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La Société de Saint-Vincent de Paul

par Jean Cherville

Contrairement à ce que l'on pense quelquefois, la Société de Saint Vincent de Paul n'a pas été fondée par Saint Vincent de Paul mais par Frédéric Ozanam au siècle dernier. Le saint landais reste cependant le modèle de tous les membres de la Société.

Il me paraît donc naturel d'évoquer cette célèbre figure avant de parler de F. Ozanam, puis de décrire l'état actuel de la Société de Saint Vincent de Paul ses activités et leur évolution probable dans l'avenir à moyen et long terme.

Saint-Vincent de Paul

Saint-Vincent de Paul est né à Pouy, près de Dax, en 1581, dans une famille de paysans ni plus ni moins riche que la moyenne de l'époque. La vocation religieuse fut surtout considérée par lui, au début, comme un moyen de promotion sociale, de même que ses premiers pas dans l'état sacerdotal furent orientés vers la recherche d'une position lucrative. Il faut retenir de sa vie trois traits qui sont à la base de l'exemple universel de charité qu'il est devenu : la rencontre brutale de la pauvreté, en 1617, à Chatillon-sur-Chalaronne et l'appel personnel qu'il ressentit ce jour-là.

Le choix de l'action directe et personnelle auprès des pauvres, aussi importante pour lui que la prière. (Ma soeur, quitter l'oraison pour aller auprès des pauvres c'est quitter Dieu pour Dieu ... ).

L'exemple laissé d'une vie totalement donnée.

saintvincent

Frédéric Ozanam

Frédéric Ozanam en 1833

 

Fils d'un médecin de l'armée napoléonienne, Frédéric Ozanam est né à Milan en 1813. Doué de capacités intellectuelles exceptionnelles, il fut le premier major de l'agrégation de lettres en France, docteur en droit, docteur es lettres, professeur en Sorbonne. Marié, père de famille, il fut aussi journaliste et homme politique.

Étudiant à Paris, dans une période historique marquée par les débuts de la société industrielle et son cortège d'inégalités sociales et de violence, il souhaitait, dans le contexte anticlérical de l'époque, démontrer la vérité du christianisme par sa réussite historique. Il participait donc à des conférences d'histoire, animées par Emmanuel Bailly, d'où la polémique n'était pas absente.

C'est au cours de l'année 1832 (il avait 19 ans), qu'il découvrit la pauvreté et qu'à l'exemple de la Sœur Rosalie Rendu qui se dévouait au service des démunis rue Mouffetard dans des conditions effroyables, il décida d'agir et de prier au lieu de polémiquer. Le 23 avril 1833, avec 6 camarades de son âge il fondait une société de charité dont E. Boilly fut le premier responsable. Placée peu après par J. M. Le Prévost sous l'égide de Saint Vincent de Paul, la Société conserva l'organisation en "conférences", où le travail consistait après avoir prié ensemble, à s'informer mutuellement des difficultés vécues par les pauvres visités par chacun et à déterminer les solutions à mettre en œuvre.

Il faut retenir d'Ozanam qu'il fut un visionnaire exceptionnel et qu'il découvrit, avant Marx, l'exploitation de l'homme par l'homme et la réduction de l'ouvrier à l'état de machine. Sa qualité de visionnaire et le rôle de médiateurs qu'il confie aux chrétiens sont illustrés  par ces phrases de   1836 :

« La question qui agite aujourd'hui le monde autour de nous n'est ni une question de personnes, ni une question de formes politiques, mais une question sociale. Si c'est la lutte de ceux qui n'ont rien et de ceux qui ont trop ; si c'est le choc violent de l'opulence et de fa pauvreté qui fait trembler le sol sous nos pas, notre devoir à nous, chrétiens, est de nous interposer entre ces deux ennemis irréconciliables ... Que les uns cessent d'exiger, les autres de refuser... »

« Il y a beaucoup d'hommes qui ont trop et qui veulent avoir encore ; il y en a beaucoup plus d'autres qui n'ont pas assez, qui n'ont rien et qui veulent prendre si on ne leur donne pas. Entre ces deux classes d'hommes une lutte se prépare ; et cette lutte menace d'être terrible : d'un côté la puissance de l'or, de l'autre la puissance du désespoir. »

Ozanam, base toute son action caritative sur la proximité (à l'heure actuelle, comme il l'avait souhaité, chaque membre de la Société voit régulièrement et suit personnellement au moins un pauvre), et sur une permanente interpénétration de la prière et de l'action. Il demande que toute action caritative soit exercée en faveur de la dignité de la personne et dans le respect absolu des convictions de chacun.

Il a été béatifié par le Pape Jean-Paul II, à Notre Dame de Paris, le 22 août 1997.

La Société de Saint-Vincent de Paul de nos jours

La Société a connu une croissance extrêmement rapide, passant de 10 personnes en 1833 à 250 en 1834 et 400 à Paris, Nîmes, Lyon et Nantes en 1837. Elle est présente dans 17 pays à la mort de F. Ozanam en 1853. À l'heure actuelle, elle regroupe en France 14 000 personnes, dont 52 de femmes, et 8 de moins de 30 ans, réunies en 1100 conférences présentes dans 91 départements, outre-mer comprise. Au contact des bénévoles membres de la Société, 25 000 personnes travaillent occasionnellement avec elle, constituant ce que l'on appelle les réseaux Ozanam. Elle visite ou aide régulièrement 100 000 familles. Le budget total est d'environ 80 MF dont 90 sont redistribués, sous diverses formes, en métropole ou dans le monde.

Elle est organisée sur le principe de la subsidiarité : chaque Conseil Départemental est une association 1901 et le Conseil National, Association 1901, est constitué par les 91 présidents départementaux. Le Conseil national de France emploie 10 salariés et la plupart des départements emploient un salarié ou un emploi-jeune. L'ensemble, lié par une Règle, est, en fait, une fédération.

Dans le monde, la Société, présente, avec la même Règle, dans 132 pays, compte environ 900 000 membres et 46 000 conférences. Les pays où ses effectifs sont les plus nombreux sont le Brésil, l'Inde, les Etats Unis. La France vient en 7ème position.

L'action sociale de la Société

Contrairement à d'autres, la Société de Saint Vincent de Paul n'est pas spécialisée sur un créneau d'intervention particulier. Ses membres "s'intéressent" en premier lieu à la souffrance la plus immédiate et la plus visible avec pour but ultime la restitution à l'individu de son autonomie. Il s'agit de "relever " et d'éviter toute forme d'assistanat.

Cela a conduit la Société à développer des restaurants gratuits ou à prix modique, des logements d'urgence et surtout de réinsertion, des centres de vacances pour personnes âgées. Elle a aussi une action importante dans le domaine du soutien scolaire et de l'alphabétisation.

Enfin, elle a conservé le principe des visites des personnes en difficulté à domicile ou à l'hôpital.

Outre relever, deux autres verbes caractérisent sa mission sociale informer et construire. Le rôle de médiateur voulu par Ozanam suppose en effet que les deux bords de la fracture sociale soient pris en compte ; les membres de la Société, ont, en même temps qu'il s'occupent des pauvres, à informer les riches des réalités sociales de leur époque et de leur pays. Enfin, ils doivent se préoccuper de construire une société plus juste ce qui les conduit à coopérer avec les autres associations et les Pouvoirs Publics.

L'évolution souhaitable des activités de la Société

S'il apparaît certain que la Société doive continuer à relever, informer et construire au cours du siècle qui s'ouvre, il est probable que le contenu de ces trois fonctions soit appelé à évoluer. En effet, le contexte social change très rapidement sous l'influence, au moins, de la mondialisation et de la montée des intégrismes sociaux, ethniques ou religieux.

La mondialisation, qui nous apparaît surtout sous son aspect économique, en traitant la planète comme un immense village, fait que chaque candidat à un emploi a pour concurrent tous les travailleurs du monde. Dans les sociétés développées, les emplois qualifiés, délocalisés, vont donc se raréfier et ceux qui demeureront seront occupés par des immigrés moins regardants sur les salaires.

En conséquence, dans les pays développés, les pauvres seront de plus en plus les sous-qualifiés. De plus, les inégalités entre pays riches et pays pauvres augmentant, l'effet miroir aux alouettes des pays du Nord va croître.

Le nombre de travailleurs immigrés va donc augmenter et ce d'autant plus que beaucoup d'entre eux seront chassés de leurs pays d'origine par les tensions dues aux divers intégrismes. Ceci provoquera une augmentation des problèmes dits de banlieues chaudes. Enfin, dans beaucoup de régions de France, on constate que, le chômage diminuant et le revenu moyen augmentant, le coût des loyers croît considérablement. On se trouve donc, ou on va se trouver, en présence de pauvres qui ne sont pas des chômeurs et ne peuvent se loger.

Il en résulte que la Société de Saint Vincent de Paul, en France, va devoir, comme les associations similaires, abandonner progressivement ses activités de distribution alimentaire, qui correspondront de moins en moins à une urgence, et en développer d'autres dans les domaines du logement, de la formation (au delà du simple soutien scolaire) et de l'éducation de la citoyenneté.

En matière d'information elle devra contribuer à convaincre les décideurs que l'ensemble des problèmes évoqués ne peut se régler par l'économique seul et qu'un volet social est indispensable.

Pour construire enfin, il lui faudra renforcer le rôle de capteur qu'elle joue vis-à-vis des pouvoirs publics en s'attachant à détecter les détresses nouvelles et les situations d'exclusion qui échappent aux différents systèmes d'aide mis en place.

Et, pour terminer, il lui faut prendre pied plus solidement parmi les grandes ONG internationales et sortir du trou médiatique dans lequel sa trop grande modestie l'a précipitée.

Les femmes et les hommes qui sont les confrères de demain ont donc fort à faire mais ils ont le moral. Ne savent-ils pas que la Foi soulève les montagnes ?

28 mars 2001