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Le centre nucléaire

par Bernard Barrière

39 ans déjà que par une sombre et froide matinée de décembre je me suis présenté au poste d’entrée du CER avec cinq autres stagiaires frais émoulus de deuxchapelle ripaultLa chapelle du Ripault mois de classes.

Que ces grilles me paraissaient impressionnantes, partagé que j’étais entre la joie d’accomplir un stage de 14 mois et la crainte que m’inspirait l’accès à un CENTRE NUCLÉAIRE (serai-je à la hauteur ?)

Les fumerolles qui se dégageaient du sol de ci de là m’intriguaient beaucoup et contribuaient à napper de mystère les activités du centre (je découvrais très vite, et j’en fus fort déçu, qu’elles provenaient de la vapeur s’échappant des galeries techniques du circuit de chauffage).

Premier contact au bureau du personnel. Un Toulousain bon teint nous accueillit avec le sourire et contribua aussitôt à épaissir le mystère : «  vous voyez ces grilles, je ne les ai jamais franchies et j’ignore ce qu’il y a dans ces bâtiments » nous dit-il en montrant par la fenêtre un des secteurs du centre.

Puis vint le porte à porte pour accomplir les formalités. Un parcours du combattant pour lequel nous n’avions pas été préparés pendant les classes. Et je me retrouvais dans un bureau dont l’occupant (responsable sécurité) ne daigna pas tourner la tête lorsque je franchis la porte, occupé qu’il était à agiter le liquide d’un grand aquarium d’où se dégageait un panache de bulles. Quel fumiste ! J’ai compris plus tard qu’il s’agissait d’une mise en scène et que l’ « expérience » en cours, une simple électrolyse de l’eau n’avait pour but que d’impressionner les visiteurs.

Le circuit terminé, nous partîmes à deux vers notre service d’affectation. Accueil sympathique, puis aussitôt les critères de sélection : « Qui joue au tennis ? au bridge ? » Les diplômes, très secondaires ! … Nous remplissons tous les deux les conditions. Un dans chaque section pour équilibrer les tournois futurs. Nous étions donc en place.

Dernière formalité, la visite médicale. Surprise, le médecin est de sexe féminin, jeune et charmante. Et lorsque ses doigts de fée commencent à titiller l’abdomen, rien à faire ! Malgré ses encouragements, je n’arrive pas à me détendre. Ce n’est pas de ma faute si je suis chatouilleux…

En sortant, je lance à mes collègues dans la salle d’attente « c’est super de se faire palper par une doctoresse ». Désastre ! les secrétaires et infirmières ont entendu, je suis catalogué. Et chaque fois que je suis revenu au service médical, soit pour des visites, soit pour réparer les dégâts des rencontres sportives, j’ai toujours eu droit aux souries complices de la gent féminine.

Quatre années marquées d’histoires, d’anecdotes et de rencontres avec des « personnages » inoubliables.

Huguen, le directeur, imposant une discipline quasi-militaire, qui voulut me sucrer un avancement parce qu’une veille de Noël, j’avais quitté le centre une heure avant la sortie légale. Ce même directeur me convoquant au CER alors que j’étais détaché au Cesta (quelle angoisse pendant le trajet !) pour me remettre personnellement un avancement et m’encourager à persévérer…

L’Amiral aussi, bordelais, un « pays » en quelque sorte, aussi rond qu’affable. « K » aux postillons dévastateurs, la terreur des convives de la cantine. Mme B., toujours prête pour animer une soirée entre collègues. BDL avec qui j’ai passé une soirée mémorable.

Commencée vers 18 heures à la maison d’hôtes, elle s’est terminée vers minuit au bistrot de Monts. Je n’arrivais plus à avaler les jus d’oranges alors qu’il continuait à ingurgiter whisky sur whisky. Les deux kilomètres que nous eûmes à franchir pour rentrer se transformaient en quatre, BDL roulant d’un bord à l’autre de la chaussée, ne redressant que lorsque les roues de son antique 403 empiétaient sur les bas-côtés. En quelque sorte une conduite au sonar…

Je ne citerai pas tous les autres personnages hauts en couleurs, que les anciens du CER, venus au Cesta, n’ont pas oubliés.

J’étais jeune, enthousiaste, je découvrais un milieu insoupçonné et j’engrangeais des souvenirs qui maintenant me permettent d’alimenter les conversations avec les anciens et d’étonner les jeunets, fraîchement sortis de leurs études et éblouis devant ces histoires.

Une anecdote pour terminer, rien que pour le plaisir de la raconter encore.

BDL, alors responsable de l’entretien du GT, fut appelé à la cantine dont l’évacuation des WC était bouchée. Constatant la présence d’un préservatif parmi les détritus qui obstruaient l’orifice, il demanda à une serveuse ce que c’était. Laquelle avec aplomb répondit « une enveloppe de coke » ce qui lui valut cette réplique de BDL « de quéquète, oui ».

Les mauvais souvenirs, je les ai oubliés. Mon plus grand regret ? Les 39 ans que j’ai accumulés depuis cette matinée de décembre 1966 où je franchissais pour la première fois la porte d’un CENTRE NUCLÉAIRE.


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