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Sortie Albi-Millau

20-21 septembre 2007

par Yves Schmidt

  Centrale nucléaire de Golfech

 

S’il fallait qualifier cette sortie de deux jours que proposait l’ARCEA-CESTA, on pourrait l’appeler la sortie des contrastes : en commençant par le 13e siècle avec la cité médiévale d’Albi et sa majestueuse cathédrale, nous avons fait, sans aucune transition, un bond au 21e siècle avec la visite du viaduc de Millau, chef d’œuvre architectural de notre temps.

Le 20 septembre, 48 courageux sont au rendez-vous à 6 heures à Pessac pour un voyage de quatre heures en car. Le beau temps et la douceur de la température sont au rendez-vous en cette fin d’un été qui n’a pas brillé par la qualité de sa météo. Nous passons à côté de la centrale nucléaire de Golfech, dont les panaches de vapeur d’eau s’échappent des tours de refroidissement dans les couleurs chatoyantes du soleil levant.

Cathédrale d'Albi

 La première étape est Albi qui est encore traumatisée par le violent orage qui s’est abattu sur la ville l’avant-veille.

Nous sommes accueillis par notre premier guide qui nous détaille le programme de la journée : les visites du musée Toulouse-Lautrec, de la cathédrale Sainte-Cécile et du Vieil Alby. Avant d’atteindre le Palais de la Berbie qui abrite le musée Toulouse-Lautrec, le groupe passe devant le Monument aux Morts, puis l’Hôtel du Bosc, maison natale du peintre, et enfin, l’imposante cathédrale que nous visiterons après déjeuner.

Depuis 1922, plus de mille œuvres, tableaux, lithographies, dessins, ainsi que l'ensemble des affiches réalisées par Henri de Toulouse-Lautrec sont conservées et exposées au Musée d'Albi. Cette collection exceptionnelle est présentée au Palais de la Berbie, puissante forteresse achevée à la fin du 13e siècle, avec son un énorme donjon de cinquante mètres de haut, ses murs de 7 mètres d’épaisseur à la base et ses remparts et qui était à l’origine un palais épiscopal. Ce palais est ainsi devenu le plus grand musée au monde de l'œuvre de Toulouse-Lautrec, né dans la ville en 1864. La collection de toute première importance a été offerte par les parents et les amis du peintre. Les œuvres du musée comptent parmi les plus célèbres du peintre : œuvres de jeunesse, portraits, affiches sur la vie parisienne de la fin du 19e siècle. On peut regretter que les impératifs de l’horaire nous aient contraint de visiter certaines salles au galop !

Charles Costa à l'orgue de Barbarie

Avant de rejoindre le restaurant tout proche, le guide nous fait profiter d’un panorama exceptionnel sur les berges du Tarn et les magnifiques jardins à la Française du Palais de la Berbie.

À l’entrée du restaurant, notre président réédite ses exploits musicaux du voyage sur le Rhin en prenant place derrière un orgue de Barbarie.

Cathédrale d'Albi

Après un repas de qualité, nous retrouvons notre guide sur le parvis de la cathédrale Sainte-Cécile, chef d’œuvre du gothique méridional dont la construction du gros œuvre a duré deux siècles, de 1282 à 1480.

L’extérieur se présente comme une immense forteresse – c’était d’ailleurs sa première vocation au Moyen-Âge – que seul vient égayer le baldaquin de la porte, construit entre 1515 et 1540, dont la richesse du décor gothique flamboyant contraste avec la rigueur des murs de la cathédrale, et dont la couleur de la pierre utilisée, blanche, tranche avec le rouge de la brique. Les dimensions extérieures de la cathédrale sont imposantes : 113 m de long sur 35 m de large, 40 m de hauteur, un clocher tour de 78 m de haut.

Lorsqu’on passe la porte, le contraste est saisissant : la décoration intérieure, qui en fait la  plus grande cathédrale peinte d’Europe grâce aux peintures Renaissance de la voûte, est contemporaine de la chapelle Sixtine. La peinture du Jugement Dernier (1474-1484), longuement commentée par notre guide, offre une fabuleuse bande dessinée où le Ciel, la Terre, l’Enfer sont mis en scène : elle couvrait à l’origine une surface de l’ordre de 200 m². Un imposant buffet d’orgues réalisé 18e  siècle domine la nef.

Chœurs ukrainiens

Le jubé, véritable dentelle de pierre de style flamboyant, est orné d’une magnifique statuaire polychrome sculptée par les ateliers bourguignons de Cluny et décorée de plus de 200 statues. Cet ensemble a conservé sa polychromie d’origine. Avant de quitter la cathédrale, nous prenons place pour écouter pendant quelques instants un ensemble vocal ukrainien aux voix magnifiques qui ont fait pâlir d’envie et de nostalgie les quelques membres de la défunte chorale de l’ARCEA-CESTA présents.

La visite se poursuit par un circuit dans les ruelles du vieil Alby qui se sont développées autour de l’ancienne cité épiscopale. Des murs aux toits, de la structure aux parements, la brique et la tuile rouge dominent : elles justifient l’appellation de ville rose qu’Albi partage avec Toulouse. Nous pénétrons dans le cloître de la collégiale Saint-Salvy, véritable oasis de verdure dans cet espace minéral. Nous en profitons pour faire une première photo de groupe. Groupe dans le cloître Saint-Salvy

Nous nous dirigeons ensuite vers la maison Enjalbert et ses étages à encorbellements de poutres sculptées, et l'Hôtel Reynès avec ses fenêtres à meneaux et ses bustes de François 1er  et d'Eléonore d'Autriche : il s’agit d’un des anciens hôtels particuliers de style Renaissance élevés par les marchands et bourgeois qui s’enrichissent du commerce du Pastel pendant la période prospère que vécut Albi aux 15e et 16e siècles. Avant de quitter Albi et notre guide, nous traversons la place du Vigan où on peut admirer des jeux d’eau et, plus loin, sur la place Lapérouse, la statue du navigateur Jean-François de Galaup de Lapérouse, né en 1741 à Albi et mort tragiquement en 1788 à Vanikoro, dans les Îles Salomon.

Viaduc de Millau

Nous montons ensuite dans le car pour rejoindre Millau, en passant par Saint-Sernin sur Rance, où fut découvert en 1800 l'enfant sauvage Victor de l'Aveyron qui a inspiré  François Truffaut pour son film.

Avant d’arriver à Millau, au détour d’un virage, c’est le choc : le viaduc apparaît dans toute sa splendeur. Nous continuons notre route jusqu’à l’Hôtel Cévenol, à quelques kilomètres de là. Après un repas qui ne laissera certainement pas un grand souvenir dans nos mémoires, les plus courageux partent faire une promenade nocturne dans le centre ville.

Le lendemain, rendez-vous à 9 heures pour un circuit  en car au pied du viaduc de Millau. Nous sommes accueillis par Patricia, notre guide de la journée qui nous surprend par son rire décapant, immortalisé par l’enregistrement de Marie-Claude Chevalier dans sa vidéo du voyage.

Viaduc de Millau

Le viaduc de Millau qui relie le Causse Rouge au Causse de Larzac a été conçu par l’architecte anglais Sir Norman Foster. Il a été  concédé au groupe Eiffage pour 75 ans, après mise en service du viaduc, et assorti d’une exigence de parfait fonctionnement d’au moins 120 ans. Un investissement de 320 millions d’euros (2,1 milliards de francs) financés en fonds propres par Eiffage. Le chantier a duré trois ans, de 2002 à 2004. Plutôt que des grandes phrases, les quelques chiffres qui suivent résument bien le gigantisme de l’ouvrage et du chantier.

Le viaduc de Millau en chiffres

Hauteur totale (au sommet des pylônes) : 343 m (Tour Eiffel : 320,75 m)

Hauteur du tablier au-dessus du Tarn : 270 m

Longueur totale : 2 460 m

Les travées : 8 au total (6 de 342 m et 2 de 204 m) reposant sur 7 piles et soutenues par des haubans fixés à 7 pylônes de 90 m de hauteur chacun.

Hauteur de la plus grande pile (béton) : 240 m sous tablier

Tablier en acier : 36 000 tonnes de charpente métallique (7 fois la Tour Eiffel)

Béton des culées et piles : 85 000 m3 dont plus de 50 000 m3 de béton haute performance (égal ou supérieur à B60), soit au total plus de     205 000 tonnes de béton (40 fois la Tour Eiffel)

Surface des piles en béton :
- à l’arase des semelles de fondation : 200 m2
- sous le tablier : 30 m2

Pente : 3 % environ (montée dans le sens Clermont-Ferrand - Béziers)

Effectifs sur site en cours de chantier : 500 personnes environ (source Eiffage).

Le car emprunte la route du chantier qui fait une boucle d’une dizaine de kilomètres, avec une particularité : il n’existe aucun point de stationnement qui permette au car de s’arrêter. Nous sommes  donc contraints de photographier l’ouvrage depuis notre place, récupérant au passage des reflets indésirables que les vitres ne manquent pas de nous renvoyer. Après avoir réalisé ce circuit, le car traverse Millau où notre guide nous montre au passage les monuments caractéristiques de la ville : le Vieux Moulin construit sur ce qui reste du pont qui enjambait le Tarn, le temple protestant (Millau était un haut lieu de la guerre de religion au 16e siècle), le lavoir de l’Ayrolle. Il se dirige ensuite vers le péage de l’autoroute A75, pour rejoindre l’aire de repos de Brocuéjouls où nous pouvons profiter longuement du magnifique point de vue sur l’ouvrage et visiter le musée qui retrace l’histoire du chantier.

Le car emprunte ensuite le viaduc où, dans un silence religieux, nous goûtons encore au plaisir d’admirer ce magnifique ouvrage sous un nouvel angle. Il prend la direction de Roquefort, célèbre pour son fromage, où nous visiterons les caves visite des caves Roquefort Société. Au passage, nous assistons à un spectacle rare : deux vautours s’ébattent sous nos yeux dans un champ qui borde la route.

Le village de Roquefort est situé sur le Causse du Larzac rendu célèbre par un certain José Bové. La visite est commentée par une guide maison un peu caractérielle, qui ne se prive pas de rabrouer ceux d’entre nous qui ont le mauvais goût de poser des questions qu’elle juge saugrenues.

Dégustation de Roquefort

Maintenant, la fabrication du Roquefort n’a plus aucun secret pour nous. Nous savons tout :

- de la collecte du lait cru et entier des brebis de race Lacaune dans l’Aveyron et dans tous les départements voisins (il faut de 12 à 13 litres de lait de brebis pour fabriquer un fromage de 2,9 kg) ;

- de l’ensemencement du lait avec le Penicillium roqueforti, ce champignon dont les vertus ont été découvertes par hasard ;

- de l’affinage dans les caves ;

- du rôle capital des fleurines dans la fabrication du fromage.

La visite se termine par la dégustation des trois crus Depuis 1863, Templiers et Baragnaudes consommés sans pain ni vin. Certains d’entre nous en ont profité pour s’approvisionner en produits locaux.

Le car nous conduit ensuite au restaurant qui, au premier abord, fait plutôt penser à un  réfectoire avec ses grandes tables alignées. La qualité des mets qui sont servis, dans la confection desquels le Roquefort prend naturellement une place prépondérante, dément heureusement cette première impression.

Le repas terminé, l’après-midi sera entièrement consacré au retour à Pessac que nous atteindrons vers 20 heures. Tous les participants se quittent, heureux d’avoir partagé pendant deux journées beaucoup d’émotions.