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1-2-3... : Si les nombres m'étaient contés

par Pierre Laharrague

« Les nombres sont l’essence de toutes choses. »

Pythagore . Ve siècle avant J. C

 

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  siècles après, à l’aube du IIIe millénaire alors que tout où presque est numérisé, cette affirmation nous apparaît étonnamment juste.

Elle est le fruit d’une longue évolution commencée il y a 30 000 ans, soit 300 siècles en arrière, au cours de laquelle l’Homme a inventé puis perfectionné l’art de compter et finalement découvert l’immense champ des mathématiques qui sont devenues le langage indispensable à la compréhension du monde dans lequel Il vit.

C’est cette très belle histoire que nous nous proposons de survoler.

L’expression d’un besoin

Nous sommes à l’époque du paléolithique supérieur: Homo Sapiens vit de chasse, de pêche, de cueillette, habite dans des grottes ou des abris, se groupe en famille et en tribus. Il est nécessaire de pouvoir dénombrer diverses choses: hommes, bêtes, objets... Auparavant, on ne savait distinguer qu’entre l’unité et la multitude. Il n’est donc pas surprenant que le premier stade du dénombrement ait été réduit à 3 termes: un, deux et beaucoup (le mot trois a une origine indo-européenne qui signifiait beaucoup comme en témoigne la racine latine tres). Une répétition du type un, deux, un et deux, deux et deux et deux permettait de compter jusqu’à 6.

Mais il est clair que le besoin de compter au delà se fit sentir. La méthode consista alors à exploiter notre capacité naturelle d’appariement, c’est à dire d’associer les objets de deux collections différentes deux à deux, l’une de ces collections étant une référence, par exemple les doigts de la main ou des deux ou les doigts des mains et des pieds. Ce faisant, on parvenait à la notion abstraite de nombre dès lors que 5 bisons ou 5 nuits pouvaient être appariés aux 5 doigts et que l’on pouvait utiliser le mot main pour compter ces objets de nature différente.

Les différents systèmes de numération

     - L’utilisation des deux mains est à l’origine de notre système décimal, à base 10.

    - L’utilisation des deux mains et des deux pieds est à l’origine du système à base 20, employé notamment par les Mayas, les Aztèques, les Celtes et les Basques.

     - On ne sait pas pourquoi les Sumériens utilisaient un système à base 60, mais ce système sexagésimal est toujours à la base de notre mesure du temps.

    - Nos ordinateurs, eux, font usage du système binaire pour des raisons évidentes de technologie: le courant passe ou ne passe pas dans un circuit.

    - D’autres systèmes ont aussi été utilisés: par exemple, la base trois, ou huit, ou douze.

Les premiers outils de numération

Il peut sembler surprenant de parler de systèmes et d’outils de numération à propos de groupes humains qui n’étaient pas parvenus au stade de l’écriture. Celle ci n’apparaîtra en effet que vers 3500 ans avant notre ère. L’Homme de l’époque sut compter avant de savoir lire, mais ces notions n’étaient pas conceptualisées comme elles le sont aujourd’hui : compter, par exemple, en base 10, signifiait grouper des supports comptables, disons des pierres, par tas de 10 puis grouper ces tas par dizaines et ainsi de suite.

    - l’usage de la main et des doigts

C’est probablement le plus ancien outil utilisé. La méthode se raffina au cours du temps passant du simple procédé élémentaire connu de nos enfants, à la possibilité, au Moyen Age, de compter jusqu’à 9999 selon une méthode semblable au langage des sourds-muets.

    - le bâton

Une encoche était gravée sur un os ou un bâton (par exemple, chaque fois qu’un animal était tué) et il suffisait alors de compter par appariement. Ce procédé permettait en outre de garder une trace, facile à archiver et à transporter et on pouvait aussi employer des os différents selon le type d’animal. On a retrouvé des os entaillés vieux de plus de 200 siècles.

    - le tas de cailloux

On les nomme aussi calculi, du latin calculus qui signifie petit caillou. La méthode consiste simplement à constituer un tas de cailloux pour les unités, par ex 10 cailloux unités, (en base 10), puis un caillou dizaine chaque fois qu’on aura compté 10 unités, etc. Ce système se perfectionnera jusqu’à donner la plus simple des machines à compter : l’abaque comportant des rainures parallèles garnies de billes, pour les unités, les dizaines, les centaines et des puissances de 10 supérieures. Connu depuis 8000 ans avant J.C., il dominera longtemps la technologie du calcul et ne sera interdit dans les écoles qu’en 1789. Son principe est néanmoins toujours utilisé notamment par les bouliers chinois.

L’apparition de l’écriture. Naissance du chiffre

Transportons nous dans la seconde moitié du IVe millénaire en Egypte et en Mésopotamie. Les civilisations égyptienne, sumérienne (entre Tigre et Euphrate) et élamite (Sud-Ouest de l’Iran), sont en pleine expansion : les premières villes se créent, l’élevage et le commerce sont florissants. Naît ainsi le besoin de consigner faits et pensées de façon durable. Cela provoque aussi une forte augmentation des besoins en calcul qui ne peut être assurée par le seul calcul mental. Il faut, dès lors que la mémoire a ses limites, associer au transport des marchandises un document infalsifiable spécifiant les quantités convoyées. C’est de ce besoin de listes comptables et plus généralement de documents administratifs que naît l’écriture simultanément dans ces deux régions et cette apparition aura une influence considérable sur l’art de compter.

    - La boule d’argile et les jetons

L’argile était un matériau abondant en Mésopotamie, facile à mouler et se conservant longtemps. Les Sumériens moulèrent donc des boules creuses dans lesquelles étaient enfermés des jetons (des calculis) ayant une signification numérique, chaque boule portant en surface le sceau du propriétaire. À l’arrivée, il suffisait de casser la boule et de compter les jetons selon leur valeur.

Le défaut de ce système est qu’il ne permettait aucune vérification intermédiaire. On l’améliora donc en enfonçant d’abord les jetons dans la boule avant de les y enfermer, de sorte que son contenu était maintenant apparent.

    - la tablette d’argile

Un progrès supplémentaire consista à remplacer boule et jetons par une tablette gravée de signes numériques, des cercles et des encoches tracés à l’aide d’un roseau taillé (un calame), la nature du produit étant indiquée par un pictogramme. Pour la première fois, les nombres étaient lus.

     - le clou et le chevron

Vers le milieu du IIIe millénaire, la technique d’écriture se simplifie avec l’apparition de l’écriture cunéiforme (de cuneus : coin). Les nombres vont être représentés à partir de deux signes fondamentaux, le clou et le chevron.

            

Les Sumériens utilisaient un système en base 60 qui était en partie positionnel, c’est à dire que 1 et 60 étaient désignés par le même symbole (le clou), la valeur attribuée au symbole dépendant de sa position ; le chevron quant à lui, symbolisait la dizaine.

Les Babyloniens pousseront à son terme cette technique du positionnement qu’utilisent tous nos systèmes modernes. A titre d’illustration, considérons le nombre suivant en écriture suméro-baylonienne :

     

Rang

60*60

60

unités
<--------------------------> espace <--------------------------------------> espace <---------------------------------------------------->

Dans notre système décimal, il donne :

(10+1)*(60*60) + (20+1)*(60) + (10+3) = 40873

    - un premier pas vers le zéro

L’exemple ci-dessus montre qu’un espace était utilisé pour distinguer l’ordre (ou le rang) des chiffres. Une variation consista à matérialiser cet espace par un signe conventionnel: le double chevron, autrement dit deux chevrons superposés. Plus tard, à l’époque séleucide (après la prise de Babylone par Alexandre le Grand en 311 avant J. C.), ce signe servit à marquer l’absence de chiffre d’un rang donné comme illustré ci-dessous :

soit, dans notre système: 1*{ 60*60] + 0* {60} + (10 +1) = 3.611

Toutefois , ce « proto » zéro n’était pas encore considéré comme un nombre à part entière, car que voulait dire ajouter ou retrancher « rien » à quelque chose ? Il faudra attendre plusieurs siècles pour qu’il acquière son véritable statut d’aujourd’hui et cela nous viendra des civilisations indo-arabe.

    - le chiffre dans les différentes civilisations

Après cela, les différentes civilisations ont écrit leurs chiffres en utilisant leur alphabet, c’est à dire qu’à une lettre était affectée une valeur numérique. Le chiffre est devenu une notion abstraite, indépendante de l’objet compté.

Égyptiens, Grecs, Hébreux, Romains, Mayas, Indiens, Arabes... ont utilisé des graphismes différents. Nous ne les illustrerons pas tous, nous limitant à deux d’entre eux, l’égyptien en écriture hiéroglyphe et l’indo-arabe d’où est issu le nôtre.

    * la 1ère ligne montre les chiffres d’origine indienne : hindi

    * la 2ème ‘’ ‘’ ‘’ arabes dits orientaux: écriture de droite à gauche

    * la 3ème ‘’ ‘’ ‘’ arabes occidentaux dits gubär, écriture de gauche à droite et rotation de certains comme le 2 et le 3

Le génie grec

Cette civilisation d’exception a imprimé à l’arithmétique (du grec arithmétiké, science des nombres ), un essor extraordinaire . Mettant en oeuvre une démarche fondée sur la démonstration rationnelle, elle donna ainsi naissance à la mathématique moderne dans laquelle sont apparues et continuent d’apparaître des branches nouvelles et dont nous sommes les héritiers.

Pour ne citer que quelques grands penseurs grecs, mentionnons :

    - Thalès, au VIe siècle avant J.C., célèbre pour avoir prévu une éclipse de soleil en 585, a laissé son nom à un théorème de la théorie des triangles. Il aurait été un des premiers à rapporter d’Égypte et de Babylone les premiers éléments de géométrie.

    - Pythagore, et son école, également au VIe siècle ; ayant découvert que des cordes vibrant simultanément émettent des sons harmonieux dès lors que le rapport de leurs longueurs est une fraction dont le numérateur et le dénominateur sont petits, ils placèrent le nombre entier à la base de toute connaissance. Ils rapprochèrent la géométrie de l’arithmétique et laissèrent leur nom à un célèbre théorème, qui était déjà connu des Babyloniens, des Indiens et des Chinois et dont on pense que le maître en apprit l’existence en Égypte où il avait étudié. Une conséquence de ce théorème est que le nombre √2 (qui mesure la longueur de l’hypoténuse d’un triangle rectangle de côtés 1) est incommensurable avec 1, c’est à dire qu’on ne peut pas écrire √2/1 sous la forme d’un rapport de 2 nombres entiers. Ceci choquait tellement les pythagoriciens qu’ils qualifièrent ce nombre dirrationnel, terme toujours utilisé aujourd’hui, et que le membre de l’école qui avait découvert cette incongruité, fut emmené en mer et jeté par dessus bord par ses collègues.

    - Euclide, IIIe siècle avant J.C. publia avec ses Éléments, l’œuvre la plus importante des mathématiques grecques. Il y présente des résultats provenant de sources diverses, au sein d’une structure devenue depuis le modèle de système logico-déductif associant théorèmes et démonstrations. Les Éléments comportent 13 livres, les livres VII à IX étant consacrés à la théorie des nombres.

Le renouveau arabe

Pendant leur domination, les Romains ne manifestèrent pas un grand intérêt pour les mathématiques : l’école platonicienne d’Athènes fut même fermée par l’empereur Justinien en 529 après J.C. Livres, écrits, professeurs se dispersèrent et se tournèrent vers l’Orient où un nouvel empire se constituait. À Bagdad , nouveau centre culturel au carrefour des civilisations orientale de la Perse et de l’Inde et occidentale des peuples hellénisés, fut créée une « Maison de la Sagesse » où seront traduites en arabe toutes les connaissances de l’époque.

Les développements que les mathématiciens arabes firent à partir de ces traductions, débouchèrent sur des résultats fondamentaux :

    - al Khwarizmi , 760-850 après J.C, l’un des plus importants d’entre eux, publia le premier traité d’algèbre, ce mot venant du mot « al-jabr » contenu dans le titre de son ouvrage. D’autres auteurs apportèrent une contribution déterminante en matière de résolution d’équations, le point culminant de la fusion des savoirs algébrique et géométrique revenant à al-Khayyan (1048-1131) dans son Algèbre. Rien de comparable ne fut ensuite réalisé jusqu’à Descartes.

    - ils adoptèrent la numération indienne avec cependant des modifications graphiques relativement importantes sur certains chiffres. Ce faisant, le « zéro » faisait son entrée comme chiffre à part entière. Sa présence est, en effet, attestée en Inde dès le Ve siècle de notre ère, figuré par un petit cercle nommé sunya (vide en sanscrit) qui deviendra sifr en arabe, puis zephirum en latin et finalement zéro en Occident.

- Remarque : les mathématiciens arabes ont sauvé la science grecque de l’oubli, mais leur apport ne se limite pas à cela. Ils démontrèrent une quantité de théorèmes en algèbre des polynômes, étudièrent les nombres irrationnels, inaugurèrent bien avant Descartes la géométrie algébrique, s’intéressèrent aussi beaucoup à la trigonométrie pour les besoins des mesures en astronomie stimulés par le rituel religieux islamique et leur calendrier fondé sur le mois lunaire. Ils disposaient ainsi de tables de sinus et cosinus très précises et là aussi, aucun progrès significatif ne devait intervenir avant trois siècles.

L’apport du Moyen Âge

L’abaque à jetons et la numération par les doigts furent largement utilisés pendant le Moyen Âge et même en pleine Renaissance, on vit encore la publication d’ouvrages sur ces méthodes (par exemple, en 1558, le titulaire de la chaire de mathématiques du Collège Royal publiait une Arithmétique par les gects).

Cependant, une autre forme de calcul faisait son apparition au XIIe siècle, liée à la traduction en latin des traités arabes. Beaucoup d’entre elles furent faites à Tolède après l’invasion de l’Espagne par les Omeyyades qui avaient été chassés en 750 de l’empire par les Abbassides et qui y fondèrent leur propre califat.

    - la table à poussière

Les 10 chiffres, dont le zéro, sont utilisés et les opérations fondamentales sont effectuées sur une tablette recouverte de sable, de poussière ou de craie, sur laquelle les chiffres s’écrivent et s’effacent facilement avec les doigts. Des méthodes (algorismes) sont enseignées comme par exemple le manuel scolaire Algorismus vulgaris de Jean de Sabrobosco publié vers 1205.

    - le «  Liber abacci »

Léonardo de Pise, plus connu sous le nom de Fibonacci, était fils d’un commerçant italien. À la suite de son père, il parcourut le monde arabe et à son retour, en 1202, il publia un livre qui bouleversera les anciennes méthodes de calcul et jouera également un grand rôle dans l’introduction des chiffres arabo-indiens en Europe. Ce livre, le Liber abacci (le Livre du calcul), décrit des algorithmes de multiplication avec les nouveaux chiffres, si performants qu’ils font paraître obsolètes les méthodes traditionnelles. Ces méthodes seront reprises plus tard par le moine Luca Pacioli (voir ci-aprés) et sont très proches de celles enseignées à nos écoliers d’aujourd’hui. Pour cela, Fibonacci peut être considéré comme un véritable précurseur de la Renaissance italienne. Le Liber abacci contient aussi beaucoup d’autres choses, dont la célèbre suite de nombres qui porte le nom de l’auteur, dont la nature nous donne de nombreux exemples d’application et que l’on retrouve aussi dans le fameux nombre d’or.

De la Renaissance à nos jours

Le Moyen Âge a produit une véritable révolution dans l’arithmétique. L’époque qui suivit conforta ces acquits en les affinant et en élargissant considérablement le domaine hérité du passé.

- En Italie, le moine franciscain Luca Pacioli publia en 1494 Summa de aritmetica dans laquelle il reprenait les méthodes de multiplication de Fibonacci associées à quelques autres et qui, en raison de sa large diffusion, imposa l’une d’elles dite « par l’échiquier ». D’autre part, l’Université de Bologne regroupait les meilleurs arithméticiens et l’on y accourait de l’Europe entière pour apprendre à multiplier et à diviser. C’est là que sera abordée la résolution de l’équation du 3e degré et que seront découverts par Cardan (également l’inventeur des joints qui portent son nom) et son disciple Bombelli les nombres imaginaires, qualifiés aussi d’impossibles, ces mystérieuses racines carrées de nombres négatifs. C’était l’acte de naissance des nombres complexes dont l’usage est devenu courant.

- En Angleterre, John Napier, également appelé Néper, inventa les logarithmes en 1614, dans un désir d’accélérer les calculs. Il publia une table des logarithmes népériens et un de ses admirateurs, Henry Briggs , établit en 1617 la première table de logarithmes en base 10 telle que nous la connaissons aujourd’hui. La durée des calculs d’astronomie et de navigation fut considérablement raccourcie Cette invention donna aussi naissance à la règle à calcul, détronée aujourd’hui par nos calculettes modernes.

Ce même John Napier introduisit la virgule dans l’écriture des nombres décimaux dont la première utilisation en Europe est attribuée au Belge Simon Stevin en 1585 dans un ouvrage intitulé La disme.

    - En 1684-1685, Isaac Newton en Angleterre et Gottfried Leibnitz en Allemagne, inventent le calcul infinitésimal (on dit aujourd’hui différentiel) et son inverse, le calcul intégral. Cette percée majeure allait permettre à la Physique de faire un bond en avant gigantesque. 

    - La période qui s’étendit de 1730 à 1830, constitua l’âge d’or de l’analyse : après les nombres de l’arithmétique et les figures de la géométrie, les fonctions deviennent les objets d’étude privilégiés. Cette époque fut dominée par les écoles française et allemande.

    - Après 1830 et jusqu’au milieu du XXe siècle, les mathématiques entament une période de transition vers les mathématiques modernes, marquée par un effort de réorganisation et d’abstraction .C’est ainsi qu’en 1858, Richard Dedekind qui avait fréquenté l’école de Göttingen, alors capitale mondiale des mathématiques, assit les nombres réels sur une base purement arithmétique alors que depuis Euclide ils étaient liés à la géométrie (le nombre était représenté par un segment de droite, le carré et le cube se référaient aux figures correspondantes) . Un autre mathématicien célèbre, Georg Cantor (1845-1918), s’intéressa aux très grands nombres et inventa ce que l’on pourrait appeler « l’arithmétique de l’infini » ; avec Dedekind, il est aussi considéré comme l’inventeur de la théorie moderne des ensembles.

Le zoo des nombres

Depuis peu, des mathématiciens ont éprouvé le besoin de traiter les nombres non pas individuellement mais par groupes. Et c'est ainsi qu’ils ont crée des ensembles ou familles.
Ces ensembles sont le regroupement de différents nombres ayant les mêmes caractéristiques. Ils ont été imaginés vers le début du siècle par des mathématiciens allemands et italiens.

Les ensembles de nombres sont les suivants :

N
Les entiers naturels

C'est l'ensemble des nombres entiers consécutifs supérieurs ou égaux à 0. L'ensemble N fut crée par Peano (1858-1932), et c'est de naturale en italien que provient la lettre N.

Z
les entiers relatifs

C'est l'ensemble des entiers positifs ou négatifs. Le Z, vient de zahl ( nombre ) et zalhen (compter), du fait que son inventeur, Dedekind ( 1831-1916 ) était allemand.

D
Les nombres décimaux

C'est l'ensemble des nombres avec un nombre fini de décimales. L'ensemble D est une notation franco-française issue de la pédagogie des années 1970.

Q
les nombres rationnels

Tous nombre pouvant s'écrire sous la forme d'un quotient. C'est encore Peano qui inventa cet ensemble, Q venant de quotiente en italien.

R
les nombres réels

Tous les nombres. Mis pour real, cet ensemble a aussi été crée par Dedekind.

C
Les nombres complexes

Ensemble des nombres de la forme a + ib. L'emploi de la lettre C provient sans doute d'une convention logique dans la lignée des autres.

Quelques nombres particuliers

Nombres fondamentaux

Certains nombres ont émergé lors de l’élaboration de la théorie des nombres et ont pris une importance telle qu’ils sont d’un emploi quasi permanent dans les calculs. Il s’agit notamment de :

π = 3,14159...

Rapport entre la circonférence d’un cercle et son diamètre, c’est le plus célèbre.

C’est un nombre irrationnel et transcendant en ce sens qu’il n’est pas algébrique, c’est à dire qu’il n’est pas racine d’un polynôme algébrique

e = 2,71828...

Base des logarithmes népériens et de la fonction exponentielle.

C’est aussi un nombre irrationnel et transcendant.

i = √ -1

Nombre imaginaire car racine carrée d’un nombre négatif.

Nombres sacrés ou mythiques

Dès la plus haute antiquité, les hommes ont attribué aux chiffres et aux nombres une symbolique forte. Ces derniers abondent dans les textes sacrés de toutes les religions montrant qu’aux quatre coins du monde, les hommes y ont vu le moyen d’accéder au divin et d’y découvrir peut-être un message enfoui.

De même s’est développé un art de la numérologie qui, à partir de l’analyse numérique des caractéristiques (nom, prénom, date de naissance) d’un individu, prétend tirer des conclusions sur son caractère et son destin.

Nous ne développerons pas ce très vaste sujet, nous contentant, à titre d’illustration, d’indiquer quelques exemples :

    - le nombre d’or Φ = 1,618...= (1+√ 5)/2

Il était connu des Égyptiens et on en trouve aussi mention dans la Bible. Il exprime une harmonie que beaucoup estiment parfaite, qualifiée aussi de « divine proportion » par Luca Pacioli dans son livre De Divina Proportione. Il semble avoir inspiré de grands artistes, notamment architectes et peintres (par exemple la façade du Parthénon s’inscrit dans un rectangle dont le rapport de la longueur à la largeur est égal à Φ , le tableau de la naissance de Vénus de Botticelli est organisé en fonction de ce nombre...). Il se manifeste aussi dans la Nature notamment en botanique (phyllotaxie).

    - le tetraktys ou la décade

C’est le quadruplet constitué des 4 premiers chiffres 1,2,3,4. Les pythagoriciens lui vouaient un véritable culte. Il était l’être parfait contenant toutes les dimensions de l’espace, le 1 symbolisant le point, le 2 la ligne, le 3 la surface, le 4 le solide et la somme 1+2+3+4 faisant 10. Il traduisait aussi l’harmonie musicale découverte par le Maître, 2/1 est l’octave, 3/2 la quinte, 4/3 la quarte.

    - les symboles de la Bible :

   1 : le commencement - Dieu Père

   2 : la dualité - Dieu Fils

   3 : la perfection - le Saint Esprit

   4 : l’union des 3 en un seul Être

   5 : l’équilibre

   6 : l’imperfection, le mal

   7 : la virginité

   8 : l’infini

   9 : la patience

Et demain ?

Nous venons de parcourir brièvement 300 siècles d’histoire au cours desquels un millier de générations a construit « une discipline ayant pour fin de conduire l’esprit à la contemplation des essences intelligibles » (Platon). Depuis que nos lointains ancêtres ont donné un sens à un, deux, beaucoup, le zoo des nombres s’est considérablement enrichi. Récemment une nouvelle espèce a vu le jour, les nombres p-adiques.

Alors, va-t-on en rester là ? Il serait bien tentant de donner une conclusion, mais il nous semble plus sage de se souvenir de ce conseil de Gustave Flaubert : «  Nous ne savons presque rien et nous voudrions deviner ce dernier mot qui ne nous sera jamais révélé. La rage d’arriver à une conclusion est la plus funeste et la plus stérile des manies ». Ne cherchons donc pas à conclure, mais retenons plutôt ce fait que nous enseigne l’histoire de la progression continue et inéluctable de la connaissance humaine: toute question résolue fait naître une question plus vaste. Soyons donc sûrs que l’aventure des nombres n’est pas terminée.

À l’assaut du mur de PLANCK
Vers l’origine de l’Univers

  par Pierre Laharrague

"C’est une chose étrange, à la fin, que le monde"

Jean d’Ormesson

Au  cours du  siècle qui  vient de s’achever, la science, tant théorique qu’expérimentale, a fait des progrès gigantesques. La cosmologie a bénéficié de ce mouvement de fond de sorte, qu’aujourd’hui, on dispose avec la théorie du « Big Bang » d’une description cohérente et  en  grande partie vérifiée, de l’évolution de notre Univers et des grandes étapes qui se sont succédées depuis les premiers temps. Mais dans la remontée du  temps vers l’Univers primordial, la Physique contemporaine butte sur une limite en amont de laquelle elle cesse d’être valable. Cette limite porte le nom évocateur de « mur de PLANCK » en souvenir du  grand physicien allemand (1858-1947). La franchir permettrait d’avoir accès à  « une terra incognita » et de là, pensent certains, à la connaissance ultime. Des  efforts considérables sont entrepris pour y parvenir,  mais autant dire, d’entrée,  que le défi  est  loin d’être surmonté.

Le but de cet  article est  de donner un aperçu succinct de l’état  actuel de la recherche qui  demeure encore très spéculative. 

Qu’est ce que le mur de PLANCK ?

Comme indiqué ci-dessus, ce terme désigne un état particulier de l’Univers, une phase par laquelle  il  est passé et  qui est  caractérisée par le fait que la physique actuelle est  incapable de décrire ce qui s’est  passé en  amont. La physique est en effet  dominée par deux grandes théories qui  ont chacune un grand pouvoir prédictif mais dans des domaines différents :

- la relativité générale d’Albert Einstein ou théorie de la gravitation, s’applique à « l’infiniment  grand », là  où  la gravité joue le premier rôle mais elle ignore les autres forces de la nature ;

- la mécanique quantique s’applique au  monde subatomique, c’est à  dire  à « l’infiniment  petit », là où ces autres forces de la nature mènent le bal, mais elle ignore la gravité.

De plus, elles  sont contradictoires car l’une  (la relativité) est  déterministe et  l’autre (la mécanique quantique) est  probabiliste. En particulier, la première attribue à  une particule une position exacte dans l’espace (elle est « localisante »), la seconde lui affecte un volume d’incertitude (elle est « délocalisante »). Si la particule est un trou noir dont rien ne peut s’échapper, même pas la lumière, la localisation est absolue puisque la masse est  irrémédiablement confinée dans le volume du trou noir. En égalant ce volume du trou noir au volume d’incertitude défini par la mécanique quantique, on  obtient la limite de validité des deux théories, c’est à dire l’état de PLANCK, caractérisé par les valeurs suivantes : 

 

Masse de Planck

mpl  ≈  20 mg

  Énergie de Planck   Epl   ≈  1019 Gev
  Température de Planck Tpl   ≈  1032 °K
  Temps de Planck tpl    ≈  10-43 s
  Longueur de Planck lpl    ≈  10-33 cm 
  Densité de Planck rpl   ≈  1093  g/cm3

À la recherche d’une théorie unificatrice

Au voisinage du temps de Planck donc, c’est à  dire à  l’époque la plus ancienne que nos théories parviennent à concevoir, l’Univers a une taille minuscule, une densité énorme et il est  gavé d’une énergie colossale. Cet état paroxystique est hors d’atteinte expérimentalement. Pour tenter de le comprendre et de franchir l’obstacle impressionnant dressé devant nous, seule la théorie est  envisageable. Les 4 forces fondamentales - la gravité agissant sur les masses (traitée par le formalisme relativiste), la force électromagnétique agissant entre les particules chargées et les interactions nucléaires forte et  faible agissant au  niveau  du  noyau atomique, (toutes  3  traitées par le formalisme quantique) - interviennent simultanément de sorte que l’unique stratégie possible est de concevoir une théorie unifiant la relativité générale et la physique quantique.

Comment alors élaborer une  théorie quantique de la gravitation ? En « mariant » les équations des deux théories ? Ou bien en  construisant une nouvelle théorie qui les inclut toutes les deux ? Ces différentes pistes ont bien sûr été envisagées depuis  les quatre dernières décennies. Où en est-on ?

La première piste qui conserve les hypothèses de base des deux théories s’est révélée infructueuse : des quantités infinies apparaissent dans les calculs qui deviennent incertains,  voire impossibles. Constatant cette impasse, les théoriciens en ont conclu qu’il  fallait recourir à des postulats ou à  des principes radicalement nouveaux. D’où différentes tentatives.

La théorie des supercordes[1]

C’est celle qui a fait l’objet  des travaux les plus nombreux depuis les années 1970. Les principes nouveaux qui sont introduits, sont les suivants :

     - Toutes les particules, qu’il  s’agisse de la matière (les fermions) ou des forces agissant sur celles-ci (les bosons qui sont les véhicules de ces forces) sont des cordes vibrantes, ouvertes aux extrémités ou fermées en boucles, dont la longueur est de l’ordre de celle de Planck. Leurs vibrations en  amplitude et en fréquence déterminent les propriétés de toutes les particules. 

image1

    - Un principe, dit de supersymétrie est  introduit  qui  postule une relation profonde entre les fermions et les bosons et associe à  chaque particule une « superpartenaire » de haute énergie.   D’où le nom de supercordes donné aux cordes.

    - La théorie s’exprime dans un cadre spatio-temporel, (on parle habituellement d’espace-temps)[2] dont le nombre de dimensions est  supérieur à 4 et peut comporter selon  les variantes jusqu’à  22 dimensions de plus que l’espace-temps ordinaire. Ces dimensions supplémentaires, de longueur voisine de celle de Planck, nous sont imperceptibles car elles sont supposées repliées sur elles mêmes.

Que nous apporte cette théorie ?

    - Elle prévoit l’existence du graviton, le boson qui est  supposé être le médiateur de la gravité, à l’instar des médiateurs des trois autres interactions (photon, bosons W et Z, gluons). Ainsi, la gravitation, non postulée au départ, devient une prédiction découlant des principes mêmes de la théorie.

    - Elle rend possible l’unification des forces de la physique. La supersymétrie permet  en effet  d’expliquer la convergence à  très haute énergie, vers 1027 °K, des interactions non gravitationnelles, convergence baptisée grande unification ; elle prévoit aussi que l’intensité de la force gravitationnelle rejoint celle des trois autres forces au  voisinage de la température de Planck, conduisant ainsi à donner à toutes les forces une origine commune, celle d’une superforce.

     - Elle permet de faire apparaître les théories dont se servent les physiciens pour décrire les phénomènes aux échelles spatiales auxquelles ils ont expérimentalement accès : en particulier, elle engendre la théorie qui est  à la base du  modèle standard  de la physique des particules.

     - Elle prédit aussi que la température au sein de l’Univers ne peut dépasser une valeur maximale à  laquelle peut être associée une densité maximale : ceci, comme nous le verrons, a un impact fondamental  sur la manière dont nous concevons habituellement le Big Bang.

Ainsi, nous venons de le voir, la théorie des supercordes a un  pouvoir unificateur fabuleux, ce qui a conduit certains physiciens à la qualifier par anticipation de « théorie du Tout ». Mais si  elle est mathématiquement belle, est-elle physiquement vraie ? Les avis sont partagés pour les raisons suivantes :

    - Elle n’a pas reçu à  ce jour de confirmation expérimentale, tant la taille des cordes est  petite par rapport aux capacités actuelles de mesure : il suffit de remarquer que la dimension la plus petite accessible aujourd’hui est de 10-17cm, à comparer à  la longueur de Planck 10-33cm, soit une différence de 16 ordres de grandeur !

    - Elle est loin d’être achevée : il en existe actuellement cinq  versions dont chacune a son domaine d’application. Les spécialistes pensent qu’elles seraient englobées dans une théorie plus générale baptisée Théorie M (pour Mystérieux !) qui reste à construire.

    - Elle ne permet pas de déduire les caractéristiques particulières de notre monde, ou plutôt elle propose une multitude de solutions ; il faut alors faire des hypothèses « ad-hoc » pour orienter le choix, ce qui n’est pas  très satisfaisant.

 - Elle a été bâtie morceau par morceau, découverte après découverte, mais un principe organisationnel central qui engloberait toutes ces découvertes dans un cadre souverain, manque toujours. Ce principe qui rendrait peut-être la théorie inévitable, existe-t-il ? Est-ce la théorie M?  Personne n’en sait rien.

La théorie de la gravitation à « boucles »[3]

Ces difficultés ont conduit plusieurs théoriciens à bâtir, à  partir du  milieu  des années 80, une autre théorie reposant sur des principes différents.

La physique quantique et la relativité généralisée ont, en effet en commun, une hypothèse concernant la structure de l’espace-temps : celui-ci est supposé continu, lisse, sans aucune discontinuité : (par exemple, dans un espace à  3 dimensions dont 2 d’espace, on peut  se représenter ce dernier par une feuille de papier plane ou courbée). De plus, dans le premier cas, il est rigide et  invariable, alors que dans le second, il est  souple et en perpétuelle évolution car déformé par la matière qu’il  contient.

Se pourrait-il que cette hypothèse soit à reconsidérer et que l’espace-temps soit discontinu, granulaire, discret, selon le principe même que la physique quantique applique à la matière, tout en demeurant souple  et dynamique comme en  relativité ? A l’aide d’un nouveau langage mathématique, ces physiciens sont arrivés à la conclusion que l’espace-temps est bien constitué de quantités insécables : (pour donner une image comme précédemment, l’espace ressemblerait en 2 dimensions, à un morceau  d’étoffe tissé de  fibres distinctes). Longueurs, surfaces et volumes, mais aussi le temps, sont quantifiés en ce sens qu’ils ne peuvent prendre que des valeurs multiples de quantas élémentaires déterminées par les dimensions de Planck. Cette structure en boucles minuscules, s’estompe à  grande échelle, où elle apparaît continue, et est bien décrite par la relativité  générale. Mais à l’échelle des boucles, elle s’en écarte radicalement. Le calcul  montre en effet que la densité d’énergie qu’un quantum d’espace est susceptible d’emmagasiner, ne peut dépasser un certain seuil au-delà duquel des forces de répulsion apparaissent : la gravitation peut ainsi devenir répulsive. Là est  un point essentiel sur lequel  nous reviendrons, car  à  l’instar de la théorie des cordes, il montre que la densité de l’Univers ne peut dépasser une valeur maximale.

Mais la théorie pose aussi de nombreux problèmes :

    -  comme pour la théorie des cordes et pour les mêmes raisons, elle n’est pas directement vérifiable au niveau fondamental. Cependant, elle est peut-être testable car elle prédit que la vitesse de photons très énergétiques est modifiée par la traversée du tissu discret de l’espace-temps et cet effet pourrait être mesuré par l’observation astronomique.

    -  elle n’unifie pas les 4 forces de la nature, ce qui n’était d’ailleurs pas son objectif initial. Mais des idées semblent se faire jour pour y parvenir.

En résumé, nous disposons de 2 théories ayant fait l’objet de très nombreux travaux, reposant sur des principes différents, qui proposent une quantification de la gravité. Aucun test expérimental ne permet aujourd’hui de dire si l’une d’elles est la bonne ou si aucune n’est valable. Les physiciens travaillent intensément à cet objectif : on attend beaucoup de l’accélérateur le plus puissant actuellement, qui vient d’être mis en service à la frontière franco-suisse (le LHC) et qui pourrait détecter d’éventuelles particules superpartenaires, ainsi que des mesures par satellite sur des photons gammas émis aux confins de l’Univers. Peut-être alors saura-t-on si on est sur la bonne voie où s’il faut explorer d’autres directions.[4]

En amont du mur de Planck

Ne disposant donc pas de l’outil « breveté », ce que l’on peut dire de ce qui se dissimule derrière le mur de Planck, ne peut être que spéculatif. Cela n’empêche toutefois pas les cosmologistes de faire des hypothèses sur la physique à cette époque ni de bâtir des scénarios. Mais toutes ces idées sont sujettes à  divergence de points de vue dans la communauté scientifique.

 image3L'espace nous apparaît continu mais à des échelles  incroyablement petites il se révèle être une mousse quantique que la théorie de la gravité quantique propose de décrire.

L’espace-temps

Zone de Texte:   L'espace nous apparaît continu mais à des échelles  incroyablement petites il se révèle être une mousse quantique que la théorie de la gravité quantique         propose de décrire.

 

                               géométriquement.

Notre conception habituelle de l’espace-temps est à modifier complètement. Du fait de la nature quantique dominante à cette échelle dont nous savons qu’elle est fondamentalement caractérisée par les relations   d’incertitude d’Heisenberg[5], l’espace-temps n’est plus une surface lisse mais plutôt une surface tourmentée et constamment en changement, une sorte de mousse très agitée dans laquelle des liens se font et  se défont sans arrêt.  

Pour le dire autrement, observons que le supposé graviton qui véhicule la force de gravité, apparait comme un concentré d‘espace-temps puisque la gravité résulte, selon la relativité, d’une déformation (courbure) de celui-ci. En interaction permanente avec les autres particules présentes, réelles ou  virtuelles[6], les successions frénétiques de création et de disparition de gravitons, engendrent d’importantes fluctuations de la courbure qui déchirent le tissu de l’espace-temps.

Dans ce maelström quantique, notre conception de l‘espace et du temps telle qu’elle se fonde sur notre réalité sensorielle, est fondamentalement altérée : le « tout proche » peut voisiner avec le « tout lointain » dans un univers éventuellement multidimensionnel ; le passé, le présent et le futur se mélangent et peut -être même que le temps disparait ![7] Il faut que l’Univers en  expansion franchisse le mur de Planck pour que notre monde tridimensionnel  apparaisse et que le temps émerge puis s’écoule paisiblement du  passé vers le futur.

Le scénario du  vide quantique

Il paraît évident à  tout un chacun qu’un volume vide est un volume dans lequel on a retiré toute matière qui y était présente. Mais cette évidence est battue en brèche par le physicien quantique pour qui le vide, même exempt de toute matière, ne l’est en définitive  pas, car il contient une certaine énergie minimale, non nulle, qui, de plus, est susceptible de fluctuations en raison des relations d’incertitude (5) : on parle alors d’énergie du  vide. On a vu, (6) que des particules virtuelles pouvaient se matérialiser un bref instant de sorte que  le vide apparaît  comme l’état de base de la matière, celui  qui  contient toute sa potentialité d’existence. Dès lors, si on peut apporter de l’énergie venant de l’extérieur, des particules sont susceptibles de se matérialiser, donc de devenir réelles et engendrer l’Univers. Un problème crucial est  que  l’Univers étant un tout, sans extérieur, il n’y a pas de source d’énergie extérieure possible pour  forcer le vide à  « cracher » ses particules. Mais  l’astrophysicien  Edgard Gunzig[8] a déjoué cette impossibilité en faisant jouer à  l’expansion ce rôle d’apport d’énergie comme si elle provenait de l’extérieur. De plus, au  cours de l’expansion, la densité d’énergie matière diminue progressivement tandis que celle du  vide reste constante (c’est  l’énergie minimale que l’Univers peut avoir) : il  en résulte qu’au  bout d’un certain temps, c’est  l’énergie du  vide qui  domine et  que l’Univers finit par ne plus se distinguer du  vide quantique ; à l’occasion d’une autre fluctuation du vide, une autre aventure cosmologique peut se reproduire et ceci, indéfiniment.  L’Univers apparaît ainsi  comme sa propre cause en s’autoengendrant et en s’autoreproduisant.

Nous ne pouvons résister au  plaisir de reproduire la description très poétique de ce scénario qu’en a fait Michel  Cassé[9] , astrophysicien  au  CEA :

« Avant qu’existassent la géométrie et  le temps ordonnateurs, l’espace-temps était écume et  végétation. Une bulle infime de pré matière s’éleva au dessus de l’écume spatio-temporelle, comme une goutte de brouillard au-dessus d’une cascade, vide de particule mais pleine d’un champ. Champ scalaire parfait, chargé d’énergie et donc instable.

La perle de champ se dilata vertigineusement sous l’effet  de la pression négative (du vide), et se retrouva lisse, lavée de toute courbure et  chaude, infiniment ou presque (1032 °K). Et le champ, comme un orage,  se vida de son énergie en un éclair.

Au terme de l’expansion accélérée qui n’avait pas durée plus d’une fraction infime de seconde (10-32 s), l’énergie du vide instable  avait laissé la place à l’énergie matérielle et  l’évolution subséquente put alors être décrite par la théorie usuelle, du  Big Bang chaud, à ceci  près que la création ex nihilo  avait cédé la place à  une transformation de phase.

La nature même des fluctuations  est de se reproduire à  l’infini tant spatialement que temporellement. Selon cette conception dont le physicien russe Andréi  Linde s’est fait le héraut, la floraison de notre cosmos ne serait qu’un événement parmi d’autres, (cf. ci-après § sur le multivers), émaillant le continuum d‘espace-temps habité par le vide quantique. L’infini spatial  se double d’un infini  de possibilités. »

Le scénario du  rebond

Nous avons vu  que les deux  théories prédisent que la densité de l’Univers ne peut dépasser une valeur limite. On en  déduit que la singularité (volume nul, densité infini) à laquelle aboutit l’extrapolation de la Relativité (dans un domaine  où on sait qu’elle n’est plus valide), disparait. Ceci  veut dire que l’Univers aurait connu avant le Big Bang une évolution symétrique de celle qu’il a connu après : au cours de cette phase, l’Univers s’est contracté jusqu’à atteindre la densité limite puis en quelque sorte, a rebondi sur lui-même. Dès lors,  la signification donnée habituellement au  Big Bang change : il  ne serait plus le commencement (et le mythique temps 0 disparait) mais simplement une transition entre deux phases distinctes d’un seul  et  même Univers.

Le scénario branaire

Figure A

Brane est l’aphérèse (suppression  du début du mot) du mot membrane. Une brane ou plutôt une p-brane  est un objet de la  physique quantique qui a  p dimensions d’espace plus celle du temps, c’est-à-dire que dans l’espace-temps, elle possède p+1 dimensions : ainsi une 1-brane est une corde (1 dimension d’espace), une 2-brane est une surface (2 dimensions d’espace), une 3-brane est  un volume (3 dimensions d’espace)  etc.… De plus, ces branes «  flottent » dans un espace-temps comportant toutes les dimensions (les fameuses dimensions supplémentaires dont nous avons parlé ci-dessus ne sont plus supposées repliées sur elles mêmes mais au contraire déployées à grande échelle). 

Hypothèse essentielle, les extrémités des cordes ouvertes constituant notre monde, à l’exception de la gravitation qui est une corde fermée,  sont astreintes à se déplacer sur une 3-brane (cf. figure A), ce qui revient à dire que notre univers fait partie d’un ensemble plus vaste, un super-univers. Toutes les galaxies que nous voyons et toute la lumière qui  nous parvient font partie de cette brane et  ne peuvent en sortir (cf. figure B), hormis la gravitation qui, elle, voit toutes les dimensions de l’espace-temps total. Notons que le fait que la gravitation « vive » dans toutes les dimensions du super-univers, permet  d’expliquer que dans notre univers, (notre brane), elle soit très faible devant les autres forces.  

Figure B

Figure C

Le scénario branaire consiste alors à supposer l’existence d’autres branes et le Big Bang serait un échange d'énergie monumental qui se produirait lorsque deux branes se touchent[1] (cf. figure C). L'une transmet une quantité phénoménale d'énergie et de matière sous forme très condensée à l'autre, et l'autre fait de même. Notre Univers aurait déjà subi plus d'un Big-Bang et cet évènement se renouvellerait donc à nouveau. Ce scénario porte aussi le nom d’ekpyrotique, du grec « ekpyrosis » (embrasement). Il laisse aussi imaginer un univers cyclique à l’instar de « l’éternel retour» proposé par Héraclite (vers 540-480 avant J. C.).

Le scénario  du  multivers

Le terme « multivers » est une contraction de l’expression  « multiple univers » pour indiquer qu’une multitude d’univers existe et  que notre univers,  celui  que nous observons, n’est  ni le seul  existant ni le seul  possible. Cette idée est  ancienne et remonte à  l’époque grecque, en fait à  Anaximandre de Milet, (610-547 avant J. C.), qui fut le premier penseur grec à concevoir une cosmologie non  mythologique et à admettre « une  infinité de mondes qui naissent et disparaissent dans l'infini du temps et de l'espace ». Selon une telle idée, notre univers, pourtant immense,  ne serait ainsi qu’une infime partie d’une structure cosmique bien plus vaste, un simple échantillon d’une multitude de mondes.

Les théories précédentes avancent des processus différents pour expliquer la genèse de ces mondes multiples.

    - le processus de la théorie des cordes associée à  l’inflation  cosmique

Rappelons d’abord que l’inflation est une hypothèse[11] (non vérifiée) de la théorie du Big Bang selon laquelle juste après le temps de Planck, vers 10-34 s et jusqu’à 10-32 s (c'est-à-dire pendant un temps de l’ordre de 10-32 s), l’Univers aurait connu  une période d’expansion gigantesque, (d’un facteur 1043), c’est-à-dire « immensément plus » que depuis ce temps jusqu’à aujourd’hui. Cette hypothèse permet  d’expliquer certaines énigmes du modèle du  Big Bang.

Mais Andréi  Linde est  allé plus loin[12] : il a supposé qu’une multitude de régions de l’espace connaitraient toujours une telle phase  d’expansion accélérée, donnant lieu à la naissance de nouveaux univers qu’il appelle des « univers bulle ».  C’est  le scénario  dit de « l’inflation éternelle ». Associé à  la théorie des supercordes dont on  a mentionné ci-dessus qu’elle offrait une multitude de solutions d’univers différentes dues aux différents choix possibles de repliement des dimensions supplémentaires, c’est  un multivers d’une diversité fascinante qui se dessine : un très grand nombre d’univers bulles se développant par inflation éternelle, et contenant chacun une infinité d’univers présentant chacun ses propres lois physiques. En clair, tout ce qui est possible en matière d’univers serait réalisé quelque part.

     - le processus associé à la gravitation à  boucles  

La gravitation à  boucles prédit qu’au  centre d’un  trou noir, la gravité devient répulsive. Il en  résulte que la matière se contracterait vers le centre pour rebondir ensuite à son voisinage dans une nouvelle phase d’expansion. Un nouvel univers en  expansion naîtrait ainsi à  l’intérieur  même du trou  noir[13] et chaque trou noir formé dans ce nouvel  univers engendrerait lui-même un nouvel  univers. On a affaire à  un  univers « imbriqué » où  chaque univers transmet  à  sa descendance ses propres lois de la physique, légèrement modifiées toutefois en  raison des fluctuations quantiques  au  moment du  rebond. Notre univers aurait 1018 enfants créés par ses propres trous noirs. Mais l’horizon  du  trou  noir restant en  place, aucun signal  provenant de l’univers en expansion ne peut atteindre la région « mère » où  l’effondrement a eu  lieu.

 Pour résumer :

a. Au cours des 4 dernières décennies, deux théories cherchant à  unifier la Relativité générale et  la Physique quantique, ont  fait l’objet d’un important développement. A l’heure actuelle, aucune ne s’impose absolument et chacune présente  bien  des défauts ou  des lacunes. De plus il ya le sérieux problème de la confrontation avec l’expérience car parvenir à des dimensions de l‘ordre de la longueur de Planck nous est probablement interdit pour toujours. Reste à  trouver des prédictions dérivées vérifiables.

b. Les 2  théories, bien que partant de bases différentes, aboutissent au  résultat  spectaculaire selon  lequel la densité de l’univers ne saurait  être infinie comme le prévoit  la Relativité, mais ne pourrait dépasser une valeur  maximale. Ce qui  conduit à  remplacer  la singularité du  Big Bang par une phase de transition et  donc de concevoir un « pré Big Bang », c’est-à- dire à imaginer que « quelque chose » aurait  précédé ce que l’on a considéré jusqu’ici comme l’origine de notre Univers. Soulignons que ceci  est  une tendance de beaucoup de cosmologistes qui sont gênés par l’idée des infinis, mais que ce n’est  évidemment pas une certitude.

c. Quelque chose qui aurait  préexisté à  notre univers et non pas le néant ! Mais alors, se pose la question : « d’où vient ce quelque chose » ? Qu’il s’agisse du  vide quantique, ou des branes, ou  de l’univers avant le Big Bang, force est de constater que personne n’en sait rien.

Le réglage fin des paramètres

Une autre question essentielle concerne le réglage extrêmement précis des paramètres de notre univers (en Anglais, fine tuning). Les physiciens se sont, en effet, rendus compte de l’extrême improbabilité de l’émergence de la Vie et de la Conscience dans un univers aux constantes fondamentales et conditions initiales quelconques par rapport aux nôtres.  Donnons quelques exemples :

    - Paramètres gouvernant les forces fondamentales

Force de gravité

* augmentation : le cœur des étoiles est  trop comprimé, elles épuisent trop vite leur carburant et l’évolution vers la Vie n’a pas le temps de se faire.

* diminution : les nuages interstellaires ne peuvent plus s’effondrer et atteindre la température nécessaire pour enclencher les réactions nucléaires. Donc, plus d’étoiles qui s’allument.

Force nucléaire forte

    * augmentation : les protons ne pourront pas rester libres et  ils se combineront aves d’autres protons et  neutrons pour former des noyaux lourds. Donc, pas ou peu  d’hydrogène, pas d’eau,  pas de vie.

   * diminution : excès contraire, aucun noyau  autre que l’hydrogène ne pourra survivre. Donc, plus de possibilité de combustion en  hélium, plus de réactions nucléaires, plus d’étoiles sources d’énergie.

    - Force nucléaire faible

Une légère modification de son intensité et les explosions de supernovae ne pourront avoir lieu, privant ainsi les planètes des éléments chimiques lourds nécessaires à la Vie (comme le carbone et l’oxygène).

    - Force électromagnétique

*augmentation : les électrons sont plus fortement liés au noyau, les réactions sont plus rares car  demandant plus d’énergie. Donc, la formation de l’ADN devient improbable ;

*diminution : les liaisons chimiques et la formation de molécules complexes deviennent impossibles. Donc, même résultat  que ci-dessus.

 Condition initiales

     - Densité de l’Univers

* augmentation : l’Univers s’effondre sur lui-même, il a une durée de vie trop courte et l’évolution n’aura pas le temps de gravir les échelons de la complexité ;

* diminution : la durée de vie est  longue, mais la matière, trop diluée, ne peut se condenser en  galaxies et l’Univers est  condamné à la stérilité ;

* aujourd’hui, la densité est  voisine de la densité critique (10-29 g/cm3). On a  montré que l’écart entre valeurs réelle et  critique augmente proportionnellement au temps, de sorte qu’au  temps de Planck, 1060  fois plus faible qu’aujourd’hui, la densité avait la valeur critique avec une précision de 60 chiffres après la virgule !

     - Homogénéité et isotropie de l’Univers

* l’Univers ne doit pas être trop homogène pour permettre l’existence de germes qui donneront les galaxies futures ;

* il ne doit pas être non plus trop inhomogène pour permettre leur  croissance sinon les mouvements anarchiques les dissiperaient en chaleur ;

* on a montré que le taux d’expansion ne doit pas s’écarter de plus de 10-30  dans les différentes directions.

 Le principe anthropique

Le monde qui  nous entoure est donc extraordinairement particulier. Ce qui  a conduit l’astrophysicien  Brandon Carter[14] à  énoncer en 1974 ce qu’on a appelé le principe anthropique  qui se décline en deux versions :

    - la version faible : « Notre position dans l’Univers est nécessairement privilégiée en ce sens qu’elle doit être compatible avec notre existence en tant qu’observateurs ».

    - la version forte : « l’Univers, et  donc les paramètres fondamentaux dont il dépend, doit être tel qu’il  permette la naissance  d’observateurs en son sein, à  un certain stade de son développement ».

Le principe faible fait l’objet d’un large consensus. Il est sensé concerner un type particulier d’univers avec lequel  l’observateur est confronté et il indique et quand il peut exister dans cet univers « bioadapté ».  

Le principe fort est davantage discuté en raison de sa connotation finaliste. Contrairement au  précédent, il suppose une pluralité d’univers et il  introduit une idée de restriction sur les constantes fondamentales : quand un observateur existe, les propriétés de l’univers doivent être telles qu’elles permettent son apparition. Il ne donne pas d’explication mais il peut être un outil de prédiction.[15]

À la recherche d’une explication 

Nous n’avons pas de théorie qui prédit les valeurs correctes des constantes fondamentales conduisant naturellement et  nécessairement à  l’existence de la Vie (l’hypothétique théorie du  Tout).

En conséquence, face au  problème du « fine tuning », il  existe, à priori, quatre attitudes possibles [16] :

    - le hasard : dés lors qu’il pourrait exister une multitude d’univers ayant des combinaisons  différentes  de constantes fondamentales et de conditions initiales, il est statistiquement possible que nous nous trouvions dans un univers permettant l’émergence de la Vie ;

    - la chance : nous avons été chanceux car tout aurait pu être différent. Dans le coup de dé initial, nous avons eu  l’incroyable chance que l’Univers se réalise dans la situation permettant l’apparition de la Vie dont la probabilité était dérisoire pour ne pas dire quasi  nulle ;

    - l’élan vital : nous n’avons pas été particulièrement chanceux, mais la Vie, étant un processus d’adaptation, finalement n’importe quel jeu de paramètres aurait pu conduire à un univers peuplé d’êtres vivants ;

    - le dessein intelligent : l’Univers a été programmé par un principe créateur que nous appelons Dieu pour que la Vie soit possible.

La première proposition exprime l’idée du principe anthropique fort : les dés auraient été jetés plusieurs fois et notre univers aurait eu la combinaison gagnante pour être « fertile », la plupart  des autres ayant une combinaison perdante et étant « stériles ». Rappelons que l’objection usuelle au concept  d’univers multiples est qu’ils sont inaccessibles à l’observation et donc invérifiables. De plus, en requérant une infinité d’univers pour en justifier un seul, il contredit le principe dit du « rasoir d’Occam »[17] qui suggère qu’une explication simple a plus de chances d’être vraie qu’une explication compliquée. 

La seconde  proposition, quoique logiquement irréfutable, a un goût d’inachevé, d’incomplétude, de principe brut  à admettre tel  quel. Ou  pour résumer d’un mot, elle apparaît comme un solipsisme de la création (solipsisme : conception philosophique selon  laquelle le Moi est la seule réalité possible, Petit  Larousse).

La troisième proposition est  attrayante, mais les faits,  au sein de notre propre univers, tendent à la défavoriser : nous n’observons que des formes de vie relativement proches les unes des autres et  pas de vie, semble-t-il, dans le soleil ou au sein  du  magma terrestre ou dans le vide interstellaire.  Brandon Carter, lui-même, a tiré du  principe anthropique faible  la conséquence  que la Vie était très improbable dans notre voisinage galactique. Ceci  ne veut pas dire  que des intelligences extra terrestres n’existent pas, étant donnés  les milliards et  les milliards de planètes : le programme SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) d’écoute de l’Univers est  voué à  cette recherche.

Enfin, la quatrième proposition est considérée par la plupart des scientifiques comme hors du champ de la science, car  d’essence métaphysique. Cela n’empêche cependant pas qu’elle ait un sens.  

Science et transcendance

À propos des lois scientifiques

On leur attribue certaines propriétés caractéristiques. Elles sont :

- éternelles, c’est-à-dire qu’elles sont indépendantes du temps ;

- universelles c'est-à-dire qu’elles s’appliquent infailliblement à  tout l’univers ;

- omnipotentes, c’est- à- dire que rien n’échappe à  leur pouvoir ;

- absolues, c’est-à-dire qu’elles ne dépendent pas de l’état  réel du monde ;

Leur statut pose problème : sont-elles immanentes ou transcendantes ?

La permanence des lois physiques s’oppose à  la temporalité de l’univers : comment se fait-il qu’un univers qui évolue puisse être régi par des lois qui n’évoluent pas ? Il semble bien que cette invariance des lois ne s’accorde guère avec un univers « fermé » sur lui-même en ce sens qu’il  produirait de lui-même  les lois qui  le régissent[18] . Elles doivent plutôt appartenir à  un autre monde.

    - Face à  ce dilemme, beaucoup évoquent un monde platonicien, du  nom du  philosophe grec qui se confronta au problème de ce paradoxe fondamental  et qui imagina un monde transcendant, parfait et immuable de principes mathématiques et de structures géométriques au  sommet  duquel  trônait Dieu  (il le nommait le Dieu du Bien), notre monde  n’en étant qu’une copie imparfaite façonnée  par ce qu’il  appelait le Démiurge.

    - D’autres refusent ce postulat métaphysique ou religieux et imaginent que les lois ne sont pas invariantes mais évoluent au cours du temps comme l’univers. Cette idée fait surgir immédiatement la question de savoir si cette évolution est pilotée par une super loi, si cette super loi est à son tour pilotée par une super super loi, ce qui conduit à une régression infinie, insatisfaisante.

    - D’autres enfin pensent que ces questions n’ont aucun sens et qu’il nous faut accepter les lois comme un fait brut  car leur origine nous échappera toujours, ce qui  ne concorde guère avec ce besoin profondément inhérent à l’esprit humain, de comprendre et  d’expliquer.

Comme on le constate, le sujet  fait débat.

En quête de sens[19]

 - Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt  que rien ?

 - Quelle est  l’origine de notre Univers ?

 - Le monde étudié par la science, est-il l’unique réalité ou existe t-il une réalité plus profonde ?

 - La nature est-elle un  processus aléatoire et  fortuit ou un projet doté d’un objectif ?

 - L’Homme peut-il être entièrement compris en termes de sciences naturelles ou existe t-il une dimension transcendant l’existence humaine ? 

Ces questions (et quelques autres) constituent le fondement, « l’essence du sens » de notre propre existence qu’une sorte de force instinctive nous pousse  - rechercher depuis toujours. Et lorsqu’on les évoque, Dieu  n’est  pas très loin.

Depuis l’aventure de Galilée, une frontière bien nette sépare science et religion, une sorte de « Yalta » philosophique : la science s’occupe des faits, la religion des valeurs. Cette position a été popularisée sous l’acronyme NOMA (Non Overlapping Magisteria- non recouvrement des magistères).

Néanmoins, l’évolution des idées montre qu’un  tel  « séparationnisme » devient difficile à  tenir dès lors qu’on aborde ces questions ultimes.[20]

Un des enseignements essentiels qui résulte du développement de la Physique et des Mathématiques au XXe siècle, conduit à une mutation profonde de la pensée scientifique : les notions de permanence et de stabilité, de prévision, de déterminisme, et par là, de maitrise, sont remises en cause :

· la mécanique quantique nous apprend à  travers les relations d’incertitude d’Heisenberg déjà  citées, que l’incertain est  irrémédiablement associé à  la connaissance ;

· les mathématiques, langage privilégié de la Physique, ne sont pas non  plus exemptes de limitation : le théorème d’incomplétude démontré en 1931 par le logicien Kurt Gödel, indique qu’il existe des  propositions indécidables et des énoncés vrais indémontrables.

Il en résulte que nous savons désormais qu’il y a des choses que nous ne connaîtrons jamais. Il en  résulte ainsi qu’une autre Réalité existe au delà de la réalité empirique dans laquelle nous sommes immergés. Cette Réalité est non connaissable et transcendante. Ces limitations n’entrainent cependant  pas que le projet de la Science ait failli. La méthode scientifique reste la source effective de notre savoir, mais ayant identifié elle-même ses propres limites, elle sait désormais qu’elle peut écrire une partie de l’histoire du monde, mais pas toute l’histoire.

Point n’est  besoin de commenter abondamment l’émerveillement que ressentent les scientifiques qui découvrent dans leurs observations l’ordre et  la beauté du  monde. Albert Einstein est un de ceux qui ont intensément éprouvé une telle expérience et ont tenté de le dire : « L’homme éprouve l’inanité des désirs et  des buts humains et  le caractère sublime et  merveilleux de l’ordre qui  se  révèle dans la nature et  le monde de la pensée. Il ressent son existence individuelle comme une sorte de prison et  veut  vivre la totalité de ce qui  est comme une chose qui a une unité et un sens » .Cet  ordre et cette beauté de la réalité empirique (le monde phénoménal) que la science nous révèle, doivent être le reflet de la Réalité transcendante (la Réalité en soi) au sein de laquelle doivent également régner  ordre et beauté : sorte de vision néo-platonicienne qu’on ne peut appréhender que par l’intuition, la révélation, la spéculation ou un acte de foi , et identifiable pour le croyant au « Royaume des cieux ».

Ce paradigme est porteur de sens. Pour le non croyant ou l’agnostique, il s’agit aussi  d’un paradigme, mais est-il  porteur de sens ?

Pour conclure

    - À l’issue de cette incursion aux frontières de la science actuelle, je retiens, pour ma part, trois observations :

a. Nous ne disposons pas encore d’une théorie unifiant les deux monuments de la Physique du XXème  siècle  que sont la Relativité et la Physique Quantique, qui  fasse l’objet d’un  consensus général.

b. En conséquence, le mur de Planck continue de se dresser  devant nous et ce que nous imaginons de la « terra incognita » qu’il  dissimule, reste spéculatif.

c. La Science d’aujourd’hui ouvre une fenêtre sur une réalité riche et mystérieuse dont une partie nous sera toujours obscurcie. Et ce rapprochement entre science et ontologie est un élément majeur dans la recherche humaine sur le sens du monde.

    - La dimension rationnelle n’est pas la seule caractéristique de la pensée humaine. Il faut y adjoindre tout ce qui relève de l’esthétique, du sentiment, de la morale, c’est-à-dire du cœur. En conséquence, c’est à l’homme de lettres dont j’ai mentionné en tête de cet article le titre d’un livre récent, que j’emprunte ce dernier propos :  

 « Le monde n’est  pas un chaos. Il y a de l’ordre dans l’Univers. Et il y a de la beauté dans l’Univers. D’ou vient l’ordre ? D’où vient la beauté ? Personne n’ôtera de la tête de beaucoup d’êtres humains l’idée que le monde est un projet en œuvre et qu’en dépit de tant de mal et de tant de souffrances, il  garde un sens caché.

La science d’aujourd’hui détruit l’ignorance et  elle fera figure d’ignorance au  regard de la science de demain. Dans le cœur  des hommes, il y a un élan vers autre chose qu’un savoir qui ne suffira jamais à expliquer un monde dont la clé secrète est  ailleurs ».  (Jean d’Ormesson).

                                                                                                           Octobre 2011


Bibliographie

[1] Les pionniers: Gabriele Veneziano, Joël Scherk, Bernard Julia, John Schwarz, Michael Green ….

[2] L’espace-temps est  le cadre dans lequel  se déroulent les événements physiques. A notre échelle, il  comporte 3 dimensions d’espace et 1 de temps, soit un total  de 4.

[3] Les pionniers : Abhay Ashtekar, Ted Jacobson, Carlo Rovelli, Lee Smolin…

[4] Citons parmi  les idées avancées (avec de jolis petits noms !!) : les twisters de l’Anglais Roger Penrose, la géométrie non commutative du Français Alain Connes, les triangulations dynamiques causales du Danois Jan Ambjorn  et de la Néerlandaise Renate Loll.

 [5] Wermer Heisenberg a démontré en  1927 que l’on ne pouvait  connaître simultanément la position et  la quantité de mouvement (produit de sa masse par sa vitesse) d’une particule, ni  son énergie et  le temps nécessaire pour l’atteindre. On les nomme relations d’incertitude.

 [6] La notion de particule virtuelle est un aspect étrange de la physique quantique. Selon le §5 ci-dessus, en effet, il n’est  pas possible de connaître simultanément l’énergie mise en jeu dans un  processus et sa durée ; cela signifie que de l’énergie peut apparaître ou disparaître à condition que cela se fasse dans un temps déterminé par la relation d’incertitude et, comme masse et énergie sont équivalentes, cela signifie aussi que des particules peuvent naître ou disparaître avec une durée de vie très brève. On les appelle particules virtuelles  car elles ne deviennent observables qu’au  moyen d’un emprunt d’énergie - où ? - au vide quantique qui, autre aspect étrange de cette physique vraiment contre-intuitive, est  gavé d’énergie. 

 [7] Carlo Rovelli : « Qu’est ce que le temps ? Qu’est ce que l’espace ? » Bernard Gilson éditeur 2008

Voir aussi l’article de Bernard Miltenberger « L’énigme du  temps » Bulletin N°46 de l’ARCEA/CESTA

[8] Edgard Gunzig « Que faisiez-vous avant le Big Bang » Odlle Jacob 2001

[9] Michel  Cassé  « Du vide et  de la création » Odile Jacob 1993

 [10] Justin Khoury, Paul Steinhardt, Neil Turok    Physical Review 2001

[11] Alan Guth (Physical Review 1981).

[12] Andrei Linde (Physical Letters 1982).

[13]  Lee Smolin      Cambridge University Press 2007

     Martin Bojowald Nature Physics 2007

[14] Brandon Carter IAU Sym 1974

[15] À titre d’exemples :* il prévoit une condition nécessaire pour la synthèse du  carbone dans les étoiles à  partir de l’hélium, ce qui a été vérifiée expérimentalement.

                                  *  il prévoit aussi que depuis l’origine de l’humanité, pas plus de 1200 milliards d’individus auront peuplé la planète, ce  qui, pour une population stabilisée à 10 milliards,  devrait intervenir en  l’an 9120. C’est  ce qu’on a appelé la « catastrophe de Carter » ou encore « l’argument de l’apocalypse ».   

[16] Aurélien  Barrau, « Quelques éléments de physique et  de philosophie des multivers »  CNRS/IN2P3

[17] Guillaume d’Occam, (vers 1295-1349), franciscain d’origine anglaise à  qui  on attribue la formule : « C’est en vain que l’on fait avec plusieurs ce que l’on  peut faire avec un petit nombre »

[18] Etienne Klein : « Discours sur l’origine de l’Univers » Flammarion 2010

   Paul Davies : « L’esprit de Dieu » Hachette 1998

[19] « Science et  quête de sens » Presses de la Renaissance 2005, sous la direction  de Jean Staune

[20] Pour illustrer ce propos, voici quelques déclarations d’éminents savants qui n’ont pas hésité à   « transgresser le magistère » :

    - Albert Einstein : « Si la religion sans la science est boiteuse, la science sans la religion est  aveugle »  

    -  Louis Pasteur :   « Un peu de science éloigne de Dieu mais beaucoup  y  ramène » 

    - Werner Von Braun : « Plus nous comprenons les complexités de l’Univers, plus nous avons des raisons de nous étonner de la conception inhérente qui  le sous-tend »

    -Steven  Weinberg : « Plus nous comprenons l’Univers, plus il semble dépourvu  de signification »

    -Stephen  Hawking : « Si nous parvenions à découvrir une théorie unificatrice, [ ], ce serait le triomphe de la pensée humaine qui nous permettrait alors de connaître l’esprit de Dieu ».

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SOUVENIRS D'UN FRANÇAIS LIBRE 1940-1944
"JOIN THE FREE - FRENCH AND VISIT THE WORLD "

 par Jean Forsans, Lieutenant-Colonel à la retraite (Armée de l'Air)

Matricule Français Libre: 30.458

Résumé réalisé par Jean-Paul Prulhière

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Introduction

Après une carrière dans l'armée de l'air où il a terminé Lieutenant-Colonel, Jean Forsans a embauché à Vaujours au Groupe Sûreté de Militarisation, puis a été muté au CESTA en août/septembre 1965. Certains d'entre vous l'ont connu.

Entre 1940 et 1944, il a participé activement aux campagnes militaires en Angleterre, Afrique et France de la 2e  guerre mondiale.

Il a rédigé un petit opuscule de ses souvenirs[1], dont nous avons repris les éléments les plus marquants (en particulier le torpillage du bateau sur lequel il se trouvait) comme témoignage vivant de cette époque.

De Bordeaux à Londres via l'Algérie et le Maroc

Le 20 mai 1940 à 13 h, le maréchal Pétain annonce à la radio qu'il a été obligé de demander un armistice au Gouvernement Allemand.

Début juin nous apprenons que notre École de pilotage, le R.G.1 (Recrutement de Guerre n° 1, basé à Bergerac) doit se replier dans un premier temps sur l'École de l'Air de Bordeaux dont il dépend. Nous embarquerions ensuite sur le Massilia, à l'ancre dans le port de Bordeaux, sur lequel les députés de l'Assemblée Nationale doivent aussi prendre place pour gagner le Maroc… Je décide de donc rejoindre Bordeaux avec le R.G.l. …

Lors de ce déplacement, nous observons avec surprise que par endroits, lors de la traversée de villages, toute une population a installé des tables, des chaises et servi l'apéro pour ne rien manquer du spectacle offert par le reflux d'une autre population qui a tout abandonné pour fuir l'envahisseur.

À Bordeaux, lors de notre arrivée, le désordre est à son comble dans une École de l'Air dont le chef et les principaux cadres se sont repliés à Meknès. Nous avons toutes les peines du monde à trouver un cantonnement et à nous faire servir un repas….

Peu de temps après, nous décollions pour Alger sans histoire (sauf pour le train d'atterrissage en panne qui ne s'escamotait pas). Première escale Lézignan, pour y faire le plein avant de traverser la Méditerranée train sorti, et l'arrivée à Alger. Ma situation administrative a été rapidement régularisée grâce à mes papiers, et j'ai été inscrit sur le premier avion de transport en partance pour Meknès.

À mon arrivée à Meknès, les nouvelles publiées par la presse, ainsi que les rumeurs créaient un climat très inquiétant. Il apparaissait certain que l'ordre avait été donné de démonter les magnétos sur tous les moteurs des avions.

Du coup, obsédés par l'idée de rejoindre un théâtre d'opérations pour continuer la lutte, nous décidons de partir pour Casablanca sans songer aux conséquences qui pourraient résulter d'un échec. Et le risque était bien réel puisque j'ai découvert en 1962, à mon départ à la retraite, que j'avais une fiche de déserteur dans mon livret militaire.

Arrivés à Casablanca, nous essayons de nous endormir sur les tôles du cargo. Le lendemain nous étions en mer. L'eau et la nourriture étaient assurées, mais pas de sanitaire et encore moins de douche. Au matin, on se réveille sur le cargo à l'ancre à Gibraltar. Un porte-voix nous apprit que la flotte britannique venait de détruire la Flotte française à Oran.

Catastrophe. Que faire? Rentrer en France, renoncer au combat contre l'Allemagne et tomber sous la coupe des services de répression nazie, ou avaler cet affront et se soucier avant tout de reprendre le combat commencé en septembre 1939 pour contribuer finalement à la victoire. Nous étions tellement obsédés depuis tant de semaines par l'idée que notre devoir avant tout était de chasser l'envahisseur de notre sol, que nous décidâmes individuellement, sans nous consulter, de poursuivre notre route vers l'Angleterre.

Après avoir embarqué des vivres, et réalisé quelques aménagements pour faciliter la vie à bord, le cargo reprit la mer pour l'Angleterre .... sans escorte.

Après trois semaines de navigation par une mer très dure, marquée par une attaque aérienne manquée en plein Atlantique, nous avons embouché le détroit séparant l'Angleterre de l'Irlande et le cargo a remonté la Clyde pour s'amarrer à Greenock dans le port de Glasgow. Les Anglais nous apprirent qu'ils allaient nous expédier à Londres où un Général de Gaulle s'occupait de regrouper les Français volontaires pour continuer le combat. Ils nous conduisirent donc à un train en partance pour Londres.

Arrivés à Londres, les militaires britanniques rassemblèrent les Français qui se trouvaient dans le train. Ils nous encadrèrent entre deux files de soldats pour nous mener à pied au dépôt des Français Libres. Nous qui avions vécu l'épisode de Mers el Kébir, à Gibraltar, nous nous demandions si nous étions alliés ou prisonniers.

La campagne d'Afrique

Fin 1941 il est décidé d'envoyer en Égypte un contingent d'une quinzaine d'hommes formés par la RAF en renfort du GB.1 Lorraine qui opère, sur Blenheim IV, dans la région de Tobrouk en Égypte.

Le transport, par voie maritime, a emprunté un trajet contournant l'Afrique d'une durée de 6 semaines environ, pour se terminer au Caire.  Vers début juillet la chaleur atteignit des sommets de température en raison du Kham-Sin (Sirocco). Du coup nous passions nos journées d'attente au Ghezira-Sporting-Club, un temple multi sport qui faisait honneur à la civilisation coloniale Britannique (au même titre que les magnifiques hôtels du Caire).

Un jour j'ai vu grossir sur les téléscripteurs de Reuter, jusqu'à occuper tout l'écran de dépêches, l'exploit extraordinaire du Général Koenig, retranché dans le désert à Bir-Hakeim avec 3000 hommes de toute origine, équipés d'armes provenant en grande partie de l'armée de Syrie. Au début, les dépêches étaient consacrées à l'effet de surprise provoqué par la percée des forces de Rommel à travers son propre champ de mines et à travers celui des Britanniques. Puis on parla de la bousculade des Forces Britanniques, dont le déploiement était appuyé au Nord, sur la côte de Cyrénaïque, et au Sud sur Bir-Hakeim.

• Au bout d'une semaine, tout le dispositif Britannique avait commencé son repli vers les zones fortifiées de Tobrouk et Mersa Matrou qui commandaient les approches d'Alexandrie.

• Peu après, nouvelle catastrophe. La place de Tobrouk, qui n'avait jamais été prise, se rendait après quelques heures de combat avec une garnison de 50 000 Sud-Africains. Bir-Hakeim tenait toujours, face aux attaques des germano-italiens par tous les moyens terrestres et aériens dont ils disposaient et les écrans des téléscripteurs étaient entièrement consacrés à ce camp retranché.

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Deux ans et demi de divagations entre Grande Bretagne, Afrique occidentale, Moyen-Orient Afrique orientale, Afrique du sud

• Un jour enfin Reuter nous apprit que la garnison de Bir Hakeim avait réussi à abandonner ses positions, et à rejoindre, avec l'aide d'une unité Britannique, le gros des Forces en retraite.

Peu après nous embarquions à Suez sur un transport rempli de prisonniers italiens que les Britanniques transportaient au Kenya pour y refaire le réseau routier constitué de pistes de terre avec 2 bandes de goudron correspondant à l'écartement des roues des véhicules.

Après une traversée de la mer rouge rendue éprouvante par la chaleur, on parvint enfin à Mombasa port du Kenya sur l'Océan Indien le 30 août 1942. Au fond du port un porte-avion et son escorte : c'était tout ce qui  restait de la flotte Britannique de l'Océan Indien après la défaite de Singapour (2 cuirassés de 40 000 T envoyés par le fond à la suite d'attaques exécutées exclusivement par des avions japonais).

L'E.M. de Londres qui préparait une reconstitution du Lorraine en G.B. (en vue d'un débarquement éventuel fin 1943 ou 1944) décida de rappeler tout le "groupe de MontaI" en Angleterre.

Malgré nos vives protestations, et surtout malgré l'opposition vigoureuse du Commandement de la R.A.F. au Moyen Orient (qui préparait l'attaque d'El-Alamein), il fallut s'incliner et reprendre notre bâton (et nos valises) d'éternels pèlerins.

On se retrouva donc à Mombasa pour embarquer à bord du Mendoza, paquebot Français confortable de 20 000 T armé par un équipage Britannique.

Le torpillage du Mendoza [2] (cf annexe)

Nous étions partis depuis à peine une semaine, lorsqu'une violente secousse ébranla le bateau. Très vite nous nous sommes retrouvés à l'eau dans notre canot. Des matelots Britanniques qui semblaient avoir acquis quelque expérience sur les torpillages nous ont conseillé d'utiliser rapidement les rames pour nous éloigner du Mendoza qui s'enfonçait doucement. Mais soudain le sous-marin tira une 2e torpille qui explosa dans les soutes à mazout. D'un seul coup des flammes s'élevèrent jusqu'en haut des mats, et en très peu de minutes les 20 000 T du Mendoza avaient disparu. Il ne restait plus à la surface de la mer couverte de mazout que des canots, et des corps vivants ou inertes. Beaucoup semblaient avoir des panneaux de linge accrochés à eux. C'était leur peau, décollée par l'explosion.

Un canot, avec un médecin à son bord, récolta tous les blessés. Puis on se regroupa à portée de voix du canot portant l'E.M. du bateau pendant que la nuit commençait à tomber. J'entendis que nous nous trouvions à une cinquantaine de miles à l'est de Durban, mais qu'il existait un fort courant marin vers le S.E. qui risquait de nous emporter au Sud de la pointe de l'Afrique, hors de la route habituelle du trafic maritime.

Les canots embarquaient beaucoup d'embruns qui nous refroidissaient et nous passâmes deux nuits à grelotter. Mais c'est surtout le mal de mer qui éprouva les corps et le moral. La photo de notre groupe, prise une heure après le retour à Durban, se passe de tout commentaire.

Lorsque le gros canot du service de sauvetage en mer de Durban nous rejoignit, nous n'étions plus qu'à 300 m de la plage de Durban.

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La préparation du débarquement

La nouvelle du début des opérations de débarquement en Afrique du Nord (début Novembre 1942) donna lieu à des commentaires passionnés. Sur place les autorités du port nous expliquèrent que dès que les Alliés auraient consolidé leurs positions en A.F.N., les Forces Navales mises à leur disposition reviendraient assurer la sécurité maritime dans l'Océan Indien et nous pourrions repartir.

À peu prés à la même époque que le débarquement, les troupes Britanniques déclenchèrent avec succès leur offensive sur le front d'El-Alamein, tandis qu'à Stalingrad les Soviétiques avaient réussi à encercler entièrement l'Armée de Von Paulus qui assiégeait la ville depuis plusieurs semaines.

Début novembre 1942, nous nous embarquions à bord d'un transport de troupes pour l'Angleterre.

Le 19 décembre 1942 nous mettions pied à terre dans le port de Liverpool. À notre arrivée à Liverpool, on nous installa dans une base de transit de la RAF avec des instructions de notre E. M. de Londres nous interdisant de quitter la base de transit sans autorisation formelle.

On passa par un nouveau stage en équipage pour nous adapter aux procédures et à l'environnement météorologique très particulier des vols en territoire Britannique. La Base de West-Raynham était un charmant aérodrome qui avait du être réalisé peu avant 1940 et dont les pistes étaient tracées sur une grande prairie. Avant d'être autorisés à effectuer des opérations militaires il fallut se familiariser avec les caractéristiques de l'avion d'arme très moderne qui équipait le Lorraine. Il fallut, en un mot, apprendre notre métier de pilote de guerre, notamment apprendre à pratiquer, presque sans y penser, le vol en formation en altitude par groupe de trois avions, ou encore le vol à quatre avions de front et à très basse altitude.

Vers mi-juin 1943 l'ensemble des trois escadrons de Boston basés à West Raynham furent déplacés sur un très grand aérodrome voisin destiné à héberger plusieurs escadres de bombardement de nuit. La plupart des prairies étaient remplies de planeurs capables de transporter une dizaine de soldats avec leurs équipements. Les planeurs étaient parqués serrés les uns contre les autres. On sentait que cela annonçait le débarquement. ..... mais on sentait aussi que c'était dans un lointain avenir.

Vers la fin de l'automne 1943 l'Escadre de Boston fut déplacée sur un aérodrome de la banlieue de Londres, principalement occupé par des bombardiers lourds qui opéraient la nuit sur l'Allemagne.

L'installation était encore plus rustique qu'à Scullthorp. Mais l'excitation de sentir se rapprocher le fameux événement du débarquement que nous attendions depuis plus de trois ans effaçait les difficultés normales de la vie, tout autant que les disparitions soudaines[3], à la table du mess, des bons amis que l'on côtoyait encore quelques heures avant.

Avec les disparitions des Équipages de Grammont, Lamy, Stoloff, et de Montal le "groupe de Montal" avait été sévèrement décimé. Mon tour allait donc arriver très vite.

En effet, le 23 décembre 1943, au retour d'une mission à basse altitude, lors du passage de la côte Française, mon Boston reçut plusieurs obus de petit calibre dans le fuseau moteur tribord et dans le fuselage.  Je décidai donc d'atterrir sur l'aérodrome le plus proche de la côte anglaise comme les instructions le  prévoyaient.

En fin de procédure pour l'atterrissage lorsque j'ai actionné la commande pour abaisser à demi les volets et descendre le train tout est descendu d'un seul coup : le circuit hydraulique ne fonctionnait plus, pas plus que l'indicateur de vitesse. Mais notre entraînement me permit de surmonter cette difficulté ...... au prix d'un atterrissage particulièrement long.

Le 8 février 1944 le destin frappa son coup décisif. Nous étions partis bombarder depuis 3 000 m un site de lancement de V1. Alors que le leader alignait notre vol pour larguer nos bombes sur l'objectif une 1ère salve d'obus de 88 explosa devant nous à notre hauteur. J'ai eu le sentiment que la salve suivante serait pour nous. En fait l'un des obus de la salve explosa dans l'habitacle arrière sectionnant la queue du Boston.

L'appareil était en vrille à plat et je n'avais aucun contact radio avec l'équipage. J'ai donc décidé d'abandonner l'avion, en prenant soin de tenir fermement la poignée de déclenchement du parachute .... et j'ai sauté, sans aucune visibilité car je me trouvais dans une zone nuageuse. Au bout d'un certain temps j'ai senti un choc, puis j'ai vu le sol noir d'un terrain labouré, où je suis tombé. Le temps que je me dépêtre du parachute, on commença à tirer dans ma direction. Quelques minutes après, un groupe d'Allemands approcha à qui j'annonçais (ce que mon uniforme laissait deviner) que j'étais Français (et quelque peu inquiet).

On m'a mis dans un train (avec escorte) pour me livrer à un centre de transit pour prisonniers des Armées de l'Air Britanniques et Américaines. Les prisonniers isolés en cellule y étaient interrogés de jour et de nuit (pendant un mois dans mon cas). Au bout d'un mois on m'envoya dans un autre centre de prisonniers mais sous contrôle de la Croix-Rouge cette fois-ci. De là on forma un groupe de prisonniers de la RAF ou ayant servi dans la RAF qu'on expédia à la frontière la plus éloignée. C'est ainsi que je fis mon entrée de Kriegsgefangenen à Stalag Luft III prés de Sagan sur Oder (à une centaine de kilomètres au Sud de Berlin). Cette fois-ci, la guerre était finie pour moi.

______________________

 

Le torpillage du Mendoza

Vendredi 23 octobre 1942

L'embarquement a lieu à bord du Mendoza dans le port de Mombasa, port situé sur l'océan Indien, à environ 450 km au sud-est de Nairobi, la capitale du Kenya.

Ancien paquebot de la Société générale des Transports maritimes à vapeur, lancé en 1920, le Mendoza[4], dont le port d'attache était Marseille, faisait la ligne d'Amérique du Sud avant la guerre. En juin 1940 il a été saisi par les anglais et transformé en transport de troupes. Depuis, il est armé par un équipage britannique.

Le fringant navire, d'environ 8 500 tonnes, éprouvé par ses traversées, est bien fatigué et doit entrer en cale sèche à Durban à l'issue de ce voyage. Ses turbines à vapeur sont usées et le Mendoza ne file plus qu'une dizaine de nœuds, au lieu des quinze habituels, malgré les soins que lui prodiguent les Chinois employés aux machines. Ses deux hautes cheminées n'y changent rien.

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Un transport de troupes n'est pas un paquebot. Il faut y loger le maximum de gens et des couchettes y ont  été installées un peu partout, par les nouveaux employeurs, sans trop tenir compte de la qualité des passagers et, il faut bien l'avouer, de leur confort, à part, peut être, quelques privilégiés. Si des passagers, officiers pour la plupart, sont installés à quatre par petite cabine, assez confortable néanmoins, une grande partie des troupes campe avec plus ou moins de fortune dans les cales du navire.

Seuls, semble-t-il, les salons des premières et secondes classes n'ont pas été modifiés. La salle à manger des premières a ainsi conservé son mobilier de style Louis XV. Un magnifique instrument de musique, qui tient à la fois du piano et du clavecin, trône même en haut de l'escalier qui conduit au salon des premières.

Outre les aviateurs français, les passagers sont de diverses catégories et nationalités. Il y a des civils, des officiers britanniques des trois armées et des marins de la marine marchande, dont un officier qui va passer en Angleterre un congé que lui vaut son deuxième torpillage. Des soldats britanniques, eux aussi sont à fond de cale.

Dimanche 25 octobre 1942

Le Mendoza lève l'ancre et fait route vers Durban, port situé à environ 3 150 kilomètres à vol d'oiseau au sud. En fait, la distance à parcourir par le bateau est d'environ 3 700 kilomètres soit près de 2 000 nautiques. Le Mendoza frisant les 9-10 nœuds, le voyage devait prendre un peu moins d'une dizaine de jours.

Au fil des jours, la traversée se déroule sur une mer si calme qu'elle ressemble à un miroir. Le bruit des machines est imperceptible et ne trouble en aucune façon la vie des passagers.

La plupart des Français passe le temps le mieux qu'ils peuvent, lisant ou jouant au bridge ou au poker, en fonction de l'état de leur finance. Ils se rassemblent au bar dès son ouverture et lorgnent, sans vergogne, avec l'insouciance de leur jeune âge, les quelques rares femmes qui sont à bord.

Samedi 31 octobre 1942

Le soir de ce septième jour de mer, vers les dix heures, par nuit très noire, le Mendoza, qui navigue tous feux éteints, croise, sur bâbord, un navire tous feux allumés, apparition insolite en ces parages infestés par les sous-marins ennemis. Peut-être s'agit-il d'un navire neutre, portugais ou vichyste ou encore, d'un navire hôpital qui tient à être identifié comme tel ?

Dans l'expectative, le capitaine décide de virer de bord pour ne pas montrer au navire suspect la route suivie par son bâtiment et prend, provisoirement, un cap différent. Quelques minutes après, l'autre navire toujours non identifié, éteint ses lumières et disparaît ainsi dans la nuit.

Dimanche 1er novembre 1942

Dans la nuit, le Mendoza a repris sa route initiale vers Durban qu'il devait atteindre dans la soirée ou, au plus tard, tôt le lendemain matin. Au guichet de l'officier trésorier du bord, un tableau noir est apparu, signalant aux passagers que la soute à bagages serait ouverte en début d'après-midi et invitant les passagers civils, car il y en a à bord, à déposer leur passeport au bureau.

Vers 15 heures 20, un Lockheed Ventura, bimoteur du Coastal Patrol de la South African Air Force, survole le navire, annonçant ainsi par son passage, la proximité du port de Durban.

A 16 heures 15, alors qu'une partie des passagers prépare ses bagages, une très forte explosion secoue tout le bateau. Il a été touché à l'arrière et la plateforme sur laquelle était installé un canon est détruite. Les corps déchiquetés des servants de garde sont projetés à la mer. Le signal d'abandon retentit bientôt et, plus ou moins, chacun prend place devant le canot de sauvetage qui lui a été attribué au cours des exercices de sauvetage.

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16h15. 1ère torpille

Un trou noir, tôles cabossées à la poupe

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16h45. 2e torpille.

Incendie vers Machinerie et soute à mazout

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16h55. Une fumée noire et épaisse redescend vers l'épave et

avance vers les canots

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Un peu avant 1h

Le bateau s'enfonce vers l'arrière et va couler

Les aviateurs français doivent se répartir entre les canots 9 et 10. Le canot 9 est mis à la mer quelques minutes plus tard avec une dizaine de Français. Une fois à l'eau, deux ou trois retardataires dont Murray et son camarade Korcher, le rejoignent à la nage. Mais l'adjudant Charles Korcher ne sait pas nager et le sergent Robert Annfield, qui a pris place sur le canot 10, plonge pour aller le chercher.

Sur le conseil de marins anglais, qui semblent ne pas être à leur première expérience en matière de naufrage, les rames sont empoignées et les canots s'éloignent un peu du navire blessé. La houle est assez forte et secoue les naufragés. Ils ont tout perdu mais le capitaine d'Hautecourt a réussi à emmener une serviette dans laquelle se trouvent plusieurs documents, dont son carnet de vol. Il a aussi conservé son appareil photo. Il le confie à l'adjudant Robert «Bob» Colcanap et celui-ci prend une photographie de l'arrière du Mendoza, là où la torpille a frappé à tribord. Le trou noir et les tôles cabossées sont très visibles à courte distance. Le gouvernail a été arraché et les arbres d'hélices sectionnés. Mais le Mendoza n'a pas pris feu et, tel qu'il est, semble encore pouvoir être remorqué vers Durban si les secours arrivent rapidement.

Las, trente minutes après la première explosion, une deuxième torpille frappe le Mendoza en plein milieu, à bâbord cette fois, au niveau de la passerelle de commandement qui s'effondre. La deuxième cheminée a volé en éclats et un incendie se déclare dans la machinerie et la soute à mazout. Le bâtiment brûle furieusement et un épais nuage de fumée noire s'avance vers les canots qui s'écartent précipitamment.

Dix minutes plus tard, le drame est consommé. Le Mendoza s'enfonce par l'arrière. La proue, dressée vers le ciel disparaît la dernière dans l'Océan, entraînant dans ses flancs des malheureux ayant été tués par les explosions. Le remous est moins violent que prévu d'autant que la houle est apaisée par une épaisse couche de mazout qui s'étale autour des canots. Heureusement, ce mazout n'a pas pris feu car le sort des naufragés aurait été dramatique d'autant que quelques rescapés nagent plus ou moins vigoureusement vers les canots à bord desquels ils sont recueillis tandis que deux ou trois avions survolent les naufragés. Le même appareil, ou un autre, reviendra d'ailleurs à trois reprises jusqu'à la tombée de la nuit.

À aucun moment, le sous-marin ennemi ne s'est manifesté, restant en plongée. Mais les naufragés entendront des explosions sourdes au loin, dans la direction dans laquelle les avions se sont éloignés. Ils apprendront plus tard que les aviateurs ont déclaré avoir attaqué et détruit un sous-marin à l'aide de charges de profondeur.

Plusieurs marins et passagers du Mendoza, blessés ou plus ou moins brûlés, sont embarqués à bord d'un canot où se trouve un médecin. Par miracle aucun français n'est parmi eux. Vingt neuf personnes au total sont à bord du canot n° 9 dont treize français. L'adjudant Louis Balcaen est aperçu, seul sur un minuscule esquif, et il est récupéré à bord du canot n° 9. Les naufragés, rescapés, ont embarqué dans dix canots dont le reste du détachement français, soit dix-sept hommes, dans le numéro 10.

Le canot n° 9 s'approche de celui du capitaine où, en contradiction formelle avec la tradition de la marine, ont pris place tous les officiers du bord au lieu de se répartir dans les diverses chaloupes aux équipages hétéroclites et, pour beaucoup, complètement ignorants des choses de la mer.

À l'aide de sifflet et d'une lampe de signalisation, le capitaine du Mendoza, tente de regrouper tous les canots autour du sien. Il donne ses consignes, qui sont de rester groupés jusqu'à la nuit. Ensuite chacun s'efforcera, individuellement, de faire route, sensiblement à l'ouest, pour rejoindre la côte qui selon lui n'est éloignée que d'une quarantaine de miles[5]. Il demande de faire attention car un fort courant marin, se dirigeant vers le sud-est, risque de les entraîner au-delà de la pointe sud de l'Afrique, en dehors des routes habituellement fréquentées par le trafic maritime. Il précise que le naufrage a eu lieu par 290 20' Sud et 32°19' Est, soit à environ 150 kilomètres au nord-est de Durban et à un peu moins de 80 kilomètres de la côte à vol d'oiseau.

À bord du canot de Murray se trouvent quelques marins anglais. Une voile, de couleur rouge, est hissée et l'un des marins prend la barre. Mais les aviateurs s'apercevront rapidement que ces marins ne savent pas manier le compas. Ce constat leur rend encore plus amère l'absence d'un officier du Mendoza à bord de leur chaloupe. Heureusement qu'il y a, à leur bord, assez de navigateurs confirmé pour lesquels l'utilisation du compas ne présente aucune difficulté. Quelques naufragés prennent les rames et augmentent ainsi la faible vitesse du canot. La nuit tombe et, avec elle, le moral. La houle est forte, il fait froid et les embruns mouillent tout le monde ce qui n'arrange rien.

Quelques passagers ont des hallucinations et, dans le groupe des français, de Grammont déclare bientôt apercevoir les lumières de Manhattan, un quartier de New York[6] où ce volontaire de la première heure, père de trois enfants, vivait avant la guerre en qualité d'attaché à l'Ambassade de France.

Lundi 2 novembre 1942

À l'aube, il fait toujours aussi froid. Le soleil se lève sur une mer agitée. Deux requins les accompagnent depuis le matin et ne les quittent pas des yeux. Deux requins que, malgré leur situation précaire, les naufragés baptisent de manière humoristique Papal et Dudulle. Il ne reste plus autour d'eux qu'un canot qui disparaît bientôt au sud. Un frugal breakfast est distribué : deux petits biscuits secs, une tablette de chocolat et quelques centimètres cubes d'eau plus ou moins saumâtre.

"Certains sont très fatigués, ont le mal de mer et ne peuvent plus ramer. Weber est vert, Lamy découragé, mon ami de MontaI me dit qu'il a hâte d'en finir avec la vie. Forsans tient le coup, moral admirable. Le sergent-chef Carton rouspète mais rame. Les deux Français admirables sont Colcanap et Allain. Colcanap est resté réveillé toute la nuit, ramant sans cesse. Brave petit Bob, si tous les Français étaient bâtis sur ton modèle, nous n'en serions pas là. Allain est le meilleur barreur du bateau, conservant la barre pendant vingt heures. » [7]

L'aspirant Robert Colcanap alias Coco Bob, est le plus jeune des naufragés et n'a que 19 ans et demi. Son camarade, le sergent Julien Allain, 22 ans, est natif de Tahiti et, comme tous les gens de ces îles, habitué à se déplacer sur mer.

Vers 9 heures, un bimoteur passe au loin mais, hélas, sans voir le canot. La journée s'écoule lentement sur une mer balayée par une grosse houle. Pour compliquer la situation, les naufragés s'aperçoivent que le compas est faux d'environ 30 degrés ce qui nécessite une correction de cap.

En fin de journée, un calme inquiétant s'installe car le canot se trouve, semble-il, dans l'œil d'une forte tempête tropicale. Puis, peu après, le vent se lève et la casquette du capitaine d'Hautecourt est emportée.

Cela lui vaudra d'attraper une insolation et de perdre temporairement la vue, source supplémentaire d'angoisse pour un pilote.

Dans la soirée, quelques oiseaux et des libellules sont aperçus, signes que la terre est proche. Colcanap veille à l'avant et Allain tient toujours la barre. Sur un Océan de plus en plus démonté, sur lequel le vent hurle, le canot file toujours vers l'ouest, la voile tendue à craquer sous les nuages bas qui masquent la lune.

Un maigre repas, composé de deux biscuits, deux pruneaux, deux morceaux de chocolat et quelques raisins secs, le tout arrosé d'un peu d'eau, est avalé par les naufragés qui se préparent à passer, tant bien que mal, leur deuxième nuit en mer, seuls avec leur angoisse et leurs malaises.

Mardi 3 novembre 1942

L'aurore se lève sur un tout petit monde éprouvé, transi, affamé, inquiet et pour certains d'entre eux, bien malade. Vers huit heures du matin, la terre est en vue. Un Lockheed Ventura de la South African Air Force (SAAF) survole les naufragés en vol rasant. Enfin, vers 12 heures, une vedette rapide de la SAAF récupère les passagers du canot n° 9 et, à 13 heures, entre dans le port de Durban.

Immédiatement, avec une efficacité toute britannique, les blessés et malades sont emmenés à l'hôpital, tandis que le détachement français est transporté en camion au camp de Clairwood où se trouve implanté le terrain d'aviation. Ils y retrouvent l'adjudant Balcaen.

À Clairwood, les naufragés touchent des vêtements, principalement des shorts blancs, des chemisettes blanches et des chaussures. Ils perçoivent une avance de solde et sont immédiatement logés.

Le soir, alors qu'une tempête se lève, ils se retrouvent au grand hôtel de Durban où ils fêtent leur sauvetage et la chance insigne qu'ils ont d'être encore en vie.

Lecteurs, arrêtez vous un instant sur ces visages encore marqués par l'épreuve qu'ils viennent de subir mais, néanmoins, souriants d'avoir échappé à la mort.

Apprenez que dix de ces quatorze hommes, jeunes pour la plupart, immortalisés par cette photographie, rescapés par miracle du naufrage du Mendoza, ne verront pas le jour de la victoire. Deux, abattus en mission, le vivront derrière les barbelés, en Allemagne.

La mort les avait manqués ce 1er novembre 1942 ; ce n'était que partie remise et elle les rattrapera, en traître, dans le ciel pour la plupart, dans les mois et années à venir.

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Mercredi 4 novembre 1942

À Clairwood, dans la matinée, ils sont rejoints par leurs dix-huit camarades du canot n° 10, tous sains et saufs. Ils ont été récupérés la veille par un ravitailleur d'hydravions de sa Majesté, l'Engadine, parti le matin même de Port Elizabeth pour Durban. Port Elisabeth est situé à vol d'oiseau à environ 700 km au sud de Durban, presque à la pointe méridionale de l'Afrique, côté oriental.

Le canot n° 10 avait fortement dérivé et c'est un miracle qu'il ait été repéré par le navire de sa Majesté.

Ce même jour, les naufragés apprennent avec satisfaction, l'annonce d'une grande victoire britannique en Égypte ; la bataille d'El Alamein a été gagnée, non sans mal et sans perte, sur les troupes du maréchal Rommel. Les forces italo-allemandes battent en retraite après plusieurs semaines d'intenses combats. Mais cette satisfaction est quand même teintée d'amertume, car en fin d'entraînement à l'O.T.U. de Nanyuki, ils savent que si l'état-major Français de Londres, ne les avait pas obligés à regagner la Grande-Bretagne, ils auraient pu, ils auraient du participer à cette bataille historique au sein d'un Squadron Britannique.

Ils apprennent aussi que toutes les embarcations, sauf une, ont été retrouvées, ceci non sans peine, car l'état-major du Mendoza n'avait même pas pris la peine de compter les canots rescapés. Cette faute ne facilita pas, c'est le moins qu'on puisse dire, le travail de recherche du service de sauvetage.

Conclusion

Les Allemands mirent en service 1 162 sous marins dont 764 furent portés disparus pour diverses causes.

Sur les 40 900 hommes embarqués à bord de ces bâtiments, 28 000 furent portés disparus et 5 000 environ fait prisonniers.

Mais, malgré ces énormes pertes, il y eut des volontaires pour servir à bord des U-Boot jusqu'à la fin de la guerre.

Environ 175 bâtiments de guerre et 2 603 navires de commerce furent coulés par l'arme sous-marine allemande : parmi ces derniers se trouvait le Mendoza.

Jean Forsans fit l'essentiel de sa carrière au CEA-DAM-CESTA où il occupait un poste d'ingénieur au service Système. La mission essentielle de cette unité - comme son nom l'indique - était d'élaborer les spécifications de la tête nucléaire compatibles des objectifs du système d'arme, de procéder à des études amont et d'apporter les éléments de fiabilité et de sécurité. Il a pris sa retraite en 1980 et nous a quitté en 2008.     

[1] Nous remercions  Madame Jean Forsans et Jean-Jacques Brémond qui nous ont communiqué les originaux (plus complets) pour la rédaction de ce document.

[2] Le Mendoza a été coulé par le U 178, commandé par le Fregatten-Kapitän Hans Ibberken.

[3] Huit sur dix de l'équipage d'un bombardier de nuit mouraient par appareil abattu. De jour il y avait huit survivants sur dix.

[4] Fondée en 1865 par M. Talabot, directeur de la Compagnie des PLM, (la Société générale des Transports maritimes à vapeur) fit d'abord le trafic avec l'Algérie puis, ensuite créa un service économique avec l'Amérique du Sud. En 1871, elle mit en service sur cette ligne un paquebot de dimensions exceptionnelles pour l'époque : La France (premier du nom) d'une longueur de 130 mètres et d'une largeur de 11,30 mètres. Le Mendoza, de 8 400 tonneaux, fut construit en 1920 par un chantier britannique.

[5] environ 100 km.

[6] New York où il aurait pu, comme beaucoup d'autres le feront, rester confortablement installé en attendant que cela se passe.

[7] Extrait d'un récit écrit par le capitaine Bundervoet d' Hautecourt - notes recueillies auprès de la famille après la guerre par Madame Germaine l'Herbier Montagnon, chef de la mission de recherches et disparus de l'Armée de l'Air - IPSN Croix-Rouge - Service historique de l'Armée de l'Air

Débat entre deux personnalités du Monde de la Recherche

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Les Révolutions aux Frontières du Savoir

M.D.

Les batailles de l´Intelligence ne sont pas toutes du même intérêt, mais l´écoute du brouhaha des media mérite toute notre attention, comme un bruit de fond mêlant diverses voix significatives. De même que nous traversons la vie sans décoder grand chose de la riche symbolique de nos rêves nocturnes quotidiens, de même l´intelligentsia ne médite pas assez les messages du conscient public au quotidien.

M.L.

Les hommes ont toujours appliqué leur intelligence à trouver dans le bruit de l'information (toute l'information, la scientifique comprise) ce qui est un signal utile (c'est à dire : exploitable pour comprendre les choses et développer des moyen d'agir). On pourrait dire que l'homme cherche du sens dans du bruit, si le terme "sens" ne penchait pas trop du coté philosophique et religieux, c'est à dire du coté de l'émotion, alors qu'on voudrait rester objectif et rationnel. Le progrès des connaissances s'est fait en attribuant à des signaux faibles (pour l'époque, uniquement pour l'époque !) une cohérence rendant possible leur compréhension puis leur utilisation. C'est ainsi que naissent les modèles. Après quoi, tous les systèmes qui en sont issus (religieux, philosophiques et politiques, scientifiques et techniques) cherchent à préserver cette cohérence novatrice en négligeant les faits n'entrant pas dans le modèle. Jusqu'au moment où trop de faits contraires accumulés rendent inévitable d'opérer une autre synthèse, d'établir un autre modèle que celui qui suffisait jusqu'à présent. Ainsi en est-il de la baguette des sourciers. On peut vivre sans la comprendre. Il existe d'autres méthodes pour chercher de l'eau, plus techniques et dont le champ d'action est moins ponctuel. Cependant, un scientifique aussi éminent que Rocard (le père) s'est intéressé à cette baguette, d'ailleurs sans résultat autre que susciter à son encontre des réactions méprisantes de la part de l'establishment scientifique. On peut dire qu'il cherchait des signaux dans le brouhaha, et ajouter que les vrais novateurs dérangent puisqu'ils remettent en cause des schémas acceptés en raison de leur utilité (ou de l'habitude qu'on en a).

Quant au terme intelligentsia il est trop chargé de négatif pour qu'il soit bon de l'utiliser ici !

M.D.

Des intellectuels français se sont plaints du simplisme populaire porté par les media (Klein, Étienne. 2004). Cet élitisme multi-millénaire permet que des savoirs anciens et démontrés soient exclus par les sciences officielles : les techniques subtiles des sourciers, de l´homéopathie, des guérisons par les méridiens, les chakras et l´aura… (voir les références en fin de document). Mais ce fait est regrettable, tant il est vrai qu´aucune certitude scientifique ne progresse indépendamment du système de croyance philosophique courant. Ainsi les mouvements populaires de l´écologie puis du commerce équitable prennent lentement du poids face aux Mathématiques des prix Nobel d´économie…

M.L.

Je m'inscris en faux, la science ne progresse qu'indépendamment du système de croyance car ce dernier en se refusant à abandonner ses a priori, refuse la novation qui le dérange. Lucrèce, dans son introduction au "De natura rerum" explique que les Dieux ne s'intéressent pas réellement au monde sensible parce qu'ils vivent dans des sphères éthérées, et qu'on peut donc chercher à comprendre le monde sensible puisqu'on ne risque pas de les déranger (les nymphes quittent les sources, Nérée sort de la mer et Vulcain de sa caverne; l'homme peut regarder le monde et tenter de le comprendre sans risquer l'arbitraire et la vengeance des Dieux). Ce préambule avait pour but de se mettre à l'abri des réactions hostiles des tenants du système local de croyance… Et dans un genre différent, il faut rappeler que Galilée a été condamné parce qu'il affirmait qu'il était dans l'ordre voulu par Dieu que les planètes tournassent autour du soleil. C'est ce "voulu par Dieu" qui l'a fait condamner, lui s'entêtant dans son expression, l'Église disant qu'un simple mortel ne peut connaître la volonté divine.

Par ailleurs, je me méfie du "démontré" quand on l'applique aux dits savoirs anciens. On trouvera autant (ou peut-être plus) de cas d'échecs des sourciers que de réussites éclatantes. Mais, il est dans l'esprit humain de mémoriser facilement ce qui le surprend et d'oublier plus facilement encore ce qui le dérange. C'est ce qui fait le "démontré". Idem pour l'homéopathie, qu'un esprit critique assimilerait volontiers à un effet placebo. Pour les chakras et l'aura, je ne suis pas compétent.

La science est quantitative, au moins dans l'ordre statistique : s'intéresser à un fait, nécessite qu'il soit reproductible à volonté, c'est à dire prédictible, et mesurable, mais au moins il doit "émerger" du bruit de fond et de l'aléatoire. Les quelques savoirs anciens montés en épingle, sont d'une autre catégorie. Quand la danse du chaman n'obtient pas le résultat espéré, c'est seulement que cet homme ne sait pas intéresser les Dieux (on peut donc s'en débarrasser sans vergogne) : explication qualitative là où notre exigence est quantitative. S'appuyer sur des savoirs anciens sans avoir de statistiques sur leurs réussites, ne me satisfait pas.

Quant à l'opposition entre mouvements populaires et prix Nobel, elle ne sert qu'à flatter le populaire car on ne peut confronter des choses de natures différentes. Le Nobel tente de modéliser ce qu'il perçoit, il se hasarde à des prévisions. Les autres tentent de modifier nos comportements (vers plus de prudence vis à vis de notre environnement ou plus d'équité globale), ils font de la politique (au sens noble de l'organisation de la vie de la cité). C'est leur passion qui les pousse à agir. Les dits-mouvements populaires ont un système de valeurs qui néglige ou minimise certains aspects du problème, le Nobel mathématicien tente d'être impartial. Ce sont deux mondes différents. Inutile donc de les opposer.

J-F. E.

À ma connaissance, Einstein a été inspiré dans sa recherche d’une théorie synthétisant tous les acquis scientifiques du XIXe siècle (sur l’électricité, le magnétisme, l’électromagnétisme et la mécanique gravitationnelle) par sa vision métaphysique d’unicité dans tout l’Univers. Proche d’Aristote avec lequel il partage une vision synthétique et unificatrice du monde, Einstein a dit « Je veux connaître les pensées de Dieu ; tout le reste n’est que détail. ». Il a lui-même affirmé que « le sentiment religieux cosmique est le motif le plus puissant et le plus noble de la recherche scientifique ».

M.D.

Penchons nous donc aujourd´hui avec un regard sympathique envers les scientifiques mis au ban des diverses Académies, et confrontons-les aux soucis à long terme des théologiens en même temps qu´aux excitations des média de court terme.

Nous prendrons à cette fin un thème pour chacun des grands domaines scientifiques modernes : la Biologie médicale, la Physique quantique et la Psychologie profonde. Pour la première, le thème de la mémoire de l´eau a fait scandale ; pour la seconde, l´interprétation de Copenhague sur la mécanique quantique fait violence ; pour la troisième, le complexe d´Œdipe interprété à l´encontre de toute rigueur fait encore autorité. Nous proposons que la vigueur, voire la violence, mises par les autorités scientifiques du moment à rejeter la crédulité populaire, par exemple dans la guérison par imposition des mains, révèlent la riche différence des philosophies sous-jacentes, mais certainement pas leurs rationalités respectives, mises ou non sous format mathématique.

M.L.

Pour la Biologie médicale et la mémoire de l'eau, je me contenterai de m'étonner qu'un si petit nombre de molécules restant en solution puisse avoir un si grand effet alors qu'il en existe bien plus dans la Nature et que ces dernières sont sans effet. A voir, en se rappelant toutefois qu'en chimie on connaît l'influence des catalyseurs, qualitative plus que quantitative (mais on explique aujourd'hui le fonctionnement des catalyseurs sans faire appel à du qualitatif). Là encore, le problème est double : celui de la démonstration des affirmations sur les possibilités physiques d'action, celui de l'arbitrage sur l'opportunité de se pencher sur tel problème nouveau alors qu'on n'a pas fini d'exploiter les voies en cours. En tous cas, je préfère éviter l'imposition des mains et l'usage de l'eau bénite, et je ne porte pas d'amulette : efficacité insuffisamment prouvée…

Pour Copenhague, deux problèmes à ne pas confondre :

- nous ne pouvons pas savoir où est la particule mais elle est quelque part, toutefois dans la mesure où le modèle d'une particule (petite bille bien ronde) est encore valable (on peut en chercher d'autres et cela se fait, comme nous y oblige l'expérience d'interférence d'une particule avec elle même);

- "Dieu ne joue pas aux dés", disait Einstein, ce qui est en accord avec notre perception du monde sensible à notre échelle (mais peut-être pas adapté à celle des particules, mot facile à utiliser parce que l'image d'une particule provient de notre expérience courante).

Pour le reste, guérisseurs et psychos en tous genres, je ne suis pas compétent mais je me rappelle ce qu'un médecin ayant longtemps pratiqué en Chine disait de l'acupuncture : on supprime la douleur où et quand on pique, mais le lendemain, il en apparaît une autre ailleurs (sous-entendant que piquer modifie le déséquilibre du corps mais ne le répare pas). Plus généralement, le problème n'est pas le livre de recettes (le comment) mais pourquoi une certaine combinaison marche parfaitement et une autre à peine différente conduit à un raté. Ça peut valoir le Nobel à qui sait regarder une casserole de pâtes.

L'envie –éternelle- de découvrir des explications à ce que nous voyons, ne doit pas conduire à faire appel à des forces obscures, explication non-rationnelle et non-démontrée, pour expliquer ce que nous ne comprenons pas [encore]. Le chamanisme est bien l'exemple de cet appel à des forces obscures et non-maîtrisées.

J-F. E.

Lors d’un séjour récent à l’ESRF (l’installation Synchrotron de Grenoble), j’ai pu mesuré l’importance du dialogue entre les Biologistes, les Physiciens, les Chimistes et les Mathématiciens pour construire et élaborer des thèmes de recherche mettant ainsi en pratique le concept de fertilisation croisée.

M.D.

Avez-vous vérifié la non-véracité des sciences subtiles rejetées par l’establishment ? Quand j’emploie ce mot, j’entends par là que j’en suis issu de cet establishment mais je me suis trompé ; quand j’ai exploré moi-même ce qu’il rejette sans expertise, je m’en suis donc exclu. Et pourquoi donc seule l’interprétation officielle pourrait-elle adhérer à des certitudes invérifiables comme la théorie des super-cordes ?

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M.D.

En préambule, observons que le scientifique est confronté à une poignante interrogation au même titre que tout homme, celle de l´existence de Dieu, et cette question gagne à être abordée explicitement pour ne pas pourrir les débats, car bien des agnostiques vivent dans la peur que certains raisonnements, comme l´éternel débat sur le dualisme cartésien, ne cherchent qu´à déboucher sur la preuve de cette existence. La déclaration du scientifique Teilhard de Chardin, qu´il croyait en Dieu malgré les miracles, est partagée par tous ceux qui croient que Dieu respecte trop la liberté de l´homme pour avoir laissé traîner la possibilité de preuves scientifiques de son existence.

M.L.

Moi, j'aimerais bien que Dieu nous fasse quelques miracles, bien publics, pour nous montrer qu'il s'intéresse à nous. Mais dans le monde si vaste et si vieux, qu'il a à gérer et à maintenir, comment trouverait-il le temps de s'intéresser à des petits animaux, sur une petite planète, tournant autour d'un petit soleil, dans une galaxie tout à fait moyenne ? Au moins, la totale absence de manifestation de sa part, nous laisse libres de faire de la science.

Quant à Teillard, c'est le propre de l'homme de foi qu'il n'a pas besoin de preuves pour croire, il lui suffit d'un pilier (comme Claudel)… Concluons vite : aucun raisonnement, aucun fait expérimental, ne peuvent faire croire à l'existence de Dieu mais espérer que le monde n'est pas fait que de bruits et de fureur, est au cœur de l'homme car si le monde a un sens, notre vie en a un aussi... En plus, ce monde est si merveilleusement réglé qu'on pourrait penser à l'existence d'un grand Ordonnateur. Mais alors, à quoi joue-t-il ?

M.D.

De là l´importance théologique des propos du Christ en tant que le Guérisseur par excellence, référant les patients au constat des Docteurs représentant l´autorité scientifique du moment : les guérisseurs et les docteurs d´aujourd´hui, face au traitement par les média de la tragédie du cancer et des thérapies officielles ou parallèles, font bien de s´en inspirer.

M.L.

Rendons au Christ ce qui est à lui. Il s'est toujours beaucoup fait prier avant de faire quelques miracles. Sa mère pour Cana et ses disciples en d'autres circonstances, ont du le supplier pour qu'il consente à exécuter ses tours de magie. Je suppose que c'est par charité pure qu'il a accepté de les satisfaire, puisqu'il a fait ses miracles sans avoir envie de les faire.

Sur le cancer et les thérapies parallèles, je prendrai l'exemple de la machine de Prioré, guérisseur des temps modernes, c'est à dire : entouré de pseudo-science et de vraie technicité. Elle a certainement guéri quelques souris du cancer mais j'ignore combien elle n'en a pas sauvées. Je me tairai donc sur les guérisseurs, et aussi sur les docteurs, parce que peu parmi eux à l'époque de Prioré n'a voulu en savoir plus (encore le corporatisme de la science officielle). Outre l'inertie de l'esprit humain et son attachement à ses explications acquises, il y avait assez de malade que les voies traditionnelles pouvaient guérir ou prolonger, et assez d'urgences pour ne pas s'attarder à des traitements marginaux. On est là dans un choix d'utilité : préparer le long terme ou faire au mieux avec ce qu'on sait et qu'on a sous la main. Mais quand même, l'empirisme ne mène jamais loin alors que la physique va très au delà du point de départ qui a servi à élaborer une théorie nouvelle.

Quant aux médecines parallèles ou alternatives, il n'y a rien de prouvé, même par leurs défenseurs, lesquels ne font état que de cas particuliers, pas de statistiques à base objective.

M.D.

Au sujet de l´autorité du moment, on accuse vite les papes sur le cas de Galilée, oubliant que c´est un pape qui l´a longtemps protégé des critiques de l´autorité scientifique de l´époque, l´Ínquisition. Quand les media répandent une analogie avec les condamnations par l´Académie de Médecine ou par une publication scientifique, au prorata de la cruauté des mœurs de chaque époque, ont-ils vraiment tort ? Comme souvent ces media se prononcent ainsi à l´occasion fugitive de la sortie d´un livre perçu comme révolutionnaire, n'expriment-ils pas en fait la petite voix de la conscience de la Science, avec ses doutes et son trouble ?

M.L.

Sauf que les média cherchent le sensationnel qui retiendra l'attention des lecteurs, et comme ceux-ci ne sont pas toujours rationnels, les média préfèrent soulever des problèmes qu'aider à les résoudre. La solution dépassant l'information, ils ne s'interrogent pas sur le sens de la vie, ils font de l'info qui paye… Cela dit, le corporatisme de l'Ordre des médecins est désolant. L'importance des médias et de la concurrence, vient du fait que leur libre existence empêche de passer sous silence des faits dérangeants. On peut ne pas s'y intéresser mais on ne peut ignorer qu'ils sont là, identifiés.

M.D.

Depuis Samuel Hahnemann, la mémoire de l´eau, comme la détection de sa polarité avec une tige de sourcier, sont des faits irréfutables, mais comme les limitations des enseignements actuels ne donnent aucune explication, des académiciens nient avec cruauté des faits qui bouleverseraient les Biosciences. En Physique quantique, sans doute l´interprétation de Copenhague est-elle la croyance bloquante, mais elle est la marque du vingtième siècle annonçant la fin du déterminisme scientifique, bien commode pour annoncer la mort de Dieu. La liste des opposants talentueux depuis Einstein est longue (L. de Broglie, E. Schrödinger, D. Bohm, W. Tiller, G. Grössing… voir liste de références en fin de document) qui voulaient préserver pour la Physique l´astreinte et l´autorité de la chose mesurable ; mais le point de vue philosophique de Heisenberg prévaut encore. Le philosophe Jacques Maritain avait bien montré dès 1930 que la prétention des théories physico-mathématiques, de Copenhague pour la mécanique quantique, à imposer une interprétation ontologique biaisée, conduirait à une perception déboussolée du monde…

M.L.

L'interprétation de Copenhague n'est pas la fin du déterminisme (ou du principe de causalité). Celui-ci s'applique très bien à notre échelle, chaos compris, parce qu'il s'agit alors d'effets à caractère pleinement statistique. Ce qui nous dérange tant, provient simplement que nos modèles pour l'infiniment petit sont basés sur des habitudes –on dit des concepts- qui s'appliquent mal à des objets isolés, à des dimensions très différentes. La similitude du langage est trompeuse. La physique quantique fonctionne bien sur les petites échelles et la relativité –pleinement déterministe, je crois- sur les grandes. D'où la question très fondamentale d'établir un modèle unifié rendant compte des deux modèles. Encore qu'avoir un modèle qui fonctionne bien, qui est utilisable et utilisé en pratique, ne signifie pas qu'il correspond à la réalité la plus complexe mais uniquement qu'il a des raccordements tangents à cette dernière, qu'il est satisfaisant et utilisable dans un certain domaine de précision.

Quant à Maritain, qu'il ne supporte pas de perdre ses repères habituels, montre d'une part la force d'inertie de l'esprit humain, d'autre part sa méconnaissance personnelle de la Physique. Bien sûr, certains des concepts novateurs sont franchement dérangeants (Copenhague ou les 11 dimensions des cordes par exemple) mais ce sont des modèles pour représenter le monde, aucun physicien prétend qu'ils sont la réalité. Et en tous cas, la physique quantique n'annonce pas la mort de Dieu, simplement parce que cette donnée n'est pas prise en compte dans la physique. Ne mettons pas de l'émotion là où on cherche le démontré, c'est bien là qu'on biaiserait les propos.

M.D.

Vous devriez relire Werner Heisenberg. "Das Naturbild der heutigen Physik", Hamburg, Rowohlts deutsche Enzyklopädie 8. 1953. Jacques Maritain n’avait pas rêvé, et Heisenberg était bien devenu un acteur de la conquête nazi.

M.D.

La désaffection des Sciences doit être interprétée comme le rejet de tels amalgames : il faut s´empresser de remettre à leurs places respectives la philosophie de la Nature et la métaphysique d´une part, les mathématiques et domaines du savoir d´autre part, pour encadrer les domaines de l´action, à commencer par l´ingénierie. Pour avoir trop tardé à libérer les intelligences, la Bastille de l´interprétation de Copenhague va maintenant être confrontée à la loi de Moore, selon laquelle les ingénieurs de la microélectronique renversent inlassablement les obstacles á la miniaturisation depuis trente-cinq ans.

M.L.

La loi de Moore n'a rien d'immuable, elle est purement empirique et statistique, et on approche de ses limites quand les longueurs de diffusion des porteurs sont du même ordre que les dimensions physiques des zones semi-conductrices, ce qui est pour bientôt. C'est pourquoi on commence à parler d'électronique et de composants quantiques (probablement par une image plus que par du fondamental).

J-F. E.

Pour répondre à ce défi, les physiciens du XXe siècle ont retenu le concept de champ de matière quantique. A chaque particule correspond un quantum de champ. Il n’existe plus de dualité onde-particule, chère à Louis De Broglie. Les particules sont des manifestations de la réalité sous-jacente des champs. Comme les champs ne sont rien d’autre que des états de l’espace (ou du vide), une particule et son anti-particule peuvent acquérir une existence virtuelle en un point de l’espace-temps. Lorsqu’une particule est piégée dans un espace limité (entre deux discontinuités de potentiel, par exemple) de l’ordre du nanomètre (10-9 mètre ou 10 Angströms), elle ne pourra posséder une plus grande longueur d’onde que l’espace limité au nanomètre soit une énergie cinétique de particule supérieure à 1 électron-volt (i.e. 10-19 joule). Donc, pour une énergie électronique inférieure à 1 électron-volt (cas des électrons libres de se déplacer dans les différentes couches atomiques d’un transistor), la particule devient quasi-virtuelle car sa longueur d’onde est supérieure à l’espace limité et il n’est plus parlé que de probabilité de présence dans cet espace-temps. Il faut cesser de raisonner dans l’espace de Fourier pour se placer dans le domaine de l’espace-temps. Ce qui signifie, pour ma part, que le principe d’incertitude d’Heisenberg n’est pas un mur théorique mais plutôt une frontière au-delà de laquelle, il faut réviser notre approche analytique pour faire application d’une approche quantique en terme de probabilité d’amplitude.

M.D.

Mais la désaffection des Sciences doit être interprétée à l´inverse comme la préférence pour les domaines de l´action, efficaces mais bafoués par les Sciences officielles. Les échecs de la médecine allopathique ne permettent plus au Conseil de l´Ordre de contrer les techniques ancestrales des guérisseurs qui, modernisées, remettent en vigueur l´efficacité du Qi Qong et autres approches énergétiques. De même, la contestation de l´emprise du Freudisme, malgré son paroxysme au déclenchement de la libération sexuelle, s´explique simplement par son échec à résoudre efficacement les problèmes psychologiques. L´interprétation de l´Œdipe par la symbolique de la Psychologie profonde est bien plus universelle que celle imposée par la personnalité de Sigmund Freud et acceptée par une société en quête de sexuel.

M.L.

Freud a été une étape dans la découverte du rôle de l'imaginaire et de l'inconscient sur les comportements. Il a en fait ouvert des voies de compréhension des mécanismes qui gouvernent l'humain, mais depuis il y eu quelques progrès dans la libération de l'esprit. C'est comme toujours, Freud expliquant bien certains problèmes, tout perfectionnement des connaissances doit intégrer une part des idées antérieures, et Freud a une petite chance de survivre. Je n'irai pas plus loin, je ne suis pas expert en la matière…

M.D.

En bref, les Mathématiques ne prennent de sens qu´en complément à une Philosophie de la nature encadrant un domaine du savoir fondé sur des faits, que ce soit la Physique quantique, avec la non-localité chère aux guérisseurs, que ce soit la Biologie, avec la causalité de forme (R. Sheldrake), ou la Psychologie avec la synchronicité (C. G. Jung, J. Arraj) chère aux psychistes…

M.L.

Refusé ! Les Mathématiques définissent des objets en s'inspirant du réel, après quoi (souvent longtemps après mais le mouvement scientifique a bien accéléré pendant le dernier siècle) on peut réinvestir grâce à elles dans les modélisations du réel. Ca ne leur donne pas du sens mais de l'utilité. Elles constituent une science en soi, un objet (ou une classe) d'études en soi, elles ont leur sens propre. Elles ont l'utilité d'apprendre la logique, la rigueur et le raisonnement, méthodes qu'on peut appliquer à l'étude du monde réel. Elles offrent des outils dont chacun fait ce qu'il veut. Cependant, il est clair que les travaux scientifiques, dans quelque branche que ce soit, font de plus en plus appel à des techniques mises au point dans d'autres branches du savoir. Peut-être dit-on cela en raison d'une classification des sciences simplificatrice pour l'esprit humain mais réductrice d'une réalité beaucoup plus complexe. Dans cette image implicite, disons que toutes les sciences font appel aux outils mis au point dans les branches voisines, mêmes les Mathématiques puisqu'elles font appel à l'informatique pour démontrer des conjectures (dans certains domaines).

Et qu'est-ce donc que la "non-localité chère aux guérisseurs" ?

M.D.

Vous avez une perception restreinte de l’invention mathématique qui est une inspiration de l’inconscient collectif, tout autant qu’une œuvre d’art, et non pas une tâche d’un besogneux isolé. C’est d’ailleurs très bien rendu par F. de Closets. Voir aussi sur ce sujet Bergson, Bachelard, ou Jung.

J-F. E.

Il est vrai que la biologie est loin d’avoir assimilé les avancées de la physique. Les biologistes moléculaires continuent de raisonner avec une logique mécaniste. S’inspirant des avancées de la physique dans le domaine de la théorie des champs, par les travaux d’Einstein, et de la mécanique quantique, par les travaux de Planck, Bohr et al., la théorie des champs morphiques de Sheldrake s’inscrit dans une continuité évolutive en biologie. A contrario, pendant mon séjour à l’ESRF, j’ai vécu une expérience unique prouvant que les Biologistes aussi intégraient maintenant ces nouveaux concepts de champs quantiques dans leurs démarches. En effet, au cours de notre expérience commune, physiciens, chimistes, spectroscopistes, laseriste ont mis en évidence pour la première fois au moyen de Rayons X l’interaction de champs quantiques photoniques avec les champs quantiques des particules (atomes et électrons) constituant une molécule biologique du vivant : celle d’hémoglobine.

Poursuivons sur l’hypothèse de Sheldrake qui est celle de la causalité morphique. Il suppose l’action d’un champ physique particulier qu’il appelle champ morphique Une même espèce ou une même entité (moléculaire ou autres) verra son comportement modifié par celui des autres placés dans les mêmes conditions circonstancielles suite à un phénomène de résonance morphique. L’hypothèse de la causalité morphique suggère que la mémoire est inhérente à la nature. Les phénomènes de télépathie résulterait de cette propriété des espèces vivantes (voir réf S. Carfantan, 2005). L’hypothèse de la causalité formative rejoint directement la théorie de l’inconscient collectif de C.G. Jung.

De même, l’histoire de la synchronicité est aussi vieille que l’humanité. Ce concept rassemble toutes les méthodes interprétatives établissant des relations entre des "signes" (astraux, cartes, numéros, etc., et le destin des gens. Le premier chercheurs intéressé à ces problèmes au XXe siècle fut Kammerer, l’autrichien qui étudia la loi des séries. Le psychologue C.G. Jung ainsi que W. Pauli (le prix Nobel) furent très influencés par les recherches de Kammerer. Après application de ce concept pour aider à soigner des patients, il fut appliqué en biologie, en physique (par exemple, l’explication des fractales temporelles) et dans les arts. Ce qui est dérangeant, c’est que les coïncidences dans ces phénomènes régis par la loi des Séries sont l’antithèse du principe de causalité. Dans ce cas, comme tout ce qui n’est pas causal n’est pas scientifique, ces phénomènes sont rejetés comme ayant des liens avec la parapsychologie.

M.L.

Les dits savoirs anciens sont constitués de recueils de recette à appliquer strictement, ils ne disent que comment. C'est de l'Alchimie. Le vrai savoir consiste à expliquer le pourquoi des choses, de manière objective, répétitive et mesurable pour que les faits soient indiscutables. Il est vrai que la physique quantique montre que mesurer déforme l'objet mesuré, la réalité, et qu'on ne peut accéder directement à cette dernière. Oui, mais il reste toujours possible de faire des corrections qui nous en rapprochent et de mettre au point des méthodes d'approche plus subtiles, moins déformantes. Quant aux Mathématiques, elles sont parfois hermétiques mais elles permettent de corréler les faits et les grandeurs, ce en quoi elles sont irremplaçables. Quant aux progrès des Sciences, ils sont toujours dus à l'attention portée à un/des fait/s inhabituel/s, dérangeant/s parce que répétitif/s : les faits sont têtus. On peut certes ne pas s'y intéresser s'ils ne sont pas trop nombreux, et si on n'a pas de génie, mais tôt ou tard il faut leur donner une place. C'est ce qui a été souvent tenté pour divers dits-savoirs, la lecture de l'avenir en est un bon exemple, mais sans succès.

Cet article fait réagir mais je vois mal ce qu'il cherche. Les Médias, les mouvements populaires et le Nobel d'économétrie, la "crédulité populaire", les agnostiques, l'imposition des mains et l'existence de Dieu, etc… mon Dieu, quel amalgame informe !

M.D.

Quant à attribuer à l’échelle quantique une vertu particulière vis à vis de la perturbation par la mesure, il faut y regarder à deux fois : c’est à cause de cette même perturbation qu’il avait fallu, bien avant elle, inventer la déconvolution, et le démon de Maxwell a toujours été dans nos consciences.

Commentaires

M.L.

En conclusion, pour le fond, il est clair qu'il reste des faits troublants, et à diverses échelles (celle de l'univers, celle de l'homme, celle des particules) : la science n'est pas terminée. Encore faut-il examiner ces faits avec objectivité, c'est à dire avec des mesures chiffrées, d'abord sur leurs occurrences, ensuite sur leurs effets, enfin sur leurs causes.

M.D.

Face à la tristement célèbre injonction de Paul Dirac aux Physiciens qui a permis une telle durée de vie à l'interprétation de Copenhague, "Fermes-la et calcules" ("Shut-up and compute"), adoptons plutôt le plus Einsteinien précepte : "Médites et expérimentes" ("Ponder and experiment").

J-F. E.

Quoi qu'il en soit, la vie et l'existence de l'univers restent toujours pleine de mystères. Les limites de la connaissance sont repoussées aux Frontières du Savoir auxquelles les scientifiques se confrontent quotidiennement. Cela implique-t-il d'investir aussi dans l'étude de sujets "exotiques" et "irrationnels" ?  Pour le bénéfice de l’homme, il est nécessaire parfois de s’engager dans des voies de recherche peu ou pas éclairées. Comme on ne peut pas tout faire, il arrive que, grâce à des initiatives personnelles, ces espaces peu éclairés soient explorés ! mais qu’il soit pris soin au préalable de demander des cautions extérieures pour bénéficier d’une certaine fertilisation croisée riche de potentialité et de succès. Si rien n’est trouvé, personne ne pourra le reprocher à ces solitaires !

Références sur les chakras et les auras

Henri Bergson, L'énergie spirituelle, 1919, PUF-Quadrige.

Barbara Ann Brennan, Hands of Light : a guide to Healing through the Human Energy Field, Bantam Books. 1988

Michel Y. Depeyrot, The Vacuum is a mathematically Complex Ether, Private communication to Jacques Benveniste, October 3, 2004

Michel Y. Depeyrot, Experiments with the Memory of Water for the Negationist, April 2006, To be published in the Journal of "NAET, Energetics & Complementary Medicine", 2007

Valerie V. Hunt, Infinite Mind : Science of the Human Vibrations of Consciousness, Malibu Publishing, 1996

William Tiller, The Prism experiment, Science and human transformation : Subtle Energies, Intentionality and Consciousness, Pavior, 1997.

Ambika Wauters, Chakras and Their Archetypes : Uniting Energy Awareness and Spiritual Growth, Crossing Press, 1997

Références sur la psychanalyse freudienne et les psychothérapies

Joan Chodorow, Encountering Jung : on active imagination, Random House, 1997.

Robert Desoille, Exploration de l'affectivité subconsciente par la méthode du rêve éveillé ; J.L.L. d'Artrey, Marie-Clothilde, une psychothérapie par le RED, Payot ; Entretien sur le RED en psychothérapie, Payot, 1973

Elio Frattaroli, Healing the Soul in the age of the Brain: becoming conscious in an unconscious world, Viking Penguin, 2001

Sigmund Freud, The essentials of psycho-analysis: the definitive collection of his writings, Penguin Books, 1986 ; Leonardo da Vinci and a Memory of his Childhood, TheBookCom, Horsham, 1910

Richard Friedman,  Jennifer I.Downey, Sexual Orientation and Psychoanalysis, Columbia University Press, 2002

Jean-Joseph Goux, Œdipe, Philosophe, Aubier, 1990

André Green, Les chaînes d’Éros : actualité du sexuel, Odile Jacob, 1997

James Hillman, The Soul’s code : in search of character and calling, 1986

Allan J. Hobson, Dreaming, Oxford, 2002

Jolande Jacobi, Complex, Archetype, Symbol in the Psychology of C. G. Jung, Bollingen series LVII. 195

Références sur les Sciences

Valerie V. Hunt, W. Massey, R. Weinberg, R. Bruyere, P. Hahn, Project report : a study of structural integration from Neuromuscular, Energy Fields, and Emotional approaches, UCLA. 1977.

Ron M. Bracewell, The Fourier Transform and its applications, McGraw Hill, 1965

Serge Carfantan, Philosophie et Spiritualité, Recherche sur l’Intelligence formelle dans la Nature, 2005

Isaac L. Chang, Michael A. Nielsen, Quantum Computation and Quantum Information, Cambridge University Press, 2000

Michel Y. Depeyrot, Linear System Identification using real-time deconvolution, IEEE Transactions on Computers, Volume C-19. # 12. December 1970

Brian Greene, The elegant universe, Vintage Books, Random House, 1999

Gerhard Grössing, Quantum Cybernetics, Springer-Verlag, 2000

Gerhard Grössing, From classical Hamiltonian flow to Quantum Theory : derivation of the Schrödinger equation, AINS.

Étienne  Klein, Les batailles de l'intelligence, Études n° 4011-2. pp. 5-8, juillet-août 2004.

Hugh H. Skilling, Fundamentals of Electric waves, John Wiley, 1948

Jean-François Éloy, Michel Y. Depeyrot, Nanometer Range: a new theoretical challenge for microelectronics and optoelectronics, Microelectronics Journal, 37, pp. 630-634, 2006.

Voir dans Goldstein sur la "Bohmian Mechanics" 

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