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LISTE DES ARTICLES PUBLIES (les articles sont affichés après la liste)

Albert Einstein : regards sur l’homme [1]

par Pierre LAHARRAGUE

Entre mars et septembre 1905, la revue allemande Annalen der Physik publia 4 articles d’un auteur allemand inconnu nommé Albert Einstein, qui était à cette époque employé à l’Office des Brevets de Berne :

   - en mars : « Sur un point de vue heuristique concernant la production et la transformation de la lumière » ;

   - en mai : «  Sur le mouvement de particules en suspension dans un fluide au repos, impliqué par la théorie cinétique moléculaire de la chaleur » ;

   - en juin : «  Sur l’électrodynamique des corps en mouvement » ;

   - en septembre : «  L’inertie d’un corps dépend-elle de son énergie ? ».

Ces publications, surtout la 3ème, qui traite de ce que l’on a appelé depuis la relativité restreinte, allaient provoquer un profond changement dans la pensée scientifique en ce début du XXe siècle et vaudraient à leur jeune auteur une immense notoriété. En remettant en cause, en effet, des notions telles que l’espace et le temps aussi profondément ancrées dans l’expérience quotidienne de chacun, Einstein initiait  alors une véritable révolution conceptuelle qui est aujourd’hui parfaitement intégrée dans le paysage scientifique.

Derrière le génie, il y avait l’homme à la personnalité multiple et attachante. Ce bref article se propose de l‘évoquer.

Les premières années : naissance d’une personnalité 

20120517 einstein pl img1 Einstein à  4 ans

Einstein est né le 14 mars 1879 à Ulm, petite ville de Bade-Wurtemberg, au sein d’une famille juive qui s’installa l’année suivante à Munich où son père, Hermann, exploita avec son frère une petite usine électrochimique. Sa mère, née Pauline Koch, aimait la musique allemande classique et plus spécialement les sonates de Beethoven qu’elle interprétait sur son piano. Il eut une petite soeur de 2 ans sa cadette. L’oncle qui vivait avec la famille, était ingénieur et faisait preuve, plus que son frère, d’une grande ouverture sur la vie intellectuelle. C’est lui qui initia le petit Albert aux mathématiques. Nul doute qu’une telle origine en milieu provincial, semi rural, au sein d’une famille dont la mère était musicienne et l’oncle très cultivé, eurent une influence sur le développement de l’enfant : il n’est jamais devenu un citadin, il eut un goût prononcé pour le violon et il montra d’excellentes dispositions pour les mathématiques.

En rien, il ne fut un enfant prodige. Il mit longtemps à parler et ses parents craignirent même qu’il ne fut anormal. Il était taciturne, n’était pas porté aux jeux habituels des enfants, n’aimait pas les exercices violents et  se plongeait volontiers dans une rêverie méditative. Sa gouvernante le surnomma « père Ours ». Plus particulièrement, il n’aimait pas jouer au soldat , répugnait à les voir défiler car il percevait déjà la discipline  coercitive à laquelle ils étaient soumis. De là, son refus irréductible de toute espèce de contrainte  imposée : «  Quand je serai grand, je ne souhaite pas d’être un de ces malheureux », disait-il. En revanche, il avait conscience de l’existence de lois éternelles de la nature qu’il interprétait au travers de la religion, bien que sa famille ne fût pas très pratiquante. Ainsi, refus des contraintes et dévotion aux lois de la nature accompagnèrent Einstein toute sa vie.

Assez curieusement ses parents le mirent dans une école catholique de sorte qu’il fut aussi instruit de cette religion. Il ne voyait aucune différence notable entre le catholicisme et les restes de tradition juive qui lui étaient familiers à la maison : tout cela était pour lui l’expression des lois de la nature par diverses catégories de symboles.

À dix ans, l’adolescent quitta l’école primaire et entra au  Gymnase de Munich, l’équivalent de nos collèges secondaires. Le but de ces institutions était de fournir aux jeunes une éducation à base de culture gréco-romaine. Einstein ne fut pas un élève modèle : la pédagogie fondée sur l’apprentissage mécanique de règles d’application ne lui convenait absolument pas et il la comparait volontiers aux méthodes de l’armée prussienne, affirmant que « Les professeurs m’ont fait à l’école primaire l’effet de sergents et au gymnase de lieutenants ». Aussi, quand son père, à la suite de mauvaises affaires, partit chercher fortune en Italie, à Milan, Albert qui avait 15 ans, n’eut de cesse que de rejoindre sa famille et réussit à obtenir un certificat médical de complaisance pour quitter le gymnase avant la fin de ses études.

Mais pas plus à Milan qu’à Pavie, Hermann ne réussit en affaire et il fut obligé de demander à son fils de trouver une profession le plus tôt possible, ce qu’Albert était incapable de faire, faute de diplôme. C’est alors que confiant dans ses capacités en mathématiques et en physique, il tenta le concours de l’École Polytechnique de Zurich, mais il échoua en raison de ses faiblesses dans les autres matières. Toutefois, le Directeur du Polytechnicum ayant été frappé par les connaissances mathématiques du jeune homme, lui conseilla d’obtenir le diplôme de l’école cantonale d’Aarau, ce qu’il fit et ce qui lui permit d’entrer sans examen au Polytechnicum. Pas plus ici qu’avant, Einstein ne trouva l’enseignement à son goût : toujours son hostilité aux contraintes imposées, enseignement trop axé sur la physique appliquée et pas assez sur les théories modernes. Aussi se lança-t-il lui même dans la lecture des grands savants novateurs : Helmholtz, Boltzmann, Maxwell... En fin d’études, il postula, comme c’était l’usage, un poste d’assistant de professeur d’université afin de se former à l’enseignement et à la recherche. Mais aucun professeur n’accepta de le prendre, conséquence probablement de son comportement.

On était en 1901 et Einstein avait demandé et obtenu la nationalité suisse. Il trouva un emploi de précepteur de deux garçons dans une maison de famille ; mais sa façon d’enseigner par des méthodes différentes de celles qu ’il avait connues ne correspondait  pas à celle des autres professeurs et il fut congédié. De nouveau en difficulté, c’est grâce à un camarade du Polytechnicum, Marcel Grossmann, qui lui apportera plus tard une aide mathématique précieuse dans l’élaboration de la théorie de la relativité généralisée, qu’il put être embauché au Bureau des brevets de Berne, où il était chargé d’examiner les inventions qui y étaient déposées. Il s’était aussi marié avec une jeune hongroise, Mileva Maritsch, qu’il avait connue au Polytechnicum et qui lui donnera deux fils. Enfin, après un parcours un peu chaotique, parvenait-il à une situation stable, modeste certes mais qui lui permettait de faire face à ses obligations familiales.

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Einstein et Mileva

Goûts et attitudes

Le goût d’Einstein pour les sciences de la nature s’affirma très tôt. On raconte qu’il venait d’avoir 5 ans lorsque son père lui montra un jour une boussole de poche. Frappé par la mystérieuse propriété de l’aiguille toujours pointée dans la même direction, il en conclut que quelque chose dans l’espace vide devait provoquer cette orientation, ce qui est plutôt étonnant pour un enfant de cet âge. Plus tard, ayant appris à lire,  Il fut  un lecteur enthousiaste de livres de vulgarisation tels que «  Livres populaires de sciences de la nature » de Bernstein ou « Force et Matière » de Büchner.

De même son intérêt pour les mathématiques s’éveilla plus en famille qu’à l’école grâce à son oncle l’ingénieur qui l’initia de bonne heure à l’algèbre au moyen  de problèmes présentés sous forme d’histoires amusantes.

Vers l’âge de 12 ans, il reçut pour la première fois un manuel de géométrie : il fut très impressionné par les relations rigoureuses entre figures et démonstrations et il pressentit qu’un tel ordre devait aussi exister dans la nature.

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1905 année de la relativité

Dès sa sixième année, ses parents lui firent donner des leçons de violon. Il y vit d’abord une forme nouvelle de contrainte mais, ému par les sonates de Mozart, il se forçat à se perfectionner pour mieux les interpréter. Il conservera toujours cet amour de la musique  et prendre l’archet lui procurait détente et émotion.

Toute sa vie, il est resté un grand solitaire. Il cherchait des amis pour faire de la musique ou pour discuter de ses idées sur l’univers, mais il n’aimait pas les amitiés trop intimes qui pussent gêner sa liberté et beaucoup de ceux qui se crurent ses amis, furent déçus. Il  s’est lui même expliqué sur ce trait de son caractère: « Je suis un cheval pour le harnais individuel, nullement taillé pour le tandem ou l’attelage. Je n’ai jamais appartenu de tout coeur à aucun pays ni aucun état, ni à mes amis ni même à ma propre famille ».

De ses études, il tira une certitude qui  vint corroborer l’impression enfantine qu’il avait eue à propos de la boussole magnétique et de la lecture du livre de géométrie : la physique théorique était ce qui l’attirait car il voulait savoir comment les phénomènes complexes de la nature obéissent à un ordre descriptible par les mathématiques. Dans une conférence donnée à Oxford, il disait : « C’est ma conviction que la pure construction mathématique nous permet  de découvrir les concepts avec les lois qui s’y rattachent. L’expérience peut, bien entendu nous guider... ( ), elle ne peut pratiquement être la source dont ils découlent ».

L’existence d’une telle rationalité de la nature provoquait l’étonnement et l’admiration d’Einstein, ce qu’il résumera par l’expression célèbre  « Ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible ».

Et cette conception du monde il la rattachait à une conception religieuse : « Savoir que ce qui nous est impénétrable existe vraiment ( ), voilà ce qui est au centre du véritable sentiment religieux. En ce sens, je me range parmi les hommes profondément religieux.». Pourtant il avait cessé toute pratique cultuelle depuis le gymnase car elle lui apparaissait coercitive. Mais il n’opposait pas la science à la religion. Dans un contribution écrite intitulée Science et Religion, il déclarait :  «  C’est le but de la science que d’établir les règles générales..( ) À la sphère de la religion appartient la croyance  que les normes valables pour le monde de l’existence sont rationnelles...( ) La science sans la religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle ». 

Le professeur

Après 1905, la notoriété d’Einstein fut telle que les portes des universités s’ouvrirent en grand, contrastant avec ce qui s’était passé auparavant :

    - en 1909, il fu20120517 einstein pl img4Einstein à Princetont nommé  professeur extraordinaire à l’Université de Zurich, ce qui lui procurait un certain rang social, mais aussi des dépenses supplémentaires alors que son revenu ne dépassait guère celui qu’il avait à l’Office des brevets. Aussi sa femme dût-elle prendre des étudiants en pension pour arrondir les fins de mois ;

    - fin 1910, il accepta la chaire de physique théorique à l’Université de Prague sur nomination de l’empereur François Joseph, et ceci après quelques péripéties dues au fait qu’il était un étranger ;

    - en 1912, il prit des fonctions de professeur au Polytechnicum de Zurich , devenant ainsi la gloire d’un institut dont il avait raté l’examen d’entrée et qui, une fois diplômé, lui avait refusé toute fonction ;

    - en 1913, il revint à Berlin à la suite d’insistantes démarches des deux grands leaders de la physique allemande, Max Planck et Walther Nernst. Il fut nommé membre de l’Académie royale des sciences de Prusseet reçut aussi le titre de professeur à l’Université de Berlin, avec de meilleurs honoraires qu’à Zurich et sans obligation hormis celle de donner quelques cours à sa convenance. Peu après son arrivée, il se sépara de Mileva avec laquelle il ne s’entendait plus et vécut désormais en célibataire. Avant la fin de la 1ère guerre, il épousera sa cousine Elsa, veuve avec deux filles. Il restera à Berlin jusqu’en 1933.

    - en 1922, il reçut le prix Nobel de physique, non pour la théorie de la relativité, mais pour son apport à la physique des quantas. En agissant ainsi, le comité Nobel évitait de prendre parti  pour une théorie, alors controversée.

   - en 1933, face à l’épuration raciale et politique qui commençait à sévir en Allemagne, Einstein quitta définitivement ce pays et accepta l’offre qui lui fut faite de venir à l’Institut d’études avancées de Princeton nouvellement créé pour poursuivre ses recherches. Il acquit aussi la nationalité américaine.  

Einstein fut-il un bon professeur? Les avis sont partagés :

    - lorsque le sujet l’attirait, il savait fort bien captiver l’auditoire en  le ramenant à sa forme logique la plus simple et à l’exposer sous diverses formes en usant de beaucoup d’images de façon à le rendre compréhensible par tous, et en y ajoutant souvent une pointe d’humou ;

    - en revanche, il éprouvait de l’ennui à donner des cours réguliers, à organiser le programme de façon à en maintenir l’attrait toute l’année. Le résultat est que ses conférences furent finalement inégales ;

     - il sut aussi, malgré ses nombreuses occupations, réserver une part de son temps aux étudiants, soit qu’il les guida  dans leurs recherches, soit qu’il leur prodigua des conseils pour leurs études ou leur carrière, soit enfin qu’il apporta une aide matérielle et morale aux plus déshérités.

L’homme public

La célébrité fit aussi qu’il devint une figure publique. Il comprit que cela lui conférait une grande responsabilité et que devenu un personnage partout écouté, son devoir était de ne pas se réfugier dans sa tour d’ivoire et de prêter attention aux problèmes de ses concitoyens, sans qu’il possédât  pour autant un programme défini ni qu’il eut la vocation d’un réformateur politique, social ou religieux. Il collabora parfois avec des partis politiques mais il n’appartint jamais à aucun parti, même si souvent ceux-ci se servirent de son autorité morale, voire de ses théories. Dès qu’une cause lui apparaissait grande et noble, il la soutenait avec énergie et il était assez réaliste pour savoir que, ce faisant, il provoquerait beaucoup d’adversaires politiques qui deviendraient aussi des adversaires scientifiques. Pour ne citer qu’un exemple, nous mentionnerons le physicien allemand Philippe Lenard, qui, malgré un prix Nobel, ne put jamais se faire admettre par ses pairs comme théoricien ; nationaliste à l’extrême, il fut un des premiers membres du parti nazi et il voua un véritable haine envers Einstein qu’il chercha même à déposséder de la  fameuse loi E=mc2 en l’attribuant à un physicien  autrichien du nom de Hasenöhrl ( principe de ..) !

C’est ainsi qu’il soutint le sionisme en tant que mouvement pour établir un foyer national juif en Palestine. Il y avait une autre raison à ce soutien à laquelle Einstein était très sensible, c’était la création d’une université hébraïque à Jérusalem où les étudiants juifs ne subiraient aucune discrimination. Il collabora à cet effet avec le leader du mouvement Chaim Weimann qui devint plus tard le premier président de l’État d’Israël.

Nous avons vu qu’Einstein éprouvait une véritable aversion pour tout embrigadement et ce sentiment se mêlait chez lui avec une horreur extrême de toute violence. Il fut un pacifiste. Un jour de 1920, s’adressant à un groupe d’américains, il disait : « Mon pacifisme est un sentiment instinctif ( ). Mon attitude se fonde sur ma très profonde antipathie pour toute espèce de cruauté ou de haine ». Il  accepta d’être nommé à la Commission pour la Coopération Intellectuelle de la Société des Nations, mais il en perçut les limites d’action, déclarant un jour:  «  Je suis rarement enthousiaste de ce que la Société a fait ou n’a pas fait, mais je lui suis toujours reconnaissant d’exister ». Il mit aussi sa renommée au service d’un Fonds de Résistance à la Guerre.

C’est  aussi sa répulsion devant toutes les horreurs de la guerre et sa certitude que les nazis entreraient en possession de la puissance atomique qui l’amena à accepter de signer la lettre que les deux physiciens, le hongrois Léo Szilard et l’italien Enrico Fermi  lui proposèrent d’envoyer au président Roosevelt le 2 août 1939 : « Un travail récent de E. Fermi et L. Szilard qui m’a été communiqué  en manuscrit  m’induit à supposer  que l’élément uranium pourra dans un avenir immédiat  devenir une source d’énergie importante.( ) Ce phénomène nouveau impliquerait  également la fabrication de bombes ( ) d’un type nouveau d’extrême puissance. Une seule bombe de ce type, transportée sur un navire et explosant dans un port, arriverait à détruire non seulement le port tout entier mais une partie du territoire environnant ». On connaît la suite. En tant qu’artisan de la théorie primordiale et de cette requête au Président Roosevelt, Einstein ressentait doublement le poids de sa responsabilité : c’est pourquoi il se sentit solidaire de savants comme Oppenheimer, le père de la bombe A américaine  lorsque  celui-ci exprima le trouble profond qui le tourmentait.

Quelques anecdotes 

Nombreuses sont les anecdotes qui ont circulé sur Einstein. Comment dire si elles sont toutes vraies ou si certaines n’ont pas été enjolivées par la légende? Quoiqu’il en soit, elles sont vraisemblables et caractéristiques du caractère et du comportement de l’intéressé :

    - sa simplicité : on raconte que la mère d’une fillette de dix ans, avait remarqué que l’enfant  quittait souvent la maison et allait chez Einstein qui habitait un cottage au 112, Mercer street à Princeton. A sa mère qui s’en étonnait, elle déclara :  « J’étais embarrassée de mon devoir d’arithmétique. Les gens disent qu’au numéro 112 habite un très grand mathématicien qui est aussi un très brave homme. Je suis allé le voir et lui ai demandé de m’aider pour mon devoir. Il m’a tout très bien expliqué et c’était plus facile à comprendre que quand notre professeur nous l’explique à l’école. Il m’a dit que je vienne chaque fois que j’aurais un problème trop difficile ». Effrayée de tant d’audace, la mère alla chez Einstein pour excuser sa fille, mais ce dernier lui dit : «  Vous n’avez pas à vous excuser. J’ai plus appris dans la conversation avec l’enfant, qu’elle avec moi ». 

    - son intérêt pour les déshérités : Einstein continua toujours à montrer de l’intérêt aux étudiants qui s’étaient adressés à lui. Un de ceux là, originaire des Balkans, était entré à l’Université de Prague sur les conseils d’Einstein. Il vivait d’un secours à peine suffisant pour lui même qu’il recevait d’un industriel de son pays natal, mais il trouvait le moyen de partager cet argent avec ses frères et soeurs pour leur permettre d ’étudier également. Le jeune homme qui s’était adressé à Einstein lorsqu’il était encore à Berlin, continua à recevoir ses conseils depuis l’Amérique à chaque étape de ses études. Ce fut une grande chance pour ce jeune  que de correspondre personnellement avec le plus grand physicien de notre temps.

    - sa nature bohême : Einstein se souciait fort peu de son élégance vestimentaire : il aimait particulièrement se vêtir d’un pantalon et d’un vieux pull-over, n’aimait pas du tout les chaussures et chez lui, il restait  souvent en chaussettes même en présence de visiteurs. Ainsi lors d ’une conférence à Vienne, où il logeait chez le physicien Ehrenhaft, la maîtresse de maison s’étonna de le voir arriver avec un unique col blanc et un pantalon de rechange. Comme elle lui demandait s’il avait oublié son bagage chez lui, il lui fit cette réponse :  «  En aucune façon, voilà tout ce dont j’ai besoin ».

On raconte aussi que l’été, à Princeton, on voyait Einstein se promener souvent à travers les rues, pieds nus dans les sandales, avec un chandail et sans veste, en train de savourer un cornet d’ice-cream, pour la plus grande joie des étudiants et l’ébahissement des professeurs ;

    - son goût des petit plaisirs , comme celui de fumer par exemple, car l’ascétisme lui était étranger. Un jour qu’on voulait l’enrôler dans une campagne anti-tabac, il déclara : «  Si vous emportez le tabac et tout le reste, qu’est ce que vous laissez ? Je me cramponne à ma pipe » . Et sur le point d’accepter de faire partie du club des fumeurs de pipe de Montréal, il ajoutait : «  Fumer la pipe aide à porter  un jugement plutôt serein et objectif sur les affaires humaines ».

En guise de conclusion

Le 11 avril 1955, Einstein rédigea sa dernière lettre au philosophe britannique Bertrand Russel, prix Nobel de littérature 1950, dans laquelle il acceptait de signer un document pressant toutes les nations de renoncer à l’armement nucléaire. Il écrivit aussi sa dernière phrase sur un manuscrit inachevé : « Les passions politiques omniprésentes réclament  leurs victimes ». Il décédait le 18 avril des suites d’une rupture d’anévrisme aortique. Il a été incinéré et ses cendres ont été dispersées en un lieu tenu secret.

Durant la plus grande partie de sa vie, la pensée d’Albert Einstein fut tournée vers la recherche des lois éternelles qui gouvernent l’univers. Il a ainsi permis au  savoir humain de faire une avancée gigantesque et pour cela, son génie brille exceptionnellement au Panthéon des grands hommes de ce monde. Il a aussi été témoin des grands événements qui ont marqué le XXe siècle : deux guerres mondiales, des transformations de fonds de la société, des progrès technologiques considérables, et il y fut souvent personnellement impliqué.

20120517 einstein pl img5La photo qui a fait le tour du monde

Dans la conscience populaire, Einstein demeure ce savant solitaire, dernier représentant des savants d’autrefois, dont la seule puissance de la pensée a élaboré des concepts qui ont exercé une véritable fascination sur les esprits. Dans le même temps, l’homme avait un comportement sympathique et original : non conformiste,  pacifiste convaincu, défenseur des droits de l’homme ... Tout cela a contribué à la création d’un véritable mythe.

 A  titre de dernière illustration, nous citerons ce commentaire qu’il fit lors de la prise de cette photographie le jour de ses 72 ans, photographie qui a fait le tour du monde :

 «  Cette photo révèle bien mon comportement. J’ai toujours eu des difficultés à accepter l’autorité et, ici,  tirer la langue à un photographe qui s’attend  à une pose plus solennelle, cela signifie  que l’on se refuse à  se prêter au jeu de la représentation,  que l’on se refuse à livrer une image de soi conforme aux règles du  genre ».    

                                                       Avril 2005

[1] Cette monographie est inspirée du livre du physicien Philippe Frank qui succéda à Einstein à la chaire de physique théorique de Prague, paru en 1950 aux Editions Albin Michel.