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Voyage au cœur de la France

Découverte d’un peu d’Auvergne

par Charles Costa


L’Auvergne s’étend de l’Allier au nord, au Cantal au sud en passant par le Puy de Dôme et même un peu de Corrèze, ce n’est donc qu’une partie de cette belle région que nous rencontrons au cours de ce séjour à Vendes du 5 au 10 septembre 2010.

Notre camp de base, un centre VVF construit sur un ancien village minier, est situé entre Bort les Orgues et Mauriac, tout près des gorges de la Dordogne, frontière locale entre les départements du Cantal et de la Corrèze ; le Puy de Sancy, le Puy Mary et le Plomb du Cantal, trois anciens volcans importants qui ont modelé les paysage nous entourent.

Notre première visite est pour un village corrézien du 15e siècle reconstitué par un passionné de l’histoire de son pays : la Xaintrie. Ce plateau granitique est très enclavé, ce qui lui a permis de préserver une qualité de vie rurale, un patrimoine traditionnel et un environnement naturel. On a ainsi passé deux heures « comme au 15e siècle » en découvrant combien la vie était rude mais les activités gratifiantes.

Après le repas pris au VVF, notre guide nous conduit à la découverte de 3 des 92 églises romanes d’Auvergne :

Saint Martin de Jaleyrac, de style romano byzantin à nef unique date du 12e siècle. Son portail occidental avec motifs en losange et volutes est considéré comme un prototype de cette région. On a récemment découvert des peintures murales du 13e siècle dont un Saint Georges terrassant le dragon et encore un Saint Martin partageant son manteau. Une magnifique vierge sculptée est classée monument historique. Groupe devant l'église d'Ydes

Après un passage rapide à Bassignac, nous gagnons le site d’Ydes-Bourg où l’église Saint Georges présente bien des richesses, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.

Le porche est précédé d’une grande arcature sur laquelle on s’amuse à deviner les signes du Zodiaque. Quelques manques cependant dus à l’usure du temps ou à une démolition préventive, ne nous autorisent pas à donner à chacun le plaisir de retrouver son signe ascendant. Sur les parois, dans des niches, des sculptures de David dans la fosse aux lions et une Annonciation sont remarquablement conservées. Le portail à double battants comporte des peintures datées du 12e siècle. Le chevet est orné de multiples modillons et de colonnes aux chapiteaux et embases richement ornés. À l’intérieur, bénitier monolithe, stalles de chêne et châtaignier possédant de riches dossiers sculptés, aucune miséricorde ne manque.

L’église d’Ydes est souvent considérée, notamment par la profusion de ses sculptures extérieures, comme la plus belle du roman cantalien. Notre groupe décide donc de poser devant un tel édifice !

 

Mairie de Salers

Salers, ville qui a donné son nom à ces vaches à robe rouge et cornes en forme de lyre, à un délicieux fromage et une célèbre liqueur apéritive à la gentiane…La petite ville est connue et visitée par de très nombreux touristes qui viennent découvrir ce « plus beau village de France ». Manque de chance pour nous qui sommes obligés ce jour de parcourir la cité sous une pluie battante  protégés par des mini, voire micro-parapluies qui n’ont rien à voir avec ceux d’Auvergne que l’on vend ici. Il est vrai que ces bâtisses de pierre sombre surmontées de donjon, beffrois, tours à poivrières et les sombres poternes évoquent un passé glorieux. La place Tyssandier d’Escous dédiée au rénovateur de la race Salers est entourée de maisons Renaissance comme l’ancien baillage, la maison Flogeac, l’hôtel de la Ronade… Un peu plus à l’écart la maison Jaussein appartient à un membre de notre section ! D’une immense terrasse, on devrait sans la brume et les nuages embrasser une vue splendide sur les volcans avoisinant. Mais… Alors il fait bon se précipiter dans le restaurant où chaud et sec redonnent de l’appétit !

À quelques kilomètres de Salers, sur la route du Puy Mary, nous faisons halte dans un des derniers burons qui demeurent et évoquent l’élevage d’autrefois. C’est dans ces lieux en effet, qu’on élaborait le fameux fromage   et l’apéritif de Salers qui ressemble à s’y méprendre à la Suze dont certains raffolent « au Moulin » ; rien d’étonnant, l’une et l’autre étant élaborées avec des racines amères de gentiane.

Perdu dans les nuages, le fier Puy Mary ne se montrera pas, et même les plus alertes du groupe resteront au col du Pas de Peyrol attendant une vaine éclaircie qui leur aurait permis au prix d’une courte escalade d’apercevoir les 7 vallées qui partent du sommet. On se promet donc de revenir…par temps clair. Il faut bien dire que nous sommes sur les plus hautes montagnes depuis l’océan, qui reçoivent en moyenne 2,5 mètres d’eau par an !

Déçus, nous gagnons les basses terres et plus précisément Cheylade où là aussi, nous attend une église romane du 12e siècle. Ici l’intérieur mérite le détour. Un Christ en bois du 14e siècle, un bénitier du 15e siècle et un écusson aux armes de la famille d’Estaing dont l’un des membres s’illustra auprès de Philippe Auguste à la bataille de Bouvines (1214), passeraient presqu’inaperçus car le regard est captivé par la voûte, tapissée de 1386 caissons de bois polychrome, où fleurs, animaux, personnages, formes naïves seraient l’œuvre d’artistes italiens du 16e siècle.

 

Château de Val

Troisième jour. Notre premier objectif est le barrage de Bort-les-Orgues, où plan Vigipirate l’exigeant, il nous faut décliner nos identités. L’usine électrique, alimentée par une retenue de près de 500 millions de m3 créée par la Dordogne et la Rhue fournit 240 MW au réseau. Le lac arrive aux pieds du château de Val qui le domine de sa silhouette hardie.

Outre la fourniture d’énergie électrique, ce barrage fait partie d’un ensemble de retenues qui régularisent le cours de la Dordogne, ainsi trouve-t-on en aval les retenues de Marèges, de l’Aigle, du Chastang qui participent à ces mêmes objectifs en amont d’Argentat.

Bort-les-Orgues possède une tradition de tanneries et naturellement on y a créé un musée que nous visitons. On peut ainsi s’initier aux techniques particulières à cette industrie comme par exemple le refendage qui consiste à trancher les peaux dans l’épaisseur donnant la fleur et la croûte.

 

Le qualificatif des orgues vient d’un ensemble de roches phonolithes de forme prismatique due au refroidissement rapide d’une coulée de lave ; elles dominent la vieille ville de Bort. Spectaculaire !Le soleil est de la partie pour une traditionnelle et reposante promenade en gabarre où une charmante gabarrière nous chante le refrain : des gabarriers ! Cette activité, tuée par l’arrivée du chemin de fer, permettait sur ces embarcations à fond plat de transporter jusqu’à Bordeaux les produits d’Auvergne comme le vin (eh oui avant le Phylloxera), le bois, les cuirs, les châtaignes… La gabarre qui ne pouvait remonter le fleuve était vendue sur place comme bois de chauffage. Il en allait de même sur la rivière Allier, la Loire, le Canal de Briare, le Loing et la Seine. Les auvergnats vendaient leurs gabarres à Bercy, puis peu à peu se débrouillèrent eux-mêmes donnant ainsi naissance aux générations de cafetiers et marchands de bois et charbon, bougnats de la capitale.

 

Vierge en Majesté d'OrcivalQuatrième jour. Notre séjour nous conduit plus au nord, dans le massif du Sancy où notre première étape sera la basilique romane Notre-Dame d’Orcival, l’une des cinq « majeures » d’Auvergne. Cet édifice, bâti à flanc de montagne, présente aux fidèles son chevet d’une harmonie inégalée de par l’étagement des abside et absidioles. La façade sud où s’ouvre le portail principal nous montre accrochés au mur des boulets et chaînes, exvotos de captifs délivrés. Le portail d’origine (12e siècle) est ornementé de pentures en fer forgé, richement ouvragées et décorées. En pénétrant dans cette église, on est surpris par la hauteur qui lui confère une indéniable majesté. Le chœur lumineux, entouré de piliers élancés est impressionnant ; juste derrière le maître-autel trône la célèbre Vierge de Majesté, la seule Vierge noire recouverte de son parement d’orfèvrerie d’origine ; elle présente aux fidèles l’enfant Jésus. Elle est l’objet de nombreux pèlerinages dont le plus célèbre a lieu à l’Ascension.

Non loin d’Orcival, notre car fait halte sur un belvédère bien aménagé, face aux Roches Tuilière et Sanadoire d’origine volcanique dont les noms évoquent respectivement la carrière de lauzes et le caractère phonolithe de la roche. Le lac de Guéry est dit de barrage car il est apparu après qu’une coulée de lave ait obstrué le cheminement naturel de plusieurs ruisseaux. Poissonneux, on y pêche la truite et l’omble chevalier (pour les initiés, rien à voir avec Monsieur Fellini !). Continuant notre route, nous traversons la station du Mont-Dore d’où l’on accède au sommet du Sancy, pour arriver au restaurant où un repas typique suivi d’une majestueuse omelette norvégienne nous est servi.Remis sur pied, nous pouvons dans un musée revivre le passé de ces régions autrefois reculées en assistant à une extraordinaire présentation exploitant les plus modernes artifices multimédias, relatant la vie émouvante d’une certaine Toinette au du 18e siècle. Au-delà de l’intérêt historique, on découvre ainsi les décors évolutifs commandés par ordinateur.

Le VVF étant éloigné, il est temps de rentrer et c’est la tête et l’estomac bien remplis que nous nous assoupissons pendant le trajet de retour.

C’est effectivement le temps de parler de retour car le séjour s’achève et le Cesta sera rejoint dès demain. Rien n’étant prévu en matinée, nous improvisons une visite de la ville de Mauriac que la Direction du VVF accepte bien volontiers. Nous pénétrons donc dans cette sous-préfecture du Cantal plusieurs fois traversée lors de nos va-et-vient, pour découvrir la basilique et les vestiges du monastère Saint Pierre dont les pierres ont été réutilisées après la Révolution Française pour construire sur le même emplacement des maisons d’habitation. C’est ainsi que le parcours initiatique qui nous est proposé nous montre un assemblage hétéroclite de murs anciens en pierres sèches surmontées de briques ou de béton. Cependant, vu son extension, ce monastère a eu un rayonnement certain au cours du passé. Notre-Dame des Miracles renferme une cuve baptismale romane et une Vierge à l’oiseau (16e siècle) ; le tympan ouest est orné de sculptures représentant l’Ascension et cette fois-ci un ensemble complet des signes du Zodiaque !

C’est ainsi que se termine la découverte de cette région d’une France profonde qui regrette de ne pas être mieux considérée.

 

 

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