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Le pèlerinage de Compostelle, entre histoire et légende

 

par Jean DERREY

 

“Faire le Chemin de Compostelle“ est devenu un phénomène de société depuis quelques décennies. Quelle est l’origine de ce pèlerinage, depuis quand des hommes et des femmes se mettent-ils en marche pour se rendre à l’extrémité de la Galice, pour quelles raisons ? Voici quelques lignes pour tenter de répondre à ces questions.

 

1. Un peu d’histoire :

 

Tout débute en Palestine au 1er siècle de notre ère. Les textes évangéliques et Les Antiquités Judaïques de Flavius Josèphe parlent de Jacques (dit “le majeur“) disciple appelé par Jésus pour diffuser son évangile. Il est frère de Jean l’évangéliste.

 

Jacques est présent aux moments importants de la vie de Jésus. Selon la tradition fondée en partie sur des écrits du 7e  siècle, il serait parti évangéliser l’Espagne. Son apostolat n’aurait pas été fructueux et il serait rentré en Palestine. Là, à la suite d’un différend avec le roi Hérode Agrippa, il est décapité vers l’an 44. Ses disciples Athanase et Théodore récupèrent le corps et la tête, les chargent sur une barque de pierre qui, sans voile ni gouvernail, traverse la Méditerranée, franchit les colonnes d’Hercule (l’actuel Gibraltar) et remontant vers le nord, va s’échouer à Iria Flavia, l’actuelle Padrón en Galice ; traversée en un temps record, une semaine, toute une légende ! Les disciples l’enterrent sur place.

 

On ne parle plus de Jacques jusqu’au début du 9e siècle. En 813 (les historiens disent entre 810 et 830) un ermite du nom de Pélage observe un phénomène curieux dans le ciel, au dessus d’un bosquet. Il s’y rend et après avoir creusé il découvre une tombe en marbre. Il court chercher l’évêque du lieu, Théodomire et ils ouvrent la tombe. L’évêque y reconnaît le corps de Saint-Jacques !

 

C’est le début d’une épopée dans laquelle se mélangent des intérêts politiques, religieux et économiques qui vont conduire à la naissance d’un pèlerinage. L’Espagne a besoin de repeupler les terres du nord, reconquises sur les Maures. Elle favorise l’implantation de nouveaux habitants par des zones franches, la création de routes et la construction de ponts. Au même moment, l’accès à Jérusalem devient plus difficile.

 

Tous ces éléments vont conduire à la naissance d’un pèlerinage qui se développera à partir du 10e siècle. Il sera fortement encouragé et aidé par les ordres religieux, ceux de Cluny et de Vézelay en particulier. Les pèlerins venaient de toute l’Europe. Le premier connu est le roi des Asturies, Alphonse II dit le chaste. Il se serait rendu à Compostelle vers 830. Godescalc, évêque du Puy en Velay, s’y rendit en 951, accompagné d’une suite nombreuse.

 

À cette époque les pèlerins partaient de chez eux à pied ou à cheval, se regroupaient dans leur cathédrale et marchaient plusieurs mois jusqu’à Santiago. En chemin ils s’arrêtaient dans des sanctuaires pour vénérer des reliques. Ils devaient faire à pied le chemin de retour, fiers de la coquille qu’ils arboraient alors, prouvant qu’ils avaient été à Santiago. On mesure la différence avec les pèlerins du 21e siècle, bien équipés et assurés de moyens de transport pour le retour.

 

2. Les Chemins vers Compostelle

 

Les principaux itinéraires de pèlerinage sont devenus des “Chemins de Compostelle“. En France on en recense 4, mais en réalité il y a un chemin de Saint-Jacques à partir de chaque maison d’où est parti un pèlerin.

 

Ces 4 voies sont :

 

- la voie de Tours qui partant de Paris passe par Orléans ou Chartres, Tours, Poitiers, Saintes, Bordeaux, Gradignan, Roncevaux où elle rejoint le camino Francés ;
- la voie de Vézelay qui passe par Bourges, Limoges, Périgueux et rejoint la voie de Tours à Ostabat au pied des Pyrénées ;
- la voie du Puy qui passe par Conques, Figeac, Cahors, Moissac. Elle retrouve les deux précédentes à Ostabat ;
- la voie d’Arles qui traverse Montpellier, Castres, Toulouse, Auch, Pau et franchit les Pyrénées au col du Somport. Elle retrouve le camino Francés à Puente la Reina au sud de Pampelune.

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Pèlerinage de Compostelle : les itinéraires

 

En Espagne, le premier chemin est celui emprunté par Alphonse II au départ d’Oviedo, le camino Primitivo (littéralement, premier chemin). Le plus important et le plus fréquenté aujourd’hui est le camino Francés (chemin des Francs) de Roncevaux à Santiago. Il y a aussi des chemins partant du Portugal, de Séville, de Valence... Les pèlerins utilisaient les voies de communication existantes qui étaient souvent d’anciennes voies romaines.

 

3. Apogée, déclin et renaissance du pèlerinage

 

Amorcée au 10e siècle, la pratique du pèlerinage vers Compostelle connut son apogée au 13e siècle. Son déclin s’amorça à la fin du 14e siècle. Il devint “confidentiel“ jusqu’au milieu du 20e siècle.

En 1950, à l’initiative de quelques historiens médiévistes, est créée à Paris la Société Française des Amis de Saint-Jacques de Compostelle. S’appuyant sur une volonté espagnole de faire renaître ce pèlerinage, elle est l’initiatrice de sa renaissance, en France en particulier. Depuis, de nombreuses associations se sont créées : nationales, régionales ou locales, elles accueillent les pèlerins dans des gîtes, aident les candidats au départ  et valorisent le patrimoine associé au Chemin.

 

4. Le pèlerinage au 21e siècle

 

4.1. Quelles motivations ?

Elles sont personnelles et individuelles. Elles peuvent être religieuses, spirituelles, sportives, culturelles. Le pèlerinage est majoritairement une démarche individuelle. C’est une coupure dans la routine de sa vie, parfois une rupture dans la vie (maladie, chômage, divorce),... Marcher 6 à 8 heures par jour procure des temps de réflexion.

 

4.2. Quels bénéfices ?

Partir sur le chemin s’est se déconnecter de ses habitudes, c’est accepter de se retrouver face à soi-même. C’est aussi partager des valeurs humanistes : bienveillance, respect, tolérance, humilité, simplicité, partage, persévérance, dépassement,... Le Chemin c’est aussi la rencontre des autres, sans hiérarchie sociale, malgré la barrière des langues. Tout le monde se tutoie, s’appelle par le prénom. Mais tout le monde connaît les ampoules ou la gêne du sac à porter. C’est le retour à la nature. Les chemins empruntent des parcours hors bitume et hors agglomération. C’est aussi la découverte de sites ou de monuments, riches témoignages du passé.

 

4.3. Évolution du nombre de pèlerins :

il n’y eut jamais, au moyen-âge, “les millions de pèlerins“ dont parlent certains auteurs. On a souvent comptabilisé comme pèlerins de Compostelle des pèlerins qui se rendaient dans un autre sanctuaire de Saint-Jacques, en France ou ailleurs. De la fin du 17e siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale, le nombre de pèlerins arrivant à Saint-Jacques de Compostelle n’excédait pas quelques dizaines par an. C’est à partir de 1960 que la reprise s‘amorce. Si on observe les chiffres relevés à partir des années 1992 par le bureau des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle on peut observer une croissance régulière. La courbe ci-après indique le nombre de pèlerins enregistrés. Sont enregistrés ceux qui ont fait au moins les 100 derniers km à pied, sans distinction de la distance réelle (certains pèlerins parcourent plus de 2000 km). Les années qui “dépassent“ l’évolution régulière sont les années saintes, pour lesquelles le 25 juillet (fête de Saint-Jacques) tombe un dimanche. L’affluence y est plus importante. La prochaine sera 2021. En 2017 le nombre de pèlerins est de 301 036.

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4.4. Partir aujourd’hui :

la marche au long cours, à pied, ne doit pas être une crainte. On découvre rapidement que l’être humain est fait pour marcher. Passée la première semaine pour s’habituer aux chaussures et au port du sac, marcher devient facile et source de plaisir. La fatigue de la journée est complètement effacée par le repos de la nuit. Sauf handicap majeur, tout le monde peut marcher. Il existe des associations qui aident à préparer le chemin, par des conseils, des marches d’entraînement, le partage d’expériences avec d’anciens pèlerins (coordonnées sur le site de la Fédération Française des Amis du Chemin de Compostelle, FFACC, http://www.compostelle-france.fr).

 

4.5. Passeport du pèlerin, Compostela :

pour être admis dans la plupart des gîtes le pèlerin présente un passeport du pèlerin appelé “Crédentiale“. Il est délivré par une association d’Amis de Saint-Jacques ou par l’église. Il permet aussi de bénéficier de tarifs d’hébergement “pèlerin“. Cette crédentiale doit être tamponnée à chaque étape. Elle atteste du déroulement “normal“ du chemin. À son arrivée à Compostelle, le pèlerin peut demander à recevoir la “Compostela“, document délivré par l’église, s’il a fait au moins les 100 derniers kilomètres à pied, ou les 200 derniers à vélo.

 

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Passeport du pèlerin

 

 

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Compostela