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Faire les soldes à Barcelone…

par  Charles Costa

 

 

Ne connaissant pas cette grande métropole voisine, tant décrite comme une cité incontournable, et faisant de ce fait un complexe, nous avons décidé d’y faire un court séjour de cinq jours, à deux, en guise de cadeau de Noël… « Vous allez à Barcelone ! » nous disent nos enfants et petits enfants, « vous allez pouvoir vous régaler en faisant les soldes, tout y est déjà tellement moins cher qu’à Bordeaux !... » Alors, sur place, en profitant du soleil, nous partons sur les ramblas pour ne pas faillir à la tradition et ainsi déambuler comme tous ces catalans endimanchés et parlant haut.  

 

 

Marché de la Boqueria

Marché de la Boqueria

 

 

 

Un premier arrêt au marché coloré de la Boqueria, pour contempler les montagnes de fruits ou la profusion des poissons, et aussi pour déguster un moscatel,  suivi d’un bref détour plaça  Reial, sans oublier de prendre une photo devant la statue vivante d’un cow-boy habillé d’or et nous débouchons sur le port où trône la colonne surmontée de la statue de Christophe Colomb, montrant, bras tendu, le large qui nous semble plutôt être sa ville de Gênes que les Amériques. 

 

 

 

 

 

 

Maremagnum (centre commercial)

 

 

Et c’est ainsi que nous arrivons à pied d’œuvre. Il ne nous reste qu’à suivre la foule des Barcelonais, traverser la passerelle tournante et atteindre, une gigantesque bâtisse de verre dénommée « Mare Magnum » le temple des bonnes affaires. Ah oui, il y en a des magasins de « fringues » et des troupes de jeunes (souvent asiatiques d’ailleurs) pour toucher, essayer des vêtements avant-gardistes et même parfois ridicules, à nos yeux d’un autre âge… Nous nous trouvons quelque peu incongrus et déplacés dans cet univers, et comment alors acheter quelque cadeau que ce soit, pour nos petits enfants ? À coup sûr nous serions « à côté de la plaque ». 

 

 

 

Colonne Christophe Colomb

 

 

Barcelone sera successivement romaine, wisigothe, arabe, sous domination Habsbourg avec Charles Quint, avant que les Bourbons s’y installent sous le règne de Louis XIV, non sans devoir guerroyer contre la grande armée avec le soutien des anglais, farouches opposants à Napoléon. La fin du 19e et le 20e siècle seront marqués douloureusement en Espagne par l’alternance de République et de Monarchie. La deuxième République verra s’opposer les ultras conservateurs  aux mouvements sociaux et régionalistes, et débouchera sur une guerre civile de trois années qui mettra tout le pays à mal. C’est encore sous la domination de Franco que s’amorcera un renouveau économique dont Barcelone profitera amplement. L’avènement de Juan Carlos de Bourbon, monarque éclairé, qui remit le pays sur la voie démocratique, verra le rétablissement de la Generalitat de Catalogne. De nos jours, La Catalogne et sa capitale Barcelone jouissent d’une large autonomie décisionnelle en matière d’économie, d’éducation et culture, d’environnement et de santé. Elle figure parmi les régions les plus dynamiques d’Europe ; Barcelone ne compte pas moins de 1,6 million d’habitants. La langue la plus parlée est évidemment le catalan, comme on peut le lire à travers toutes les enseignes. 

Nous battons donc en retraite et décidons de nous tourner résolument vers les richesses de ce grand port. Nous sautons dans une vedette en partance, pour une approche des installations portuaires et nous découvrons ainsi les porte-conteneurs en chargement, les imposants navires de croisière à l’escale et bien d’autres unités flottantes dont on ne sait trop dire la destination. Cloître de la cathédrale

En visitant cette ville, on aimera flâner dans ses vieux quartiers aux rues étroites afin de ne pas y laisser pénétrer le soleil brûlant de l’été. La Plaça Réial entourée d’arcades et de cafés est un petit bijou avec ses palmiers et ses deux lampadaires de Gaudi ; on peut y consommer, comme partout d’ailleurs, les fameuses tapas. Dans la vieille ville nous visiterons la Cathédrale gothique, commencée au 12e siècle et achevée seulement à la fin du 19e. Ses trois nefs recèlent sur les bas-côtés, les chapelles richement décorées et au centre le chœur fermé  dans lequel on peut voir des stalles finement sculptées.

Attenant à la Cathédrale, dans le cloître plein de fraîcheur, se dandinent des oies et plus loin, est exposée une crèche émouvante : nous sommes encore près de Noël !                                                      

À quelques pas de là, le musée Picasso installé dans un ancien palais, permet de suivre l’évolution de l’expression artistique de Pablo depuis ses œuvres figuratives de jeunesse jusqu’à la débauche du cubisme et du surréalisme, bien ressentie à travers ses multiples traductions de l’œuvre de Velasquez « les Menines ».

 

 

 

Toit de la Casa Battló

La Casa Battló de nuit

 

 

La Barcelone moderne s’est abondamment développée à la fin du 19e et début du 20e siècle, à l’instar de Paris où œuvra Haussman. De nouveaux quartiers se développèrent avec de larges avenues et de riches commanditaires firent appel aux architectes les plus en vue.  C’est notamment le cas du quartier de l’Eixample.

Sous l’impulsion de Gaudi, le style art nouveau y fut poussé à l’extrême avec la mise en œuvre de nouvelles techniques architecturales qui permettaient la fantaisie de formes.

La casa Batllo, du nom du propriétaire est un immeuble complètement remanié par Gaudi. La façade colorée et son toit en écailles, visibles depuis le passeig de gracia, attirent le regard. L’intérieur est surprenant par les formes jamais anguleuses et par les motifs décoratifs inspirés largement de la nature (plantes et animaux) ; les uns et les autres laissent entrevoir des ruses décoratives sous lesquelles sont dissimulés des éléments d’un confort très innovant.

 

 

 

 

 

 

 

 

Casa Milà – La Pedrera

Casa Milà – La Pedrera

La casa Mila encore appelée la Pedrera (qui veut dire la carrière en catalan à cause de sa façade faite d’énormes blocs de pierres tirés de la colline voisine de Montjuic), fut entièrement construite par Gaudi. Sa visite est étonnante et instructive. Étonnante surtout par la terrasse où cheminées et bouches d’aération forment un ensemble qui ressemble à un groupe de gardes en sentinelles. Instructive par une exposition remarquable située dans les combles qui explique toutes les inventions de Gaudi, dont on se dit en quittant les lieux que ce fut un génie.  

La ville de Barcelone fut réellement son « atelier ». On y découvre bien d’autres œuvres qu’il faut absolument visiter.

La Sagrada Familia est devenue Basilique depuis sa consécration par Benoit XVI. Dans cette période mystique de la fin du 19e siècle on demanda à Gaudi de bâtir une église pour l’expiation des péchés des contemporains.

 

 

Sagrada Familia

Sagrada Famil À cette même époque, le Saint Siège invitait à renforcer le culte de Marie, Joseph et Jésus, ce qui valu à la construction l’appellation de temple expiatoire de la Sainte Famille. Gaudi travailla à ce projet pendant quarante ans jusqu’à sa mort en 1926 ; il devait marier la splendeur des cathédrales gothiques à la grâce organique de l’art nouveau. L’édifice comporterait 18 tours (dont huit sont achevées) symbolisant les douze apôtres, les quatre évangélistes, la Vierge Marie et la plus haute, le Christ. 

Outre trois façades grandioses dont seule la première dite de la Nativité est l’œuvre du maître, et les tours finement élancées que l’on peut voir de l’extérieur, l’intérieur est non moins impressionnant et original. Ses dimensions, la lumière qui le baigne, et la particularité des piliers dont la section évolue selon la hauteur et qui se terminent à la manière de branches d’arbres, rappellent le modèle de la nature. L’édifice est construit sur une crypte achevée par l’artiste lui-même. Des travaux sont toujours en cours qui, l’espère-t-on, devraient s’achever en 2025 pour le centenaire de la mort accidentelle de Gaudi (écrasé par un tramway). Ils ne sont pas sans susciter des polémiques puisque le plan voulu par lui n’existe plus, ayant été détruit au début de la guerre civile. La partie construite par le maître est inscrite au patrimoine de l’humanité comme la plupart des autres œuvres du sculpteur. 

 

Parc Güell - Banc ondulent

 

D’une tout autre nature, une de ses réalisations classées se trouve dans le parc Güell du nom du commanditaire : à l’origine, ce terrain à flanc de colline devait recevoir des constructions individuelles destinées à de riches propriétaires. Seules deux maisons y furent construites et ce qui devait être un lotissement devint propriété de la ville qui en fit un lieu de détente. La promenade dans ce parc, pour peu que l’on gravisse la colline, offre une vue remarquable sur la ville avec en toile de fond la Méditerranée. Á l’entrée du parc, fermé par des grilles en forme de feuilles de palmier et des bâtisses originales, on est accueilli par la fontaine salamandre, colorée comme Gaudi se plaisait à le faire avec des fragments de céramiques récupérés dans les décharges et chez les potiers : les « trencadis ». La terrasse est elle-même cernée sur tout son pourtour par le fameux banc ondulant, recouvert lui aussi des trencadis.

 

Parc Güell – La salamandre

 

Au hasard de la promenade on verra des promontoires soutenus par des colonnes là encore en forme de troncs ou de racines d’arbres. Le plus imposant de ces exemples se rencontre dans la salle dite des colonnes dont certaines inclinées,  supportent le toit ondulant.

Tous ces lieux, maisons, basilique, parc et d’autres de moindre renommée sont inscrits au patrimoine de l’Humanité. La Sagrada Familia est, sans aucun doute, l’une des créations architecturales les plus connues au monde.

Barcelone s’enorgueillit de son équipe de football, le très fameux Barça, mais la ville n’est pas moins fière de son stade olympique qui reçut les JO en 1992. Celui-ci est situé sur la colline de Montjuic qui domine la ville et le port.

Sur les pentes un jardin botanique, la fondation Miro et la citadelle installée au sommet méritent qu’on y consacre une demi-journée sauf le lundi si on est amateur des œuvres de Miro, autre gloire catalane. Au pied de la colline on pourra faire une halte au Poble Espanyol, petit village reconstituant des différents styles régionaux d’Espagne.

Mais les joies de l’esprit n’excluent pas les joies de la table, et si les incontournables tapas ont constitué la plupart de nos repas, nous avons aussi apprécié la fraîcheur des poissons et crustacés cuits à la plancha dans le quartier de la Barcelonette, ou la paella dégustée dans la vieille ville au « Caracoles ».

Au terme de ce mini voyage, j’ai voulu vous faire partager le plaisir que nous avons eu à découvrir cette ville que l’on peut atteindre à des tarifs très raisonnables, par avion depuis Bordeaux. Allez-y en hiver, vous y trouverez la douceur du climat méditerranéen, vous croiserez très peu de touristes et vous visiterez paisiblement les multiples monuments ; vous y verrez aussi vivre les vrais catalans et en y restant au moins trois jours, vous bénéficierez de prix imbattables dans les hôtels et les transports en commun.

Et peut-être que vous vous plairez à faire les soldes !...