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FLASH INFOS

Et c'est ainsi que naquit le CESTA

d'après Julien Serval

 

Genèse d'une décision

Le 13 février 1960 la France faisait exploser Gerboise Bleue à Reggane, première bombe à fission, et rentrait ainsi dans le club très restreint des puissances nucléaires.  La décision du Général de Gaulle de doter notre pays d'une force nucléaire nationale, capable de dissuader tout agresseur potentiel, engageait alors la toute nouvelle Direction des Applications Militaires sur le long chemin nécessaire pour transformer un engin expérimental en une arme véritablement opérationnelle, aéroportée ou balistique.

Cette nouvelle mission, que l'on a appelé la «  militarisation », avait en fait déjà été commencée, au sein d'équipes dispersées sur les centres parisiens de Vaujours (création en juin 1955) et de Limeil-Brevannes (rattaché à la DAM en janvier 1959) ainsi que sur le polygone de tir de Moronvilliers en Champagne (annexe créée en juin 1957).

Il apparut alors rapidement aux décideurs de l'époque la nécessité de regrouper ces équipes et de les rassembler sur un nouveau site dédié, site sur lequel seraient installés tous les moyens permettant de recréer l'environnement opérationnel des futures armes afin de garantir à la Défense leur fiabilité, leur sureté, et leur sécurité.

C'est ainsi que deux ans après (et quatre tirs supplémentaires au Sahara), en 1962, le Directeur des Applications Militaires de l'époque, Jacques Robert, chargea Georges Tirole, alors Directeur de la Sous-direction des Fabrications, d'étudier la possibilité de création de ce nouveau Centre. Ce dernier lança les études avec l'assistance de la Section des Constructions et Etudes Spéciales (SCES) et du BRGM.

Trois régions furent candidates pour accueillir cet établissement :

  - le Toulonnais ;

  - la Vienne avec Châtellerault et l'ex camp américain d'Ingrandes ;

  - la Gironde, fief de Jacques Chaban Delmas, maire de Bordeaux et à l'époque président de l'Assemblée Nationale.

Inutile de préciser que la compétition sera acharnée entre les concurrents, et notamment les deux derniers, mais finalement la Gironde l'emportera. Certes le rôle du Maire de Bordeaux a largement contribué au choix final, mais les atouts objectifs de l'Aquitaine étaient nombreux :

  - elle offrait un terrain isolé et plat, d'excellente qualité pour les fondations, entre les communes du Barp et de Marcheprime, à seulement 5 km de chacune d'elles et cependant suffisamment éloigné de toute habitation, utilisable en quasi-totalité, bien drainé par un cours d'eau et quelques crastes (fossés d'écoulement des eaux) ;

  - la situation était favorable, car à proximité de Bordeaux et d'Arcachon, avec une liaison routière facile vers l'aéroport de Bordeaux Mérignac ;

  - il existait de bonnes possibilités d'alimentation électrique, de desserte téléphonique, et d'approvisionnement en eau potable par des forages de faible profondeur ;

  - enfin, la proximité du Centre d'Essais des Landes, de grands établissements industriels comme la SNIAS, la SNPE, la SEREB, Dassault, de l'Université et de nombreuses entreprises régionales d'excellent niveau, présentait un avantage déterminant.

Venu visiter le site en décembre 1963, Jacques Robert approuvera ce choix et le recommandera aux autorités supérieures.

À la mi-mars 1964, le Premier Ministre Georges Pompidou annoncera officiellement le choix définitif du Gouvernement et fin mars le Préfet de Gironde signera l'arrêté d'occupation provisoire, ce qui permit d'entreprendre les premiers travaux d'urgence.

 

1964 : Une année préparatoire

Très rapidement, après ces actes officiels, furent réalisés les relevés topographiques et le positionnement des principaux points d'implantation, notamment la voie 1 (Est-Ouest) et le château d'eau, et l'on s'attaqua au déboisement et au débroussaillage en bordure de la CD5 et ce jusqu'à l'emplacement du futur château d'eau.

On procéda à deux forages sur les indications du BRGM.

Deux premiers bâtiments préfabriqués accueillirent en juillet les antennes locales de la SCES et du Cabinet d'Architecture ARTEC, ainsi que les premiers ingénieurs et techniciens du futur Groupement Technique (GT) accompagnés d'un premier cadre administratif et de quelques agents FLS. Le décor était planté.

En parallèle un premier embryon d'une Direction de Centre s'installait, dés le mois de mai 1964, dans des bureaux situés rue Raze à Bordeaux. Deux agents administratifs aidés par deux secrétaires constituèrent ce premier noyau de la future DIR. Les premières embauches de personnels furent instruites dans ces locaux.

Le 3 septembre, le décret d'utilité publique fut promulgué. Dès lors, des travaux plus importants vont être engagés :

- réalisation de la voie principale traversant le Centre d'ouest en est, le franchissement du Lacanau étant provisoirement assuré par un pont Bailey du Service du Matériel des Armées. Une ligne électrique provisoire de 13,5 KV est mise en place le long de cette voie ;

- réalisation des accès aux futurs Complexes 300, 400, 450 au delà du Lacanau, dans la zone qui deviendra la « zone sensible » ou « pyrotechnique » du Centre, par opposition à la « zone non sensible » en deçà du ruisseau où seront installés bâtiments et laboratoires ne manipulant pas d'explosifs ;

- sont également lancés les chantiers de la chaufferie et du poste électrique ;

- enfin, dès novembre, la procédure d'achat de 55 parcelles de terrain, couvrant 724 hectares est entamée.

Le regroupement des diverses équipes de militarisation pouvait alors commencer, ce qui sera entrepris dés l'année suivante.

 

1965 : l'infrastructure générale

Au cours de cette année sortiront de terre :

- la clôture périphérique, longue de 11 km, assortie de sa piste et son coupe- feu ;

- l'entrée du Centre avec son portail monumental, les couloirs de contrôle des véhicules, le bâtiment FLS avec son garage incendie et le PC téléalarmes ;

- le magasin général et les ateliers généraux ;

- la cantine. Pendant sa construction, une cantine provisoire était installée dans la partie habitation du Moulin de Canaussèque voisin, également acquis par le Centre, mettant ainsi un terme aux accords avec un restaurant de Lavignolle de Salles où une vingtaine d'agents déjeunaient tous les jours ;

- le poste électrique, alimenté par une double ligne aérienne de 63 kV, la chaufferie, le réseau téléphonique ;

- le château d'eau de 53 m de haut ;

- et enfin deux nouveaux bâtiments préfabriqués, qui seront mis en service au printemps 1966 pour accueillir la Direction de Centre et les services support.

Qui donc se souvient que le Centre s'appelait alors ONC ? C'était l'Organisme Nouveau Centre, appellation provisoire qu'il fallait maintenant abandonner. Un nouveau nom de baptême s'imposait, ce sera le CESTA, le A comme Aquitaine ayant été vivement souhaité par Jacques Chaban Delmas…

Il lui fallait aussi un Directeur, ce fut Pierre Théréné.

À partir du mois d'août la Militarisation pouvait entreprendre son emménagement, qui se poursuivit avec notamment la création d'un quatrième Complexe, le 430.

En octobre 1965 on procédait en grande pompe à l'inauguration du Centre Scientifique et Technique d'Aquitaine.En 1995 notre Président d'Honneur écrivait :

« En octobre 1965, le CESTA naissait. Les équipes déjà sur place pour la conduite du chantier se voyaient rejointes par les groupes de techniciens en provenance des implantations parisiennes de la toute jeune Direction des applications militaires.

Pour avoir été de ceux-là, « ballotés » de bureau en bureau au gré de l'avancement des travaux et de la mise en place des organisations, je peux témoigner de l'enthousiasme qui nous animait tous et je suis toujours fier de notre détermination à tenir les objectifs assignés dans le cadre de la Dissuasion Nationale, jamais remise en cause depuis lors. Il s'agissait alors de «retrousser les manches » pour lancer cette belle machine …»
inauguration 430Inauguration du bâtiment 430 

Jacques Valade et Pierre ThérénéJacques Valade et Pierre Théréné

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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