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En descendant le Jourdain

Compte-rendu de voyage (12-19/04/2011)

par Robert Granet

 

 

Une tempête de sable au travers du hublot, première vision de la Jordanie, nous étions à Amman.

 

Dieu sait pourquoi, Mohamad, notre guide, excellent tout au long du voyage, nous suggéra de l’appeler Momo !

Si l’on y gagnait en facilité, on y perdait un peu en couleur locale. Mais dès notre première visite, le dépaysement fut complet : il s’agissait de visiter une superbe mosquée, ce que ces dames durent faire sous une robe noire avec capuche qui, à la sortie du vestiaire, les rendait toutes pareilles.

Amman

Le grand amphithéâtre romain, nous faisait entrevoir le riche passé de la capitale, qui remonte au 13e siècle avant J. C. et le musée archéologique complétait notre culture sur les civilisations successives ayant occupé ces lieux, ammonites, assyriens, perses, grecs, romains. Du haut de la colline, où se situent le musée et les vestiges de temples, églises et mosquées, nous dominons cette étonnante ville aux sept collines où l’on peut voir côte à côte le palais royal et une cité de réfugiés palestiniens.

Quelques kilomètres au nord, se trouve la cité romaine de Jerash. L’arc d’Hadrien, les temples de Zeus et d’Artémis, le forum ovale (probablement le plus grand forum de l’empire romain), nous tiennent sous leur charme tout au long de cette grande promenade sur les pavés de ses longues rues bordées de colonnes. Quel plaisir ensuite de déjeuner à l’ombre de canisses, près du four où cuit notre pain pour accompagner le poulet, le mouton ou le chevreau qui allaient constituer l’essentiel de nos agapes durant la semaine avec la purée de pois chiches.

Pour finir cette première journée, il nous restait à vivre une expérience peu banale : un bain dans la mer morte. Une plongée de + 1 100 m -altitude d’Amman -à – 400 m le point le plus bas de la planète et nous voilà dans l’eau, tellement salée que l’on peut facilement lire le journal allongé sur le dos, à condition bien sur d’avoir un journal.

 

Mur entourant Béthléem

 

Les deux jours suivants constituent une parenthèse dans le voyage. Nous quittons la Jordanie pour la Palestine et Israël. Au tourisme se superpose une dimension historique et religieuse. Il s’y ajoute un aspect politique incontournable, que les difficultés d’entrée et de sortie nous ont fait vivre. Trois heures à poireauter d’un coté du Jourdain alors que notre bus jordanien attendait de l’autre à 300 mètres, tout ça parce que notre chauffeur palestinien était apparemment mal vu par les services de contrôle israéliens.

Le mur de béton entourant Bethléem ne contribue pas à détendre l’atmosphère.

Au-delà de tout ça, nos nous sommes rendus sur les lieux mêmes de la naissance du Christ, une grotte surmontée d’une église dont on aurait pu se passer. L’accumulation des symboles de toutes les branches de la chrétienté nuit beaucoup à la simplicité originelle de ce lieu. Il s’agit maintenant de passer les contrôles à la porte du mur et parcourir les 9 kilomètres qui nous séparent de Jérusalem. Jérusalem est une très belle ville entourée de remparts, des dômes, des mosquées flamboyantes, des clochers, une couleur ocre, une activité commerciale fébrile et colorée, la rendent très séduisante. Mais c’est aussi la « Ville Sainte » de trois religions.

Du mur des lamentations au jardin des oliviers, de l’esplanade des mosquées (nous n’avons pas pu y aller car c’était vendredi !!!) à la maison où est née Marie, on est baigné de spirituel. Le point d’orgue étant la montée au calvaire et l’arrivée au saint sépulcre en haut du Golgotha dans une église (dont on aurait aussi pu se passer). Il Jérusalem vu du Mont des oliviers n’est pas impossible que nous soyons revenus de ces deux jours, un peu différents. 

Sur le chemin du retour, nous traversons Jéricho, célèbre pour les trompettes de Josué et sa réputation d’être la plus vieille ville du monde. C’est pourtant le marchand de jus d’orange et de dattes qui aura le plus de succès, comme quoi la culture c’est important mais la soif et la faim aussi. C‘est à une heure bien tardive que nous retrouvions notre hôtel à Amman.

 

Mont NéboLe lendemain, à l’aube, sur la route du Sud, ultime référence biblique du voyage, le mont Nébo. On peut penser que c’est là que Moïse mourut après avoir pu contempler la terre promise. Du haut des 820 mètres de ce mont, on peut en effet voir Hébron, Bethléem, Jérusalem, Jéricho, Naplouse, Ramallah, la mer morte, le Jourdain et Amman. Nous prenons conscience de la petite dimension et de l’imbrication de ces pays qui font tellement parler d’eux.

Sur une route aux paysages somptueux, nous arrivons à Kérak, grande citadelle construite par les croisés et théâtre de grandes batailles contre Saladin. Au soleil couchant, nous arrivons à Pétra. Nous n’en voyons encore rien, si ce n’est l’enchevêtrement de creux et de bosses de grès rouge dans lequel se niche un trésor. C’est dans cet esprit de quête, que nous nous installons dans un hôtel tout proche pour attendre le lever du jour.

 

Entrée du Siq...

 

Ce qui fit l’importance de Pétra en fait aujourd’hui son charme. Cette grande cité construite par les Nabatéens est en effet très bien protégée. On y accède par un défilé d’environ 1,2 Km de long et jusqu’à 200 mètres de profondeur, le Siq. A l’endroit le plus resserré, il mesure 2 mètres de large. Cela rendait la défense de la ville très facile et cela fournit aujourd’hui des visions extraordinaires. On serpente, on sinue, on se tord le cou, et soudain un éclair de lumière : le Khaznek (trésor). Cette superbe façade de palais taillée dans la falaise est le symbole de Pétra, le lieu le plus connu. On l’a vu au cinéma, en photo et pourtant lorsqu’on le découvre brusquement, en pleine lumière du matin, l’émotion est intacte et ce qui était un rêve le reste encore un instant devant la réalité.

Mais la magie et la contemplation ne peuvent pas s’éterniser, d’autant plus que Pétra est immense et regorge d’autres richesses. Que de façades, de monuments, tous admirables de couleur et d’élégance. Dernier effort et non des moindres, le plus grand temple de Pétra se mérite car situé en haut de 800 marches taillées dans le rocher. Cette épreuve avait ses récompenses : la beauté du site bien sur, mais aussi les félicitations émerveillées de quelques jeunes touristes, qui doivent encore se demander comment nous avions pu arriver jusque là. Ce soir là, après les 5 ou 6 km du retour, personne n’a traîné à table.

 

À ... et sa sortie, le trésor. nouveau, cap au sud, à travers le désert, il représente 80 % du territoire jordanien. Mais le désert, ce n’est pas le néant, c’est beau, c’est envoûtant. Le Néguev d’abord, tout plat, tout gris mais en bus climatisé, l’aventure est facile. Le Wadi Rum ensuite. Ce désert là n’est pas plat. La première vision que l’on a, est celle d’une montage rouge toute dentelée qui porte un nom merveilleux : « les sept piliers de la sagesse ». C’est d’ailleurs le titre du livre du Colonel Lawrence (Lawrence d’Arabie) un haut lieu de la révolte arabe contre l’empire ottoman en 1917. C’est aux pieds de cette montagne que nous attendent nos 4x4. On embarque 4 par 4 évidemment, et en route pour un après-midi extra terrestre. Toutes les teintes du rouge au jaune, toutes les textures du roc au sable, des points de vue changeants en permanence, des dromadaires en liberté, nous submergent de sensations fortes. Une halte, sous une tente bédouine, avec un thé à la menthe bien chaud, nous fait revenir sur terre. Et c’est un peu moulu, poussiéreux et émerveillés que nous arrivons tout au sud du pays, à Aqaba.

Grâce à une belle initiative de notre guide, ce qui devait être une attente passive de l’heure du départ, s’est transformée en croisière en mer rouge. De note « yacht » un peu rouillé, nous pouvions embarquer sur un petit bateau à fond de verre pour admirer les coraux ou nager dans les eaux claires. Une fois séché sur le pont du bateau, on pouvait voir simultanément l’Egypte, Israël, la Jordanie et l’Arabie Saoudite, dans une quiétude qui ressemblait à la trêve de l’heure où les lions vont boire…. Pourquoi ne boivent-ils pas plus souvent !

 

 

 

Une vue du site, à mi-chemin des 800 marches