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Voyage en Sicile du 5 au 12 juin 2009

par Charles Costa

On dit volontiers que pour découvrir l’art grec antique, il faut visiter la Sicile. Certes, mais les guides nous apprennent aussi que cette province italienne, recèle de nombreux autres trésors légués par les Romains, les Arabes, les Normands, les Espagnols, le Duc de Savoie… C’est pourquoi, 27 membres de l’ARCEA-CESTA ont décidé d’affronter la mafia pour connaître ce pays aux si multiples facettes.

Un avion affrété par Aeroviaggi,  quitte Bordeaux à 6 heures du matin et nous dépose deux heures plus tard à Palerme. 20090605 sicile img01Palerme : Carrefour des quattro contiConduits par Giulio notre guide accompagnateur à notre hôtel, nous en apprécions la situation au cœur du quartier historique de la ville, autrement dit à pied d’œuvre pour commencer ce voyage. Ragaillardis par notre premier plat de pâtes, nous pouvons, à notre guise, attaquer cet après midi de liberté par les découvertes d’églises, d’oratoires, de marchés, du parc botanique, du bord de mer…et avant tout pour approcher cette grande ville (la 5e d’Italie) et s’imprégner de son ambiance caractéristique. Nous y découvrons l’emblème de la Sicile, la gorgone aux trois bras qui symbolisent les trois pointes de cette île triangulaire.

Le lendemain commence une visite guidée qui nous conduit vers la cathédrale de Monreale dans laquelle la profusion de mosaïques nous laisserait pantois si nous n’avions pas déjà connu l’intérieur de la basilique San Marco, l’année dernière à  Venise. Le Christ Pantocrator, les motifs arabes, l’évocation de l’Ancien et du Nouveau Testament, la lumière, la couleur, nous confirment que bien après les grecs, entre 12e et 13e siècle, les artistes siciliens étaient férus de beauté. Le cloître, très harmonieux et dans un état de conservation (voire de restauration) impeccable, parachève cette œuvre inscrite au patrimoine de l’humanité.

Nous poursuivons par la visite du palais des Normands et ses nombreuses salles diversement décorées. Dans son enceinte, la chapelle Palatine, véritable joyau, récemment restaurée nous éblouit par l’art de la céramique qui atteint réellement là, son apogée.

L’après midi, notre guide nous conduit sur le mont Pellegrino pour découvrir outre la grotte où se réfugia Sainte Rosalie, patronne de Palerme, un panorama splendide sur la côte à quelques encablures de la grande ville.

Mais Palerme, c’est aussi cette ambiance toute italienne dont nous nous imprégnons en arpentant le marché où poissons, légumes, fruits  débordent des étals, ou en admirant la façade du théâtre Politeama surmontée d’un char tiré par six chevaux d’airain, ou encore en mesurant combien les arts d’époques si lointaines peuvent se compléter et même se fondent harmonieusement comme dans la Martorana, église aux céramiques arabo-byzantines et à l’architecture normande. Face à notre hôtel, la place Pretoria dont la fontaine entourée de femmes nues lui valut le surnom de « fontaine de la honte » à une époque où il était bon de « cacher ce sein que nous ne saurions voir », nous est vite devenue familière tout comme les façades des immeubles du carrefour dit des quattro conti. 

La visite de la Sicile, c’est un tour de l’île qui commence pour nous direction ouest vers Erice. Cette petite ville est perchée à 700 mètres d’altitude sur un rocher que notre car devra gravir par une route dont les lacets vertigineux font frémir plus d’un d’entre nous. Mais du sommet nous découvrons un magnifique point de vue sur la mer et la ville de Trapani. Les églises sont en grand nombre à Erice. Nous visiterons la cathédrale dès notre arrivée. C’est un grand plaisir de cheminer dans ces rues aux pavés bien ordonnés et de s’arrêter devant les nombreuses boutiques ou l’on vend notamment vin et macarons. Quelques membres du groupe accablés par la chaleur se régalent d’une bière bien fraîche servie devant des monuments ancestraux.

C’est tout près du téléphérique qui plonge vers le niveau de la mer que se trouve le restaurant où nous sont servies  en premier plat les sempiternelles pâtes dont le goût est toujours renouvelé.

Rassasiés, et aussi un tantinet assoupis, nous restons impassibles pendant que notre chauffeur plonge vers la plaine….Si  bas !

20090605 sicile img02Segeste : le temple doriqueMais bien vite la curiosité reprend ses droits et nous nous apercevons que cette île que l’on imagine si aride, est en fait une riche terre agricole ; autrefois grenier à blé de l’Italie, elle pratique aujourd’hui la polyculture où la vigne occupe désormais une place de choix. Après avoir avalé des kms à travers champs, nous débouchons sur Segeste dont le fameux temple dorique, nous apparaît dans sa splendeur blonde au sommet d’une colline. Segeste, qui a conservé son sol, toute sa colonnade, son fronton,  a-t’il  jamais été achevé ? Contrairement aux autres temples grecs, ses colonnes ne possèdent pas  de cannelures, son fronton aucun décor. Il en possède d’ailleurs une âme qui ne laisse pas indifférent puisqu’il semble bien que nous le voyons en 2009 comme les insulaires le voyaient déjà il y a 23 siècles. Films et photos permettent d’emporter son image, car il nous faut à regret quitter ce site remarquable pour rejoindre Sciacca et son centre de vacances Aeroviaggi où nous sommes hébergés. Nous pourrons profiter qui à l’intérieur, qui au dehors d’un premier bain en piscine. La température flirte avec les 30 degrés et il fait bon se rafraîchir…

Le lendemain, dès l’aube, nous quittons Sciacca pour  une longue journée. Notre premier arrêt sera pour Agrigente :20090605 sicile img03Le groupe à Agrigente dès 10 heures le soleil nous brûle et les casquettes ou autres chapeaux sont bien utiles pour parcourir la vallée des temples, située à vrai dire sur une colline. Le site d’Agrigente est bordé de rochers dans lesquels furent creusées de nombreuses sépultures paléo-chrétiennes. Devant ces temples, nous mesurons quelle a été la passion des grecs pour cette île pour y avoir laissé autant de souvenirs :

- Temple d’Héra épouse de Zeus

- Temple de Jupiter et ses télamons (grandioses statues qui devaient servir de colonnes)

- Temple de la Concorde

- Temple de Castor et Pollux quasiment intact pour  avoir abrité pendant des siècles une église chrétienne.

Après un parcours en car sur une route sinueuse nous gagnons Piazza Armerina pour une visite de la célèbre villa romaine du Casale mise à jour en 1929. Le soleil brûle mais les toits sont protecteurs.

Dans cette villa, ensevelies au 12e siècle ; sous les alluvions qui les ont préservées nous découvrons les mosaïques de facture artistique indéniable qui ornaient cette riche demeure. Comme à Pompéi, on croit partager un moment de la vie des occupants d’il y a 20 siècles qui avaient inventé le bikini sans connaître la destinée de cet atoll du Pacifique.

Après le déjeuner nous  prenons la direction du centre de vacances Aeroviaggi de Brucoli où nous séjournerons trois nuits. Mais notre route passant par la rocade de Catane, notre guide Giulio nous propose un léger détour pour découvrir  cette ville, ce qui nous permettra  de gagner une demi-journée de détente.

20090605 sicile img04Le cratère de l'EtnaCatane dominée par  l’Etna dont elle a du subir les colères est  la seconde ville de Sicile. C’est un port très actif. La ville possède bien un amphithéâtre romain, témoin d’un passé lointain, mais ses monuments sont essentiellement baroques car construits postérieurement à l’éruption de 1693. Certains quartiers sont construits sur des coulées de lave, ce qui donne une allure quelque peu surprenante à la cité. Nous nous arrêtons longuement sur la place principale où se situe la cathédrale à la façade richement décorée et au centre de laquelle trône un éléphant de pierre, symbole de la ville, sensé éloigner les fureurs de l’Etna

La matinée suivante sera consacrée à la visite de Syracuse, et chacun fredonne déjà l’air célèbre d’Henri Salvador.

Nos pas vont d’emblée vers le théâtre grec de dimensions impressionnantes. Son acoustique toujours appréciée permet d’y donner des représentations comme ce festival de cinéma en plein air qui s’y déroule actuellement.

Les Latomies sont d’anciennes carrières de pierres géantes exploitées par les Grecs. C’est là que l’on découvre l’oreille de Denys (immense grotte à l’acoustique particulière que testera pour nous Robert Granet qui y interprète Hegoak) . Tout près, se trouve l’amphithéâtre romain où l’on donnait les spectacles de gladiateurs, d’animaux ; c’est par ses dimensions le troisième du monde romain, bien après le Colisée cependant.

Dans l’île d’Ortygie, nous nous arrêtons devant la fontaine Aréthuse, source d’eau pure où poissons et canards se disputent la vedette en batifolant au milieu des papyrus. Au milieu de la place nous sommes surpris par une immense sculpture contemporaine  contre la pollution menaçante. Mais la cathédrale baroque focalise nos regards. Elle est en effet construite à l’emplacement d’un temple  dorique dont elle a conservé la colonnade pour appui de ses murs. Nous voilà bien devant un exemple de la continuité artistique des siciliens qui n’ont pas connu l’obscurantisme.

L’après-midi libre nous permet de prendre  un bain de mer et de recharger les batteries.

Il faut en effet être en forme pour partir le lendemain à l’assaut de l’Etna qui culmine à quelques 3300 mètres. Le car nous achemine jusqu’à 1900 mètres à travers un paysage de plus en plus hostile où la végétation disparaît  peu à peu. De cette altitude c’est en 4X4 que nous montons à 3000 mètres. Le spectacle est grandiose et impressionnant. Les nombreuses éruptions du volcan le plus actif d’Europe sont mémorisées sur ses flancs par des collines qui sont autant d’anciens cratères, et par des ouvertures béantes pour les éruptions les plus récentes. Le guide local a choisi le tour du cratère de l’éruption de 2002. Bien que le feu couve sous nos pieds comme en témoignent les fumeroles, il y fait froid et nous ne nous étonnons pas de voir des skieurs dévaler les pentes enneigées.

Après un déjeuner pris à 1900  mètres, nous redescendons vers la mer et précisément à Taormina. Ce site enchanteur, choisi par les Grecs et les Romains qui y ont construit et exploité un théâtre demeure un très haut lieu de tourisme.  La ville, son site, ses jardins, ses rues en pente bordées de commerces de toute nature sont inoubliables. Comme il ferait bon y séjourner plus longtemps ! Mais nous devons repartir vers le sud pour une dernière nuit à Brucoli.

C’est déjà l’avant dernier jour de ce voyage et il nous faut commencer le cheminement vers Palerme. La route côtière nous amène d’abord à Messine, non pas pour pécher la sardine ! mais bien pour une visite à notre gré un peu courte. Nous verrons cependant la cathédrale baroque et son campanile enrichi d’une horloge construite récemment par des horlogers

de Strasbourg. Hélas, il ne nous sera pas possible d’en voir la principale animation qui s’y déroule à midi. Messine c’est son détroit qui sépare la Sicile de la botte italienne par 3 km de mer ; ce détroit où l’on pouvait comme Ulysse écouter le chant des Sirènes, a rappelé aux plus anciens d’entre nous l’épopée de la Seconde Guerre Mondiale.

Après Messine et un arrêt déjeuner dans un restaurant qu’aucun car français n’oserait jamais atteindre tant il est périlleux d’y accéder, nous gagnons Cefalu, dont la cathédrale, le port de pêche, la plage et les rues étroites sont dominées par un rocher calcaire caractéristique de ce site  où le club Med a depuis longtemps élu domicile.

De retour dans la capitale, nous avons droit à un spectacle de marionnettes typiques de Sicile qui ferraillent à qui mieux mieux sans trop savoir qui est vainqueur ou perdant ; le tour de la ville soit disant illuminée est par contre bien décevant.

Le dernier jour, au matin,  chacun peut profiter du temps libre pour parfaire sa connaissance de la ville, et comme au premier jour choisir son programme, artistique, bucolique, gastronomique selon les goûts…mais aucun n’oublie le rendez vous d’un dernier déjeuner en commun avant de prendre la direction de l’aéroport pour le retour chez nous.

Il fait beau et chaud aussi à Bordeaux et pourtant c’est déjà si loin la Sicile !