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Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?

Chronique de voyage d’une chaise roulante.

(Croisière sur le Rhin du 9 au 16 octobre 2003)

Propos recueillis par Jean-Claude Chevalier

L’aventure, pour moi, a failli se terminer avant d’avoir commencé. Peu s’en fallut que je ne demeurasse coincée avec mon passager en gare de Bordeaux-Saint Jean dans un ascenseur au fonctionnement capricieux ! Je ne vous dis pas l’émotion suscitée dans tout le groupe par cet événement ! C’est là que ma carrière de vedette du voyage a commencé même si je dois reconnaître que l’entrain de mon passager y a aussi bien contribué.

Autour de moi le groupe était né. Je l’ai bien senti par la suite, quand chacun à tour de rôle s’inquiétait de l’endroit où j’allais passer. De même, quand l’un d’entre eux, momentanément distancé parce que distrait par un détail architectural, un étal    Visite des caves Mumm Visite des caves Mummalléchant ou la prise d’un cliché, me cherchait des yeux et se trouvait rassuré après m’avoir repérée.

J’ai passé sans encombre l’écueil du transit à Paris. À peine débarqués à Reims nous nous sommes retrouvés chez Mumm. Là, première petite déception pour moi : l’accès aux caves ne m’a pas été possible. Heureusement, il y avait une vidéo et rien de ce qui participe à l’élaboration de ce grand produit qu’est le champagne (terroirs, cépages, récoltes, fermentation, assemblage, vieillissement sur lattes, dégorgement, etc.) ne m’a échappé. La dégustation non plus n’a pas échappé à mon passager !

20031009 voyage img02Basilique Saint RémyLe lendemain, vendredi, j’ai beaucoup vibré au sens propre sur les pavés et émotionnellement devant la beauté de la Cathédrale et de la Basilique Saint Rémy. Cette dernière doit être un peu jalouse de sa sœur car elle n’a rien à lui envier si ce n’est la notoriété. À la Cathédrale nous avons bien entendu été accueillis par le sourire de l’Ange et nous avons admiré le vitrail de Chagall. La visite du Musée Abbaye attenant à Saint Rémy, remarquable notamment par sa salle capitulaire, nous a plongés dans le grand passé préhistorique et historique de la région. Pas de doute, si le champagne avait été inventé quelques siècles plus tôt, ce n’est pas Paris qui eut été la capitale de la France, mais Reims !

Samedi, à Strasbourg, où nous étions arrivés tardivement la veille, j’ai de nouveau vibré, mais20031009 voyage img03Strasbourg : La Petite France encore plus fort, car nous avons visité la cathédrale avec son horloge astronomique et la Petite France en une heure trente. Au passage nous avons remarqué l’église protestante Saint Thomas, deuxième plus grande église de Strasbourg.

Après la halte de rigueur pour déguster une choucroute à l’Ancienne Douane, nous avons pris la route pour Riquewihr, vénérable cité de 700 ans, « Perle d’Alsace » mais aussi du tourisme commercial ! Nous avons ensuite visité le château du Haut-Koenigsbourg très bien restauré au début du vingtième siècle par l'architecte Bodo Ebhardt grâce au mécénat politiquement intéressé de Guillaume II.

Dimanche matin nous sommes partis en bus pour Coblence. En route nous avons croisé beaucoup d’éoliennes et j’ai entendu des commentaires désobligeants. Certains se demandaient si compte tenu de la faiblesse du vent elles fonctionnaient en génératrices ou en ventilateurs. Ah, ces nucléocrates !

20031009 voyage img04CoblenceArrivée au bateau, le Symphonie, ma prestation de roulage s’est interrompue, mais j’ai gardé les yeux et les oreilles grands ouverts. Le groupe a été séduit par le confort du bateau et par…Séverine, l’animatrice d’origine montalbanaise. D’emblée, elle les a amenés faire un tour d’orientation dans le centre ville de Coblence où ils se sont faits cracher dessus par le Gavroche emblème de la ville.

Lundi matin, réveil matinal pour entamer la remontée du Rhin Romantique. Le temps était dégagé avec juste ce qu’il faut de bancs de brume, romantisme20031009 voyage img05Le Rhin romantique oblige ! Après un dernier coup d’œil à la forteresse d’Ehrenbreitstein qui domine l’embouchure de la Moselle, nous sommes entrés dans la légende, je devrais dire les légendes. Les femmes y tiennent un grand rôle : Brunehilde et Kriemhilde qui furent fatales à Siegfried, la Lorelei, les Sept Pucelles, Angela, Gerda et tant d’autres. Hantent-elles encore tous ces châteaux ? À chaque méandre sa colline et à chaque colline son château et ceci sur soixante kilomètres entre Coblence et Rüdesheim. Le romantisme en prend toutefois un coup quand on apprend que ces châteaux servaient de base à des péages. Business was already business!

En approchant de Rüdesheim, les vignes ont remplacé les châteaux sur les coteaux  dominés par la statue colossale en bronze de Germania, symbole de l’unité allemande recouvrée. Ce monument, une statue de 10,55 m sur un socle haut de 25 m, a été érigé entre 1877 et 1883. Quelle prémonition !

Après notre amarrage à Rüdesheim, nouvelle déception pour moi : la Commissaire de bord m’a déconseillé l’excursion en petit train dans les vignes et la visite de Rüdesheim. J’ai pu apprécier le silence du Symphonie sans passagers ! J’ai appris par la suite qu’ils avaient dégusté force Riesling dans une cave, écouté le Président jouer de l’orgue de Barbarie dans le Siegfrieds Mechanisches  Musikkabinett Piano  Musik  Museum,  où  ont  été rassemblés 250 automates de musique des dix huitième et dix neuvième siècles et pris leur repères dans la Drosselgasse pour y retourner sacrifier à la tradition festive le soir après dîner.

RüdesheimRüdesheimMardi, après l’éblouissement de la remonté du Rhin Romantique, la navigation s’est effectuée à travers des paysages plus industrieux. Nous sommes même passés devant une centrale nucléaire ! Heureusement nous sommes arrivés tôt à Mannheim et ils ont pu partir en excursion à Heildelberg. Ils ont d’abord visité les ruines impressionnantes de la forteresse qui domine l’une des plus anciennes cités universitaires d’Europe. Ce sont les Français qui lors du Premier Empire ont entrepris le démantèlement de la forteresse et c’est un Français qui a empêché ce qu’il en restait de servir de matériaux de construction. Vous comprenez pourquoi nos cousins germains nous trouvent inconstants !

Après une visite de la ville où le vélo est roi, ils sont revenus au Symphonie se préparer pour la Soirée de Gala : dînerHeidelbergHeidelberg exceptionnel, spectacle animé par les éléments féminins de notre équipage et soirée dansante. Aidés par le champagne, ils ont fait la fête bien sagement comme il sied à de respectables retraités du CEA. Néanmoins ils furent les derniers à regagner leur cabine, découragés par les rythmes un peu trop physiques imposés par la disque-jockey.

dernière matinée de navigation fut marquée par le passage de trois écluses et par une présentation insolite et passionnante de Charlie le collectionneur aux Mille Flûtes. A propos, saviez-vous que le sifflet de nos pandores est une flûte ? Son timbre ne vaut évidemment pas celui de la flûte d’amour que l’on actionne avec un flux nasal !

Après avoir dit adieu à l’équipage, nous avons retrouvé Strasbourg, toujours sous le soleil, et ceux qui le désiraient ont pu passer l’après midi à compléter leurs connaissances de la capitale alsacienne.

La journée de retour en train vers Bordeaux fut calme, à peine marquée par la traversée de Paris en Bus qui a permis à certains d’évoquer des souvenirs en passant devant… le Quai des Orfèvres, Notre Dame, La Sorbonne, Le Luxembourg, etc.… Le voyage s’est terminé sur le quai de Bordeaux-Saint Jean où l’on a un peu tardé à se séparer en se promettant d’échanger prochainement les souvenirs autour… d’une bonne choucroute, cela s’impose !

Je me tairai sur mes derniers démêlés avec l’ascenseur de Bordeaux-Saint Jean, en attendant de rouler vers une nouvelle aventure avec des membres de l’ARCEA aussi chaleureux et enthousiastes.