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Quelques temps forts du voyage en Chine

par Bernard Pérignon

 

 

Dans le Bulletin de liaison ARCEA-CESTA n° 49, Bernard Pérignon nous a fait un compte-rendu rapide de sa découverte de la Route de la Soie en Chine. Nous vous proposons une sélection de quelques temps forts de ce voyage.

1. L’Armée de Terre Cuite à Xi’An

Cette armée est une initiative du premier empereur de la dynastie des Qin (phonétique : tchin) : Qin Shihuangdi, de l'époque des Royaumes combattants. Il règnera de 221 av. J.C. à 210 av. J. C. C’est du nom de cet État que viendrait le nom de la Chine. Possédant une armée de plusieurs centaines de milliers de combattants, l’État de Qin anéantira les 6 royaumes voisins (Han, Zhao, Wei, Chu, Yan et Qi). Shihuangdi sera de ce fait, le premier unificateur de la Chine en 221. Qin Shihuangdi était fort superstitieux, il craignait la mort et croyait la théorie d’immortalité préconisée par les sorciers. Il décida néanmoins de faire construire ce site de l’armée enterrée à l’est de son mausolée. Les ouvriers qui furent jusqu’à 720 000 et mirent 39 ans (de 247 a 208 av. J.C.) pour le construire.

Empereur Qin Shihuangdi

La découverte du site

Le 29 mars 1974, des cultivateurs du village Xiyang, ont « réveillé » par hasard en creusant un puits d’irrigation, cette armée qui dormait depuis 2 000 ans. J’ai eu la chance de voir le jour de ma visite, Monsieur Wang, le cultivateur qui creusait le puits (voir plus loin). Les archéologues intervinrent aussitôt et les fouilles commencèrent. Aujourd’hui, trois fosses peuvent être visitées. Les fouilles se poursuivent toujours.

Le contenu de cette merveille

Une armée en ordre de bataille occupe les trois grandes fosses. Elle est constituée d’environ 8 000 guerriers et chevaux. La première fosse contient l’infanterie et les chars, la seconde héberge des fantassins, des chars, des cavaliers et des arbalétriers, et la troisième nous montre le quartier général. D’autres fosses, de taille plus réduite, contiennent des armures en pierre, des fonctionnaires civils, des quadriges en bronze, etc.

La fosse principale

Les visages sont tous différents

Aucun détail n’est négligé

On les croit vrais

Armure en pierre

  

Arbalétrier à genoux

Quadrige en bronze

Monsieur Wang, l’homme grâce auquel le monde peut contempler cette merveille qu’est l’Armée enterrée de Xi’An

À la fin de la visite, je vais dans la salle ou l’on peut acheter des ouvrages concernant le site. La salle n’est pas grande et je remarque tout de suite un monsieur assis à une table, fumant tranquillement sa pipe. Je m’adresse à un employé qui me dit qu’il s’agit de Monsieur Wang, le cultivateur qui a découvert le site. Il est ici de temps en temps et dédicace si on le souhaite, les livres que l’on achète. Devant lui, une affiche  précise Pas de photos . Une fois mes deux livres achetés, je m’approche de Monsieur Wang. Je le salue, lui donne les ouvrages et lui dis : « Je suis Français ». Il me sourit. Je lui demande alors si je peux le filmer : « Bien sûr ! » me répond-il avec un grand sourire.

 

Échange de quelques mots et voilà le résultat.

2. Les Grottes de Mogao à Dunhuang

Dunhuang, fut une grande oasis de la Route de la Soie. Elle constituait le point d’entrée de la Chine à l’époque de la création de la Route de la Soie. Le bouddhisme, l’islam et le christianisme entrèrent en Chine par Dunhuang. L’ensemble des grottes de Mogao constitue un véritable musée de peinture, de sculpture et d’architecture. Les fresques murales offrent une grande variété de motifs ; elles représentent des divinités, des récits bouddhiques et des histoires religieuses tirées de soutras.

En outre des scènes de travail, de vie sociale, de musique et de danse, des faits historiques témoignent des coutumes et événements de ces dix siècles.

Les Mille Bouddhas

Les grottes de Mogao sont également connues sous le nom de « Grottes aux mille bouddhas ». Ce terme (mille n’est pas à prendre tel quel), concerne des peintures de miniatures de Bouddhas peintes en motifs sur murs et plafonds. Un groupe de quatre ou cinq miniatures est créé puis est répété tout le long du mur pour créer une multitude d’images du Bouddha.

Visite des Grottes

Je demande à l’accueil s’il y a un guide parlant français. Pas de problème ; quelques instants plus tard, une gentille chinoise vient vers moi et me dit : « Bonjour, on me surnomme Hirondelle ». Elle parle un français parfait. Je suis ravi, la visite va être passionnante. En plus nous avons eu chaque grotte pour nous seuls. À la fin de la visite (qui permet de voir une douzaine de grottes), nous bavardons et je décide de revenir voir d’autres grottes que me conseille Hirondelle. C’est à ce moment qu’elle me parle de façon détaillée des découvertes de la grotte 17 (voir plus loin). Maître de mon temps, j’ai fait deux visites et vu 23 grottes.

Creusées sur le flanc de la falaise Mingsha, les grottes s’étagent sur cinq niveaux et sur une longueur de 1 600 m. Le financement des grottes est dû aux marchands de la Route de la Soie qui payaient des artistes locaux espérant être protégés des périls du voyage, les autres donateurs faisaient partie de l’élite politique locale.

Les premiers travaux de creusement ont commencé en 366 à l’époque des Seize Royaumes. Ils dureront dix siècles (du 4e au 14e siècle), et s’arrêteront à la fin de la période mongole en 1368.

Le climat désertique a préservé dans un état exceptionnel la peinture des fresques et des statues. Les personnages les plus marquants du bouddhisme sont les bouddhas et les bodhisattvas. Un bodhisattva porte de nombreux bijoux : bracelets (aux mains ou aux pieds), collier, boucles d’oreilles…….. Un bouddha ne porte aucun bijou.

Bodhisattva

Bouddha ascète

Le disciple Kaçyapa a les traits d’un vieux  moine indien. Le disciple Ananda a un aspect serein.

Bouddha géant

Gardes célestes (lokapala) et bouddhas

 Scène de chasse

 Apsaras (balerines célestes)

Guanyin forme féminine d’Avalokiteshvara

Danseuse tenant un Pipa derrière son dos

                            

Les Découvertes de la Grotte 17 : La plus ancienne carte d’étoiles connue

À la fin de ma première visite des Grottes avec ma guide chinoise Hirondelle, cette dernière m’explique l’épisode de la découverte faite dans la grotte 17. Le moine Wang (gardien des lieux) a fait l’une des grandes découvertes de l’archéologie chinoise. Trouvant par hasard qu’une paroi de la grotte 16 « sonnait » étrangement. C’était en fait une porte de communication qui avait été murée, d’après les analyses, vers l’an 1000. Elle contenait plus de 50 000 documents et tableaux, qui avaient été cachés dans la grotte 17 au début du 11e siècle, préservés grâce au climat très aride. Hirondelle m’explique qu’il y avait une carte des étoiles qui est maintenant à la British Library de Londres ainsi que le premier livre imprimé de l’histoire de l’humanité. Il s’agit du Sutra du diamant daté de 868 après J.-C.

Le Sutra du diamant est l'un des grands textes du bouddhisme mahayana. Un exemplaire daté du 11 mai 868 ap. J.-C. (le 15e jour du 4e mois, 9e année de l’ère Xiantong) est visible a la British Library.

Rentré en France, je prends contact avec le Service d’Astrophysique du CEA-Irfu.

Je cède la parole à Jean-Marc Bonnet-Bidaud du Service d’Astrophysique du CEA-Irfu qui a dirigé une équipe de chercheurs, dont les conclusions extraordinaires ont été déposées en 2009. En outre, Jérôme Blumberg du CNRS, membre de l’équipe, a réalisé une vidéo passionnante sur le sujet.

 « Le document, désigné sous le nom de carte de Dunhuang et conservé à la British Library de Londres, est un atlas céleste complet. L’étude scientifique détaillée de la carte réalisée par les chercheurs a permis de conclure que l’atlas qui contient plus de 1300 étoiles a été composé dans les années +(649-684). Utilisant des méthodes de projections mathématiques précises, il conserve une précision de 1,5 à 4° pour les étoiles les plus brillantes. C’est la plus ancienne carte d’étoiles connue toutes civilisations confondues et la première représentation graphique de l’ensemble des constellations chinoises.

Aux environs de l’an +1000, une des grottes fut apparemment scellée pour sauvegarder une collection de plus de 40 000 précieux manuscrit et documents imprimés avec, parmi eux, le plus ancien livre imprimé du monde. La cave murée fut redécouverte par hasard. Aujourd’hui connue sous le nom de la carte céleste de Dunhuang, qui fut emportée par Stein avec 7000 autres documents et expédiée au British Museum de Londres.

Le document est un rouleau de papier chinois très fin d’une longueur totale de 394 cm et de 25 cm de hauteur, écrit sur une seule face. Un total de plus de 1300 étoiles est distribué en 257 astérismes différents, les constellations chinoises selon la tradition chinoise très ancienne décrite dans des catalogues d’étoiles antiques. Le document est dessiné très soigneusement à la main, avec le nom indiqué pour la plupart des constellations.

Dans la première partie du rouleau dédiée à l’étude des nuages, une mention très claire est faite au nom de Li Chunfeng (+602-670), un astronome et mathématicien extrêmement célèbre de cette époque qui pourrait donc être l’auteur. Cette même époque est également corroborée approximativement par la position du pôle Nord sur la carte circulaire des régions circumpolaires. La datation de la carte a été fournie par une particularité étonnante de la langue chinoise ancienne, les caractères « tabous ». Grâce à eux, il est possible de savoir que le document a été produit après le règne de l’empereur Taizong (+649) et avant celui de Ruizong (+684).

Cette étude numérique de l’atlas a fourni des résultats importants. L’atlas n’est pas un simple relevé approximatif fait à la main mais a été établi suivant des règles précises de projection. Les projections utilisées ont été une projection cylindrique pure ou de Mercator pour les cartes rectangulaires et une projection azimutale-équidistante ou stéréographique pour la carte circulaire.

La projection de Mercator est une projection cylindrique tangente à l'équateur du globe terrestre sur une carte plane formalisée par Gerardus Mercator en 1569.

De telles projections n’ont été introduites en Europe occidentale qu’autour du XVIe siècle par des géographes comme Mercator, plusieurs siècles après leur usage en Chine. »

 

3. Le puits karez

Les chinois ont, sous la dynastie des Han, inventé un système d'irrigation très ingénieux, le puits karez. Les puits karez sont, avec la Grande Muraille et le Grand Canal Beijing Hangzhou les trois principales réalisations spectaculaires de la Chine ancienne.

Ce système d'irrigation ne se trouve qu'au Xingjiang en état de marche parfait, mais a aussi existe en Afghanistan et en Iran où il ne reste que des vestiges.

Concept

La végétation bénéficie d’un ensoleillement permanant. Ce qui manque dans les conditions climatiques naturelles, c’est l’eau. Or cette eau existe sur les Monts Tianshan à environ 60 kilomètres. Ces montagnes sont parfaitement visibles depuis la vallée avec leurs neiges éternelles et des pluies abondantes l’hiver. Au printemps et en été, une grande quantité de neige fondue coule au pied des montagnes.

En faisant usage des pentes naturelles, les populations ont ingénieusement créé les puits karez pour capturer et canaliser l'eau souterraine permettant ainsi d'irriguer les terres agricoles.

Le système fonctionne avec la seule gravité.

Rien qu'à Turfan, on en compte environ 1 400, dont plus de 400 fonctionnent toujours. Cela représente près de 5 000 km de canalisations, toutes réalisées manuellement avec des outils rudimentaires.

 

 

Le canal souterrain arrive à l’air libre et va irriguer la vallée