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LISTE DES ARTICLES PUBLIES (les articles sont affichés après la liste)

 

 

image11 p20 ans APRÈS : À MURU, la nature Reprend ses droits

par Bernard Miltenberger

 

 

Chaque année trouve un (ou plusieurs…) anniversaire à célébrer. Le passé est riche en occasions diverses. Pour ma part, je me souviens qu’il y a 20 ans, en fin janvier 1996, débutaient lesimage1 p premières opérations du démantèlement des sites expérimentaux du CEP. Placées sous la direction technique d’un ancien du CESTA (Jean Armagnac) les démolitions démarrent, sans délai, dès la fin de la campagne de tir (inachevée puisque le dernier essai est annulé), privant définitivement le pays (et la DAM) de toute possibilité d’essais ultérieurs.

Le sénateur Jean Faure, rapporteur du budget nucléaire écrivait alors : " Le Président de notre commission s’est à juste titre inquiété, à l’occasion de l’examen de la loi de programmation militaire, de l’exécution immédiate d’une décision qui sera à l’évidence définitive et qui prive la France de toute capacité matérielle d’expérimentation (à l’inverse des États-Unis, de la Russie et de la Chine) quelle que soit l’attitude, à l’avenir, des autres puissances nucléaires. "

Muru c’était, bien sûr, un centre d'expérimentations, avec ses halls de montage des engins nucléaires, des laboratoires d'analyses, ses installations annexes (sites d'expériences pour les "tirs froids", entrepôts de stockages, usine d'incinération...).

Mais c’était aussi un lieu de vie, de travail, et de loisirs, pour une population qui a atteint, aux plus fortes années, près de 3 000 personnes. Y étaient installées deux centrales électriques, une usine de dessalement de l'eau de mer, une cuisine centrale. L’atoll disposait également d'installations portuaires importantes dont un quai pour porte-conteneurs et, pour l'aviation, de deux pistes d'atterrissage entourées d'une centaine de hangars et des ateliers de maintenance.

image2 pSur la barge de montage (octobre 1996)

image3 p

Pêche : Roger Martin et Jean Armagnac

image4 pDétente au bord du lagon
Aujourd’hui la surveillance du site, rendu à la nature, continue d’être assurée par le DASE (Département d’Analyse et de Surveillance de l’Environnement) qui y envoie régulièrement ses missionnaires afin d’examiner et suivre ce retour de la nature.

En 2016, la plus grande partie de la surface de l'atoll de Mururoa est revenue à l'état sauvage. Quelques quais et structures en béton subsistent encore pour témoigner de l'histoire du site.

Les photos ci après témoignent de la vivacité avec laquelle flore et faune ont remplacé le béton et les hommes qui avaient animé ce petit bout de France aux antipodes.

L’aventure fait maintenant partie du passé. Suivez le guide…

Bienvenue à Mururoa aujourd’hui

image5La zone vie "Martine" existe toujours, réduite il est vrai au strict minimum pour l'hébergement et le casernement des permanents et missionnaires, militaires et civils, sur l'atoll. Elle a su conserver le caractère « enchanteur » qui faisait de nos missions de travail d’agréables séjours exotiques.

Reste en place ce que l’on n’a pas su détruire, puisque dimensionné pour résister aux explosions aériennes du début, c'est-à-dire les imposants PEA (Postes d’Expérimentation Avancés), ouvrages en béton armé, destinés à abriter les équipements d'enregistrement et de mesure déployés lors des essais nucléaires aériens sous ballon. Les deux blockhaus de Mururoa et celui de Fangataufa, abandonnés, trônent en puissante majesté, comme des TIKI menaçants, qui se souviennent avoir été éblouis par l’effrayant feu nucléaire. Après le démantèlement des installations de soutien technique, la végétation tropicale pionnière a repris progressivement possession du terrain. Ici, sur Fangataufa, une forêt de Pandanus et de Filaos s'attaque aux anciennes infrastructures de la zone "Frégate", lui donnant un air de temple perdu.

image6PEA Denise image7 pVestiges des zones techniques

Sur cette bande de terre, rendue au silence, entre lagon et océan, faune et flore ont repris leurs droits. Herbacées et arbustes sont revenus dans les zones exposées aux vents, les cocotiers envahissent, eux, les secteurs les plus abrités des effets du vent et de la houle.

Les oiseaux sont revenus, une biodiversité très réduite, mais avec un taux d'endémisme parmi les plus élevés de la planète.

Le calme et l'isolement de certains îlots (« motu » en tahitien) a attiré de nombreuses colonies d'oiseaux de mer comme la Frégate du Pacifique (Fregata minor), qui privilégie pour la nidification les arbustes à proximité de la bordure du platier interne, côté lagon.

Tout comme cette forme de sérénité qui s’installe dans nos vie « de retraités de l’aventure polynésienne », de même la douceur  Pacifique revient sur l’atoll, sous le regard nostalgique et vigilant des missionnaires d’aujourd’hui, chargés de la surveillance du site.

image9 p

 image11 p Frégate du Pacifique


 

Le calme et l'isolement de certains îlots (« motu » en tahitien) a attiré de nombreuses colonies d'oiseaux de mer comme la Frégate du Pacifique (Fregata minor), qui privilégie pour la nidification les arbustes à proximité de la bordure du platier interne, côté lagon.

Tout comme cette forme de sérénité qui s’installe dans nos vie « de retraités de l’aventure polynésienne », de même la douceur Pacifique revient sur l’atoll, sous le regard nostalgique et vigilant des missionnaires d’aujourd’hui, chargés de la surveillance du site.