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Nedde et le Limousin - Compte-rendu de voyage (16-22/09/2012)

par Jean-Claude Chevalier

 

 

 

 

En ce mois de septembre 2012, les retraités du CEA-CESTA poursuivent leur découverte des régions françaises en se rendant en Limousin. Dimanche après-midi, notre chauffeur Florent emmène les 46 participants de Pessac vers le VVF du château de Nedde à partir duquel nos excursions rayonneront.

Le bourg de Nedde se situe quasiment au point triple des trois départements du Limousin : Corrèze, Creuse et Haute-Vienne. Il fait partie du Parc du Lac de Vassivière lui-même au nord ouest du plateau de Millevaches, ce « château d’eau de la France » où prennent leur source de nombreux cours d’eau dont la Vézère, la Vienne, la Corrèze et la Creuse.

chateau de Nedde côté cour

Marie-Christine, la directrice du VVF, nous accueille en fin d’après-midi et nous oriente vers nos hébergements en pavillons répartis autour duchâteau qui regroupe tous les services collectifs. 

À l’occasion du Pelou d’accueil, liqueur de châtaigne et vin blanc, elle nous présente Alain qui sera notre guide pendant notre séjour en Limousin. Ce dernier se rév èlera un érudi t passionné de l’histoire de sa région, de celle de ses habitants et de leur us et coutumes.

Le lendemain, en milieu de matinée, Alain, en nous faisant visiter le château, nous en dresse l’historique. Reconstruit sous le règne d’Henri IV à l’emplacement d’une ancienne forteresse féodale, le château présente un corps de logis principal dont la façade sud, la seule aujourd’hui restaurée,  donne sur une vaste terrasse dominant la Vienne. Il est flanqué côté nord de deux bâtiments perpendiculaires délimitant la cour.

 

 

chateau de Nedde façade sud

La façade côté cour a été remplacée par une structure délibérément contemporaine en façade rideau sur ossature métallique préservant ainsi la possibilité d’une restauration ultérieure. La propriété appartint au Marquisat Garat de Nedde depuis le 18e siècle jusqu’en 1954 date du décès tragique sans descendance  directe du dernier marquis et de son épouse.  Bien que classé monument historique en 1950, le château a été discrètement dépouillé, avant vente, de son mobilier, de ses cheminées, boiseries et tapisseries par le neveu qui en avait hérité. Laissé à l’abandon par les nouveaux propriétaires, il s’est dégradé jusqu’en 1982, date où, à l’initiative de M Leycure maire de Nedde, commencèrent les premières études de réhabilitation. Depuis la fin de celle-ci, en 1989, il remplit son actuelle vocation de centre de vacances.

 

Nous nous dirigeons ensuite vers le bourg de Nedde pour y visiter la seule autre curiosité locale, l’église Saint-Martin. Elle date du 13e siècle et a été classée monument historique en 1912. Elle se distingue par son toit et son clocher revêtu  de bardeaux de châtaignier. À l’intérieur,  les murs portent des litres funéraires aux armes des Garat de Nedde. la Vienne

Après le déjeuner nous entamons le premier volet de notre forum des métiers d’art, avec la visite  à Saint-Léonard de Noblat, des Porcelaines Carpenet. Cette entreprise familiale employant quatorze personnes fut fondée en 1964. Nous y découvrons les différentes étapes de la fabrication des porcelaines :

-élaboration de la barbotine à partir de kaolin, quartz et feltzpath broyés et dilués dans de l’eau ;

-moulage et séchage ;

-cuisson ;

-émaillage et nouvelle cuisson ;

-décoration par stickers ou à la main.

Nous quittons la Manufacture de Porcelaine pour le centre de Saint-Léonard de Noblat. Place du Champ de Mars trône un imposant taureau de granit rappelant que la ville est reconnue comme le berceau de la race limousine nous retrouvons notre guide local. Celui-ci nous entraine à travers la partie médiévale de la cité.

La ville doit son existence et sa notoriété à l’ermite Léonard qui, au début du 6e siècle s’établit à proximité de l’endroit où un important itinéraire joignant Bourges à Bordeaux franchissait la Vienne. Sa piété et ses miracles firent de Léonard l’un des saints les plus populaires du Limousin. Un village se créa autour de l’ermitage et devint vite un lieu de pèlerinage très fréquenté. Les évêques de Limoges firent bâtir aux 11ème  et 12ème  siècles un château et la Collégiale où fut placé le tombeau du saint. Autour fut construite une enceinte fortifiée dont on peut voir aujourd’hui de rares vestiges : porte Champmain et morceaux de rempart.

Collégiale de Saint-Léonard de NoblatEn cheminant dans la cité, nous découvrons autour de places d’anciens marchés, de superbes maisons du 13e siècle remaniées aux 17, 18 voire 19e siècles : la maison  à la tour ronde, la maison à la tour carrée et la maison des consuls sont les plus remarquables.

La collégiale Saint Léonard est le joyau d’art roman de la ville. D’emblée l’œil est attiré par le clocher-porche de style limousin. D’une hauteur de 52 m, il repose sur un porche ouvert de deux côtés garni de remarquables chapiteaux. La tour présente quatre étages de plan carré surmontés de deux étages en retrait sur un plan octogonal. De belles arcatures s’ouvrent à chaque étage et une flèche en pierre donne la touche finale à l’élégance de l’ensemble. La Rotonde du Sépulcre flanque le clocher. Elle comporte une coupole reposant sur huit colonnes autour de laquelle s’ouvrent quatre absidioles.

À l’intérieur de l’édifice proprement dit nous trouvons : nef voutée en berceau, coupoles du transept sur pendentifs, tour lanterne et vaste chœur à déambulatoire éclairé par sept chapelles rayonnantes.

Nous ne quittons pas Saint Léonard de Noblat sans évoquer des Miauletons célèbres : Louis-Joseph Gay-Lussac et …Raymond Poulidor. Felletin - Tapisserie - Le coq byzantin

Mardi matin, nous reprenons notre forum des métiers d’Art en nous rendant à Felletin, berceau de la tapisserie marchoise, longtemps rivale de sa concurrente et voisine Aubusson. Felletin abrite aussi depuis un siècle le premier lycée conçu en France entièrement consacré aux métiers du bâtiment. 

Notre première visite sera pour la filature Terrade, entreprise familiale installée depuis 1910 à Felletin. Elle emploie sept personnes. C’est une des dernières à transformer artisanalement la toison en fil. Elle est spécialisée dans le « sur mesure » et produit des petites séries. Sa production est notamment recherchée par les tapissiers.

La laine qui arrive en grosses balles passe d’abord dans un « loup-batteur » pour éliminer les pailles et poussières et séparer les fibres. Traitée  avec un mélange d’eau et d’huile, elle est ensuite cardée dans une impressionnante machine vieille de plus d’un siècle ! Les fibres  y sont étirées, démêlées, individualisées et parallélisées. Elles sont finalement tordues dans un « continu à filer » pour passer de l’état de mèche à celui de fil solide.

Les écheveaux passent ensuite dans l’atelier de teinture où s’exprime tout le talent du coloriste pour la réalisation des nuances commandées. L’eau de la Creuse par son acidité aide à la fixation des couleurs. Ceci explique l’implantation d’usines sur cette rivière depuis le 15ème siècle.

Nous suivons ensuite la laine vers un de ses lieux d’utilisation, la manufacture Pinton qui réalise des tapisseries d’Aubusson depuis 1867.

Nous visitons en premier un atelier de fabrication de tapis « tuftés-main ». Dans   cette technique américaine datant de 1950, l’opérateur travaille avec un pistolet à air comprimé sur l’envers d’une toile de polypropylène disposée verticalement. 

Nous pénétrons ensuite le plus discrètement possible dans un atelier où l’on perpétue le savoir-faire de la tapisserie d’Aubusson, tapisserie de basse lisse sur un métier horizontal.

La manufacture Pinton a tissé les œuvres des plus grands artistes du 20e siècle : Picasso, Miro, Soulages, Le Corbusier…Elle se tourne maintenant vers la création contemporaine.

La maquette, œuvre de l’artiste, sert de modèle au carton qui en retranscrit, aux dimensions de la tapisserie, les formes et les couleurs. Ce dernier est glissé sous le métier pour guider le travail du lissier qui  tisse à l’envers c'est-à-dire en mode strictement inversé. Le lissier ne découvre son œuvre qu’au moment solennel de la « tombée de métier ».

Après être repassés par Nedde pour nous restaurer, nous reprenons la route de Saint-Léonard de Noblat pour y visiter le moulin du Got. Ce dernier, construit au début du 16ème siècle sur le Tard à proximité de sa confluence avec la Vienne, est le dernier témoin de l’importante activité papetière limousine au 18ème siècle. Fermé en 1954, il a été restauré et remis en état de fonctionner à partir de 1997 par l’association « Le moulin du Got » avec le soutien de la municipalité. Ouvert au public depuis 2003, ce musée vivant regroupe sur un seul et même site toutes les étapes de la fabrication d’un livre de l’élaboration du papier à l’impression. La partie papeterie fonctionne aujourd’hui avec des machines installées vers 1865 et rénovées. Une imprimerie typographique a été reconstituée dans l’ancienne partie logement du moulin. Elle présente l’activité d’un petit atelier artisanal des années 1960.

Notre troisième journée d’excursion est réservée à Limoges, capitale du Limousin et des Arts du feu.

La première visite est pour le musée des Beaux Arts, installé depuis 1912 dans le palais de l’évêché  au pied de la cathédrale Saint-Étienne. Il est l’un des plus beaux musées des Beaux Arts de province. Par chance pour nous, il vient d’être entièrement rénové. Nous parcourons successivement ses quatre grandes sections.

La galerie égyptienne est riche de près de 2000 pièces réunies par un industriel limousin A. Périchon qui vécut en Moyenne Égypte au début du 20e siècle. La collection illustre la vie quotidienne en Égypte durant l’époque pharaonique ainsi que les coutumes funéraires grâce à de remarquable modèle en bois.

Au sous-sol se trouve également un parcours de l’histoire de Limoges  dont la chronologie est rythmée par une série de maquettes retraçant son évolution depuis la  création d’Augustoritum  à l’époque gallo-romaine jusqu’au début du 20e siècle.

Musée de Limoges : émailLe fleuron du musée, sa collection de plus de 500 émaux, se trouve au premier étage. Elle permet de suivre l’évolution de la technique des ateliers limousins du 12e siècle à nos jours : émaux cloisonnés, puis émaux champlevés dont la chasse de Thomas Becket et enfin émaux peints à partir de la période Renaissance avec notamment les œuvres de Léonard Limosin. La collection s’enrichit aussi d’émaux contemporains de création française et internationale.

Au rez-de-chaussée la section Beaux Arts propose des peintures allant de la Renaissance au 20ème siècle.  Parmi celles-ci se trouvent des œuvres de Renoir et Valadon, tous deux originaires de la région.

Après le déjeuner, nous effectuons un tour de ville en petit train. Comme étapes, nous citerons l’Hôtel de Ville, les Halles, la rue de la Boucherie, et la célèbre gare des Bénédictins de style Art Nouveau. Notre terminus sera la cathédrale Saint-Étienne.

La cathédrale est l’un des rares grands monuments gothiques du sud de la Loire.  Commencée en 1273, elle ne fut achevée qu’en 1888 lorsque le clocher est rattaché à la nef. Nous en retiendrons :

- le portail Saint Jean du 16e siècle en gothique flamboyant ;

- le jubé très richement orné, de style renaissance, en calcaire de Basse Corrèze ;

- le tombeau de l’évêque Jean de Langeac , mausolée de style Renaissance ;

- la Vierge Noire, Notre Dame de la Pleine Lumière, remarquable pièce d’émail et d’orfèvrerie.

 

En sortant nous parcourons, trop rapidement hélas, les jardins de l’évêché qui se déploient sur 5 hectares. Ils contiennent un jardin à la française, un vaste jardin botanique et un espace écologique présentant les environnements naturels du Limousin. Ses terrasses étagées offrent un point de vue remarquable sur la Vienne.

Limoges - la Cour du Temple

 

 

Au cœur du quartier du Château nous pénétrons dans la Cour du Temple. Cet ancien hôtel particulier à colombages avec des galeries à arcades du 16ème siècle est un véritable joyau. Nous y visitons enfin l’église Saint Michel des Lions. Cette église-halle, sans transept ni abside, se distingue par ses vitraux du 15e siècle et son autel de pierre sculptée. Ce dernier recèle à son envers une châsse abritant les reliques de Saint Martial, l’apôtre du Limousin.

 

 

 

Lac de Vassivières

 

Pour notre quatrième journée, marquée par une bonne gelée matinale, nous nous dirigeons à travers un paysage de tourbières vers le lac de Vassivière. Rien, dans le cadre préservé de collines boisées où il s’inscrit, ne laisse soupçonner le caractère artificiel de ce lac de mille hectares. Il n’a pourtant été créé que voilà 60 ans par l’érection d’un barrage poids fermant le bassin de la Maulde.

Au fil de la croisière commentée que nous y effectuons, nous découvrons les divers aménagements qui en font le premier pôle de loisirs et de sports de la région. Le long de ses quarante cinq kilomètres de rives très découpées alternent plages, presqu’îles, criques où se sont installées centres de vacances et bases nautiques.

 

Des îles émergent du lac : la petite île aux Serpents , l’île Vauveix d’une superficie boisée de quatre hectares Lac de Vassivièreset l’île de Vassivière forte de ses quatre-vingt hectares. Cette dernière n’a pas perdu sa vocation agricole initiale. Toutefois, elle s’agrémente d’un château d’architecture néo-classique datant de 1901, d’un centre d’Art Contemporain flanqué d’un phare et d’un parc de sculptures. Accueillant des œuvres d’artistes français et étrangers, ils assurent la fonction culturelle de l’île.

Après le déjeuner, le tourisme vert cède le pas au tourisme de mémoire. Nous nous rendons à Oradour sur Glane. Là nous attend une visite commentée du Centre de Mémoire. Celui-ci rassemble documents, témoignages et photos relatifs à cet horrible massacre.

Il reste difficile de cerner les motivations des décideurs qui ont lancé d’une manière dûment  planifiée la horde sauvage de la division Das Reich sur ce paisible village. Rien ne justifiait une opération de représailles.

Pour quelles raisons les auteurs du massacre auraient-ils tenté d’effacer les traces de leur passage ou tout au moins d’en retarder la découverte si le but en avait été de déclencher la terreur dans la population limousine ? Par ailleurs justice n’a pas été rendue aux 642 victimes et à leurs familles.  En effet, par respect du politiquement correct de l’époque (ne pas blesser les alsaciens dont les Malgré-nous figuraient parmi les acteurs du massacre), les députés  en ont amnistié les auteurs des peines déjà bien légères décidées par le tribunal de Bordeaux. La visite des ruines de l’ancien village conservées en l’état nous permet de recenser les lieux où les hommes furent abattus et brûlés et d’entrer dans l’église où à leur tour femmes et enfants furent  massacrés.  

Pour notre dernier jour d’excursion en Limousin, nous retournons en Creuse pour visiter Bourganeuf. Ce bourg fut fondé à la fin du 12e siècle  par les Chevaliers Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem. C’est à cette époque que fut construit le château primitif démoli et remplacé fin du 14e siècle par l’édifice actuel. Ce dernier se distingue essentiellement par deux tours :

- la Tour de l’Escalier qui est l’une des portes d’entrée de la mairie ;

- l’imposante Tour Lastic, tour d’angle ajoutée au château en 1439.

Notre première visite est pour la célèbre Tour Zizim. Cette imposante tour fortifiée fut édifiée par le chevalier Guy de Blanchefort pour accueillir le prince Zizim qui avait demandé la protection des Hospitaliers pour échapper aux foudres de son frère Bajazet. Le prince résida dans cette prison Château de Bourganeufdorée de 1486 à 1488. Ce bref séjour a néanmoins fortement marqué la population de Bourganeuf qui découvrit à cette occasion les raffinements de l’Orient. La tour comporte cinq étages et un galetas mâchicoulisé doté d’une remarquable charpente en bois de châtaignier.  Elle fut transformée en prison sous la révolution et désaffectée  en 1926. Sa restauration est en cours.

L’église, contemporaine du château, abrite une relique de Saint Jean-Baptiste, un os de la main. Son orgue, le plus ancien de la région, est classé au titre des Monuments Historiques.

 

De retour à Nedde, nous consacrons l’après-midi à la préparation de la soirée médiévale : cours de danse et choix des costumes.

Nous sommes conviés le soir à un repas offert en l’honneur de la reine de France par le Marquis Jean Claude de Bouliac. Ce festin est placé sous le haut patronage de l’évêque Roger de Gradignan. La sécurité alimentaire de la Reine et la nôtre en conséquence est assurée par le gouteur Michel de l’Aiguillon. Celui-ci n’hésitera à prendre tous les risques et grâce à Dieu le bourreau Pierre de Biganos n’aura pas à intervenir. Au cours de ces festivités la Reine adoubera Chevalier le « jeune » jouvenceau Jacques de Gujan-Mestras. Tout se terminera par des danses et des chansons.

Ainsi se clôtura fort agréablement notre séjour en Limousin qui, nous l’espérons, aura suscité beaucoup de vocations pour les métiers d’art.

 

 

Le groupe du banquet médiéval

 

 

 

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