, c’est que le CO2 concentré nécessaire à cette culture des micro-organismes est celui obtenu à partir des rejets industriels, capté en sortie de cheminées d’usines.

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Ainsi l’usine pilote BFS d’Alicante en Espagne est construite au voisinage de la cimenterie CEMEX (3ème cimentier mondial) et recueille les rejets de cette cimenterie. Elle sera capable par hectare équipé et par an de convertir 12 000 tonnes de CO2 par an.

C’est ainsi que la fabrication de ce pétrole gère au passage la dépollution en CO2 des installations industrielles.

«Aujourd’hui, il est désormais possible de valoriser le CO2 en une véritable source d’énergie de qualité, similaire au pétrole d’origine fossile, propre, inépuisable et économiquement viable ». (Bernard Stroïazzo-Mougin, Président-fondateur de bio fuel systems)

 

Quelques chiffres (selon BFS) :

Pour produire 1 baril de pétrole, BFS absorbe 2.168 kg de CO2 et neutralise définitivement 937 Kg de C02 après combustion.

À échéance, l’usine d’Alicante sera déployée sur 40 hectares et neutralisera 450.000 tonnes annuelles d’émissions de CO2 dans l’atmosphère pour une production de 220.000 barils de pétrole sans compter la production de produits secondaires hautement nutritifs (type acides gras essentiels oméga 3, oméga 6…).

Cette usine préfigure l’usine-type de dépollution/valorisation retenue par BFS comme modèle à commercialiser pour un déploiement international. Deux usines-type dédiées à la production d’électricité sont en préparation sur l’archipel de Madère au Portugal et à Venise en Italie. D’autres projets sont en étude, notamment aux États-Unis et en Corée. D’ici 2020 et selon une feuille de route clairement établie, BFS prévoit de commercialiser 50 usines.

À la différence des biocarburants produits à partir de matières premières agricoles qui ne peuvent être utilisés qu’à hauteur de 5 voire 10% dans les moteurs, le pétrole issu de la technologie BFS est un excellent substitut au pétrole d’origine fossile. Il en présente les mêmes caractéristiques en matière de densité énergétique avec un pouvoir calorifique élevé, prouvé et certifié, de 9.700 kcal/kg. Une fois raffiné, il peut donc être utilisé sans aucune adaptation particulière dans les moteurs. Son coût de raffinage est par ailleurs moindre car exempt de soufre et de produits secondaires toxiques. À l’instar de son cousin d’origine fossile, le pétrole BFS peut également servir à fabriquer des plastiques, des solvants, des résines synthétiques, des détergents ou des engrais.

Alors que le pétrole d’origine fossile a nécessité des millions d’années pour se former à la suite d’un long et complexe processus de sédimentation, 48 heures suffisent à produire le pétrole BFS.

L'obligation pour BFS de maitriser totalement la transition du stade "Laboratoire" au stade "production industrielle" a justifié la construction de la première usine grandeur nature sur fonds propres. L’investissement des installations est estimé s’amortir en moins de cinq ans, notamment grâce à l’exploitation des revenus issus du pétrole, des crédits carbone générés par l’élimination massive du CO2 et des coproduits associés tels les acides gras essentiels.

Baptisé par ses inventeurs « pétrole bleu », ce pétrole est finalement très « vert »…

 

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