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Un corbeau nommé Philoucorbeau6

 

 

par René Labrot

Je voudrais parler plus en détail de mon copain de jeunesse préféré, Philibert. Philou, c’est un corbeau apprivoisé ! … Nous l’avons pris tout jeune, juste avant qu’il ne quitte son nid perché au sommet du grand châtaignier. Philou s’est très vite apprivoisé, vivant en toute liberté, dans et autour de la maison. Il connaît tous les animaux de la ferme : les chèvres et les brebis, les poules et le coq, les lapins, les cochons (il n’apprécie pas beaucoup la « tuade », pourtant jour de fête à la maison !), Noiraud le mulet (il traîne la charrette remplie des récoltes jusqu’à la maison), Coquet le cheval blanc (le dimanche, attelé au char-à-bancs – notre carrosse – il nous emmène promener vers les bourgades environnantes ; bien sûr Philou est de la sortie).

Il s’est très vite familiarisé avec les chats et les chattes de la maison : Timothée, Halloween, Aristo, Diabolo. Mais son favori, c’est Joli Cœur, le petit dernier.

    C’est un petit chat blanc effronté comme un page !

    Quand on met devant lui sa soucoupe de lait, il boit,

    Bougeant la queue et sans faire de pause,

    Il ne relève enfin son joli museau blanc

    Que lorsqu’il a passé sa langue sèche et rose

    Partout, bien proprement débarbouillé le plat ».

    Extrait de « Le petit chat » d’Edmond Rostand

Le meilleur copain de Philou, c’est Dick, le chien de berger, un labrit. Perché sur son dos, il passe de longs moments à le débarrasser de ses parasites : poux, puces, tiques (ces redoutables bestioles qui transmettent une maladie très grave, la piroplasmose). Lorsque Dick a envie de se reposer, il se couche, lové sur lui-même. Philou a compris : c’est l’heure de la sieste, son lit est fait, il peut venir se coucher. L’un sur l’autre, ils passent ainsi de longues heures à dormir ensemble.

Dick, c’est un très bon chien de berger, un auxiliaire précieux pour la garde des troupeaux de chèvres et de brebis. Mais c’est aussi un excellent chien de chasse ! Lorsque mon père va travailler dans les champs, il l’accompagne souvent, suivi comme son ombre par son fidèle Philou. Il capture assez souvent quelques lapins. Mais son gibier préféré, c’est le lièvre. Tiens, cette nuit, un bouquin est venu boulotter quelques plans de salades et de petits pois. Dick ne tarde pas à relever sa voie. Il part sur sa trace en aboyant régulièrement, accompagné de Philou. Il ne lâche que rarement sa proie… Voilà bientôt deux heures qu’il est parti, on n’entend plus sa voix… Voilà les aboiements qui reviennent, du côté du Dévesse.

Mon père a compris ! Muni de son fusil, il va se poster au point de passage, au carrefour des Quatre Vios. C’est Philou qui arrive en premier. Le lièvre ne va pascorbeau1 tarder ! Pan ! Un joli capucin au sac ! Mon père ne le ramasse jamais avant de l’avoir fait sentir à Dick et à Philou. Voilà un beau civet pour dimanche prochain ! Bien sûr Dick et Philou auront leur part.

Selon la saison, Philou se gave de fruits : figues, prunes, poires, kakis, framboises, fraises, raisins, cerises. Il aide mon père pour la cueillette des cerises. « Attention papa ! Ne va pas te casser la figure au sommet de ton échalas ! » C’est

Philou qui se charge de cueillir les bouquets de cerises aux extrémités des plus hautes branches. Dans les prés, il capture des sauterelles, des grillons, des papillons, des mouches, des moustiques, les « légrémis » (petits lézards gris) qui viennent se dorer au soleil, sur les pierres. Il passe de longs moments au bord du ruisseau. Immobile, les pattes dans l’eau, il parvient à capturer quelques têtards et quelques vairons.

Il n’aime pas les gros lézards verts, ni les serpents. Une grosse couleuvre est en train de se dorer au soleil sur un rocher. Tellement grosse, la Dame, qu’on dirait un boa ! Philou vient faire le « Saint-Esprit » au-dessus d’elle, en poussant de méchants croassements. Elle ne tarde pas à déguerpir pour aller se réfugier dans sa cache.

Philou a ses habitudes :

    - il est très propre ! Chaque matin, été comme hiver, il prend son bain dans la bassine d’eau que nous lui avons préparée. Ensuite, il va se sécher sur le mur du balcon, en se lissant les plumes ;

   - son menu préféré ? Un gros morceau de fromage, le plus fort possible : picodon de chèvre, bleu d’Auvergne, roquefort. Avant d’écrire sa fable, Le Corbeau et le Renard, Jean de La Fontaine avait, de toute évidence, bien observé la nature ;

   - lorsque mon père enfourche sa moto pour aller dans la bourgade voisine, il le suit. Mais Philou n’aime pas la ville ! Dès les premières maisons, il fait demi-tour et retourne au village pour retrouver ses marques ;

    - son perchoir préféré, c’est le clocher de l’église située à proximité de la maison. Depuis son belvédère, il surveille tout ce qui se passe dans le village. Rien ne peut échapper à sa vue perçante. Perché au sommet du clocher de l’église, Philou, c’est le « Seigneur », peut-être plus près du Bon Dieu que le curé lui-même ! Le bruit de la grosse cloche ne lui fait pas peur. Chaque dimanche, il est le premier à la messe. De là-haut, il compte ses ouailles : « Tiens, la Marinou n’est pas là ce matin ? Elle doit être malade, peut-être grippée. Il faudra que je pousse un petit vol jusqu’au Hyvières pour prendre de ses nouvelles. »

corbeau2Pour chaque enterrement, il joue le maître de cérémonie, tout de noir vêtu, naturellement ! Ce sont essentiellement les femmes, accompagnées de leurs enfants, qui participent à l’office dominical. Pendant ce temps, les hommes se retrouvent au bistrot, chez le Jules et la Berthe. Là, ils échangent les nouvelles du pays et tentent de refaire le monde, leur verre de pastis à la main. Attention ! Jamais du Ricard ! Uniquement du pastis « maison » fait avec de la « blanche », leur eau de vie !

Un matin, crime de lèse-majesté ! Pendant la nuit, en cours de migration, une grosse cigogne s’est arrêtée sur le clocher de l’église pour se reposer. « Pas question, ma belle ! » Philou la prend aussitôt en chasse et la poursuit en direction du nord. Le soir, à la tombée de la nuit, il n’est pas rentré. Nous sommes inquiets. Il ne reviendra que 48 heures plus tard. Complètement exténué, il ne quittera pratiquement pas la maison pendant une semaine. Jusqu’où a-t-il pu poursuivre la cigogne blanche ? Quand même pas jusque dans sa lointaine Alsace !

Philou n’aime pas les intrus. Voilà une grosse buse qui vient tourner autour du village, sans doute avec l’intention de chaparder quelque poulet qui vit en liberté. Gardien du village, il considère que c’est son devoir de la chasser. Avec son vol beaucoup plus rapide et plus souple, il ne tarde pas à la mettre en fuite.

Philou a une phobie : le noir !

    - Un vol de corneilles vient tourner autour du village. Il ne tarde pas à les faire déguerpir.

    - Le chat noir du Marcel, le voisin, n’a qu’à bien se tenir. D’ailleurs, il a compris, depuis longtemps, il ne se hasarde plus aux abords de la maison.

    - En haut de l’escalier, les plumes ébouriffées, il pousse des croassements rauques. On a compris ! C’est le curé ou la sœur qui viennent nous rendre visite. Impressionnant ! les visiteurs hésitent à monter l'escalier.

Il ne sympathise pas avec les autres corbeaux du secteur. D’ailleurs, il n’a jamais songé à fonder un foyer. Pourquoi s’encombrer d’une femelle de sa race, alors qu’il se trouve très bien à vivre ainsi, dans son foyer d’adoption ?

Joueur, Philou aime bien faire quelques plaisanteries. Ses « cibles » préférées, ce sont les « mémés » du village : il faut bien pimenter un peu leurs journées monotones.corbeau8

    - Sur son balcon, la Pauline épluche des petites patates qu’elle met ensuite dans un plat posé sur le mur de son balcon. Il faut qu’elle s’absente un moment pour aller surveiller la cuisson de son poulet. Philou en profite. Une à une, il prend les patates et les jette dans la cour où picorent les poules. Quand Pauline revient, le plat est vide ; elle n’a plus qu’à recommencer !

    - Même chose avec les pruneaux que la Marcelle fait sécher sur un grillage, dans son pré. Dès qu’elle a le dos tourné, Philou prend un malin plaisir à les jeter dans l’herbe. Pas très contente la Marcelle !

    - Voilà la mère Phine, avec son fichu noir, qui déambule dans la rue qui passe devant la maison. Philou vient la survoler, puis lui pique sur la tête en lui donnant un petit coup de bec au passage. Le temps qu’elle réagisse, Philou s’est évanoui dans la nature. Un tantinet facétieux, voire un peu roublard, mais pas du tout filou, Philou ! C’est juste pour s’amuser un peu !

Au village, la réputation de Philou n’est plus à faire. Il est connu comme le « loup blanc ». Il participe à la plupart des loisirs, avec les copains du village :

    - les parties de pétanque, de foot, de hand ;

    - les balades en vélo ;

    - les baignades dans l’Ardèche ;

    - la pêche à la truite et la capture des écrevisses. Il adore venir chercher des champignons avec moi. Lorsque j’ai oublié un cèpe, il volète au-dessus de lui, sans « rien dire ». Il a compris qu’il fallait être discret afin de ne pas dévoiler nos « places » aux autres chercheurs.

corbeau5Lorsque je me risque à mes premiers flirts avec les filles du pays, Philou n’est pas loin ; il surveille nos ébats ; il connaît bien Cri-Cri, un temps ma favorite. Très discret, il ne « vend jamais la mèche » auprès de mes parents. Cependant, il ne manifeste pas un enthousiasme débordant envers mes petites conquêtes. Et si l’une d’elles venait à lui « piquer » son maître ? « Rassure-toi Philou ! Je suis encore jeune, ce ne sont que des amourettes passagères ! Toi, tu es mon copain pour la vie ! » Les meilleurs copains de Philou, ce sont les joueurs de pétanque qui, chaque week-end, viennent faire leurs partie dans la cour de l’école, transformée en boulodrome. Il est aux premières loges : le balcon de la maison surplombe la cour de l’école. Mais pour suivre les parties de plus près, il descend dans la cour. Á chaque mène, il se déplace du côté du bouchon. Si, lors d’un tir, le « cochonnet » est éjecté du jeu, c’est lui qui va le chercher et le ramène dans le terrain. Il connaît toutes les vedettes : le Kéké, le Loulou, le Chalinde (Noël en patois), le Georges, le Gaby, le Bertou, le Paulo, le Roger, le Lili, le Guste. Attention ! Personne ne peut l’attraper ; seuls les membres de la famille peuvent le faire. Tiens, l’un des joueurs est en manque de cigarettes ! Il sort une pièce de monnaie de sa poche. Philou a compris ! La pièce de monnaie dans le bec, il s’en va frapper à la fenêtre du bar-tabac. La Berthe le connaît bien ! Elle ouvre la fenêtre et tend le paquet de cigarettes à Philou qui le prend dans son bec et retourne dare-dare au jeu de boules. Il ne se trompe jamais. C’est toujours à celui qui lui a « passé commande » qu’il remet le paquet de Gauloises. Parfois, il éprouve quelques scrupules à se faire ainsi le complice du vice. « Quel plaisir peuvent-ils prendre à tirer ainsi sur leurs clopes ? D’autant plus qu’ils savent très bien que c’est mauvais pour leur santé ! Certains poussent même le vice jusqu’à fumer de l’Amsterdamer ! Quelle horreur ! Ça pue ! »

Philou est très bon prévisionniste météo :corbeau7

    - il ne se laisse jamais surprendre par l’orage, aussi soudain soit-il ;

    - lorsque le vent du Midi forcit et que le ciel « crasse » du côté des sommets du Tanargue, c’est signe de pluie. Bien à l’abri sous le toit de la terrasse, il attend la fin des intempéries ;

    - lorsqu’il sent que l’hiver va arriver, il change ses habitudes. La nuit, il va coucher dans l’écurie, bien au chaud, à côté des chèvres et des brebis.

Quand le froid devient plus intense, il passe la majeure partie de ses journées dans la maison : dans la cuisine, près du fourneau ; dans la salle à manger, en face de la grande cheminée où, jour et nuit, se consument de grosses bûches de chêne et de châtaignier. Il n’aime pas l’hiver, ni la neige. Sur les paysages enneigés, finie la discrétion : il fait tache ! Tout le village semble endormi. Les pétanqueurs ont déserté la cour de l’école pour aller se réfugier au bistrot. Là, tout l’après-midi, ils « tapent » leurs parties de belote, bien au chaud, à côté de leur(s) verre(s) de Clinton, le vin rouge du pays. « Putain ! qu’il est bon mon « canon » de Clinton ! Jamais je ne le changerais contre un verre de Côtes du Rhône ! Je préfèrerais boire de l’eau minérale du Vernet ! Même si ça me coupe un peu les jambes ! » (dixit G. Ollier).

Vivement le printemps et le retour des hirondelles. Paradoxalement, bien que vêtues de noir (avec un plastron blanc, cependant) les hirondelles, ce sont ses copines. Dès la mi-mars, il les attend. Il sait qu’à quelques jours près, quelles que soient les conditions météo, elles seront fidèles à leur rendez-vous. Philou les aide à construire leur nid, sous le toit de la terrasse : il leur apporte des brindilles, des bouts d’herbe sèche, de la mousse. « Attention les chats ! Le nid d’hirondelles, c’est un sanctuaire ! Pas question de toucher aux oisillons ! Je veille au grain ! »

Un jour, on frôle le drame. Il essuie un coup de fusil, tiré par un braconnier imbécile. Il est sérieusement blessé. Mai, bien soigné, nous réussirons à le remettre sur pattes. Cependant, il gardera toute sa vie un petit handicap : une légère déformation de l’aile gauche. Mon père se fâchera tout rouge avec ce fusillot irresponsable, venu de la bourgade voisine. Désormais, il lui interdira de venir braconner sur ses terres.

Enfin, par une triste matinée de novembre, grise et brumeuse, Philou « décidera » de nous quitter. Depuis quelques temps, il n’a plus son entrain habituel, il mange moins, il quitte moins souvent la maison. Il meurt subitement entre mes bras. Quel choc ! Nous le pleurerons tous à chaudes larmes. Dans ma vie, j’ai apprivoisé d’autres oiseaux (grive, merle, pie, geai, autres corbeaux), j’ai soigné d’autres oiseaux blessés avant de les relâcher dans la nature (buse, palombe, courlis cendré, oie bernache). Mais, jamais, je n’ai rencontré un oiseau aussi intelligent que Philou.

« Salut Philou ! Salut l’ami ! »

Association humanitaire au Burkina Faso : un ancien du Cesta nous raconte ...Suite

par Claude Saubignac

 

J’avais dans le Bulletin de liaison ARCEA-CESTA n°37 d’octobre 2006 fait part de ma démarche personnelle pour tenter de vivre au mieux ma retraite. Je m’étais alors engagé auprès d’uneLogopapMamou Solidarité Partage association humanitaire de taille modeste souhaitant pouvoir ainsi mesurer mon apport à cet organisme. On peut retrouver cet article dans le bulletin de l’ARCEA-CESTA rubrique des bulletins « Claude Saubignac : un ancien du Cesta nous raconte » ou sur Google en tapant mon nom.

Ce nouvel article fait suite au premier, il donne des nouvelles de l’association ainsi que de ma modeste personne, retraitée du CESTA, installée dans des opérations de coopération avec le Burkina Faso.

Quelle est la motivation profonde des membres de notre association ? Elle est très personnelle c’est évident et solidement ancrée en nous. Car comment expliquer alors les sacrifices financiers consentis, les difficultés rencontrées localement sur le plan santé, l’inconfort matériel des séjours, la déception de ne pouvoir aider toutes et tous dans leurs besoins les plus immédiats. Le plus décourageant lors de rencontres avec certaines personnes c’est de s’entendre dire : « Qu’allez-vous faire en Afrique alors qu’il y a tant et tant de besoins chez nous ? ». Impulsivement il m’arrive de rétorquer que je suis surpris de cet état de fait car dans notre pays il n’y a que des gens intelligents et capables et que l’on prend soin pour éviter ces tristes constatations d’envoyer nos dirigeants dans une école dite d’administration. Il est évident qu’avec ce type de réponse on ne se fait pas beaucoup d’amis.

Pour mesurer notre engagement nous avons fait participer Jean-Marie MAQUIN, membre du bureau de l’ARCEA-CESTA et de notre association, à l’une de nos missions au Burkina. Je pense qu’avec Madame ils en ont retiré des sensations fortes.

En 2014, notre association existe toujours et continue à intervenir au Burkina Faso. Elle a par contre accru ses activités car elle œuvre maintenant sur deux sites différents. L’initial est situé dans l’aire sanitaire de Siralo, commune de Safané province du Mouhoun. Cette aire comprend 7 villages peuplés de 8000 habitants. Notre présence constante depuis 14 ans auprès de ces broussards défavorisés et les actions entreprises pour améliorer leurs conditions de vie nous ont attiré la considération du Conseil Général de Gironde (CG33) qui a fait de nous une association de référence. Nous avons alors été sollicités par lui afin d’établir un plan d’aide triennal au profit du village nommé Souroukoudingan, particulièrement dans le besoin, de la commune de Karenkasso-Semblat province du Houet, zone habituelle d’action du Conseil Général. Ce partenariat a donné lieu à la signature d’une convention entre les deux parties dans laquelle le CG33 est désigné comme le Maître d’Ouvrage et Mamou Solidarité Partage comme Maître d’Œuvre.

 Notre équipe s’est un peu renouvelée mais elle est restée fidèle à sa devise « Aimer, Comprendre, Aider ». Nous avons du fait de notre présence sur deux sites distants de 265 km modifié notre mode de vie. Pour gagner un peu de temps nous ne montons plus notre camp de toile au milieu du village de Siralo ce qui nous coupe un peu de la population. Nous sommes hébergés dans une mission catholique qui met à notre disposition sa cuisine, les repas sont pris en commun avec les prêtres, le Bénédicité surprend toujours certains d’entre nous ! En fin de séjour nous sommes à Souroukoudingan, nous prenons nos quartiers au centre d’accueil missionnaire de Bobo-Dioulasso en pension complète ce qui nous permet de récupérer un peu avant de rentrer.

En 14 ans de présence au Burkina Faso l’association a connu deux époques différentes.

Les premières années on a vraiment travaillé dans l’humanitaire donc dans l’urgence, il n’y avait rien !! Les problèmes étaient nombreux, tous les membres en mission s’employaient à fond et quand ils rentraient chez eux ils étaient satisfaits d’avoir pu participer à de tels gestes de solidarité. Nos interventions n’étaient pas ou peu programmées, elles dépendaient du ressenti de chacun et de nos possibilités financières du moment. L’association n’avait à cette époque comme interlocuteur local que le préfet qui gérait alors un territoire très important. Toute action se révélait utile et obtenait son aval.

Le Burkina petit à petit s’est structuré administrativement, nous en avons pris conscience lors de la mission de novembre 2007. Nous emmenions toujours avec nous des médicaments que nous récoltions auprès de certains services de santé ou auprès de patriciens. Cette année-là nous en avions 17 cartons destinés aux plus démunis. Stupeur et désarroi : la douane nous les a confisqués à l’aéroport sous prétexte que c’était interdit ! Renseignements pris c’était exact. En effet le pays s’était doté d’une institution la CAMEG chargée de gérer ce problème de gestion et d’approvisionnement, cela correspondait à plusieurs soucis dont deux très importants : éviter que ces médicaments importés ne se vendent dans la rue ou bien qu’ils soient mal utilisés dans les centres de soins par un personnel non qualifié. Nous avons alors plaidé notre bonne foi auprès de la douane centrale et du ministère de la santé, devant notre promesse de s’abstenir désormais d’importer des médicaments sans autorisation, nous avons pu récupérer notre bien. Ici se situe une anecdote qui, si elle me fait encore sourire, m’avait fort éprouvé alors, le document délivré par le ministère nous donnant l’autorisation de récupérer ces colis auprès de la douane devait comporter outre la signature du docteur responsable le cachet du ministère. Au moment de l’apposition du cachet salvateur le fonctionnaire chargé de ce travail s’est aperçu que le dit tampon était sec et impossible pour lui de trouver l’encreur! Ce maudit tampon refusait de laisser une trace visible, nous avons eu recours à notre vice-présidente qui après s’être humecté plusieurs fois la bouche avec de l’eau et en lui soufflant dessus a ainsi réussi à obtenir une image acceptable de ce fameux cachet officiel.

Des assemblées territoriales ont été mises en place. Des maires récemment élus gèrent désormais des communes importantes comportant plusieurs dizaines de villages. Une des constantes de tous les maires c’est qu’ils veulent être maîtres chez eux ce qui nous oblige à travailler différemment. Nous établissons des projets qui sont dorénavant présentés à la municipalité. Nous sommes passés de l’humanitaire à la coopération, il n’est plus question de s’investir suivant son bon vouloir.

Aire sanitaire de Siralo

Sur le plan santé l’aire possède une maternité, un dispensaire, une pharmacie, elle est autonome sur le plan médical et la gestion des médicaments. Notre aide consiste à les appuyer en période de vaccinations, veiller au bon état de l’éclairage et parfaire leurs connaissances.

Pour ce dernier point nous les avons équipés d’un lecteur de DVD et d’un moniteur. Un deuxième centre de soins a été créé à Kiensere, village de l’aire pour permettre un accès aux soins plus aisé, les pistes étant difficilement praticables et souvent coupées en période de pluie. Notre association, quant à elle, alimente un fond d’aide aux indigents afin qu’ils puissent accéder aux soins ainsi qu’aux médicaments.

Au niveau scolaire en 2004 nous avions fait une analyse complète de la situation, notre aide structurée aux écoles a démarré à la rentrée 2005-2006. Elle concerne, l’entretien des bâtiments, le mobilier scolaire, le matériel pédagogique, les fournitures habituelles en livres, cahiers, crayons, ardoises etc. Nous avons amélioré sensiblement la qualité de l’enseignement en leur fournissant des cartes géographiques de l’Afrique et du Burkina Faso ainsi que 9 cartes scientifiques recto verso, des boussoles, des pendules, des décamètres, des chronomètres et enfin des balances avec des poids étalons. Cette dernière dotation les aidants à s’affranchir du commerce de détail qui se fait encore dans certains endroits avec des boites de conserve ou à la poignée. En dernier lieu nous aidons à l’achat de vivres au profit de la cuisine scolaire, les enfants ayant un repas chaud le midi. Cette année 2011 nous avons investi 8 000 € au profit des six écoles, certains d’entre vous nous ont aidés dans notre démarche.

Depuis la rentrée 2005-2006 les effectifs scolaires ont augmenté de 80 %. Si ce chiffre nous conforte dans notre démarche par contre cela induit de nouveaux problèmes. Les classes à 2 niveaux (CP1-CP2, CE1-CE2, CM1-CM2) se trouvent surchargées et à terme il faudra toutes les dédoubler. Ceci implique de nouveaux locaux et leur équipement en mobilier, en matériel pédagogique, la nomination de nouveaux instituteurs et la construction de logements qui leur soient dédiés. C’est une nouvelle étape difficile qui s’annonce.

Nous avions pensé procurer quelques subsides aux caisses des écoles, par le biais des parents d’élève, en développant l’apiculture. Cette activité, que nous voulions modeste en un premier temps, s’est assoupie. Le formateur choisi était incompétent, les parents d’élèves changeant au gré des scolarités n’ont pas transmis à leurs successeurs leur peu de savoir en la matière. Notre copie sur le sujet est à revoir.

Sur les recommandations de nos médicaux, pour éviter l’avitaminose des populations, nous avons créé des potagers dans les villages. Le manque de connaissance au niveau de la culture des légumes, de leur préparation, l’adaptation des goûts, la rareté des semences et leur prix élevé etc.…ont demandé un certain temps d’adaptation. Toutefois tous les villages possèdent maintenant leur potager, celui de Siralo est le plus avancé. Grâce au creusement de plusieurs puits par les agriculteurs l’arrosage s’effectue à l’aide de deux motopompes, une partie de la production est vendue sur les marchés.

Le Projet Triennal de Souroukoudingan

Ce projet couvrait les années 2001 à 2013 et prévoyait :

  - la création d’un potager, d’une activité karité et d’une activité apiculture avec tous les équipements et bâtiments nécessaires à l’exercice de ces activités ainsi qu’une formation spécifique pour chaque équipe, par un organisme officiel, pour chaque équipe ;

  - la construction d’un pré-bâtiment santé réservé aux causeries, aux formations et aux vaccinations ;

  - la construction de logements pour les instituteurs ;

   - la construction de latrines pour l’école.

Le CG 33 a décidé de poursuivre son aide à ce village en 2014 et 2015, beaucoup de choses restent à faire :

   - l’extension du potager nécessite une adduction d’eau importante ;

   - l’étude de la construction de bâtiments en terre crue ;

   - l’étude avec le Ministère de la santé de la construction d’une maternité et à terme de l’implantation d’un centre de soins.

Malgré notre expérience du terrain nous avons toujours quelques aventures hors du commun, permettez-moi que je vous en narre au moins deux.

afrique1 mLes dégâtsLors de mon précédent article j’avais raconté l’histoire d’une crevaison survenue de nuit et ses conséquences. Nous avionsafrique2 mLes dépanneurs alors édicté une règle qui interdisait de rouler la nuit et que tout le monde respectait. Cette fois ci nous rendions visite à un village fort retiré des grandes pistes et difficile d’accès. À l’aller évidemment nous avons crevé, un clou ; pas de souci, nous avions une roue de secours en état. La visite s’est bien passée et nous avons quitté ce village tôt pour être rentré avant la nuit à notre base. Le diable étant là où on ne l’attend pas nous avons à nouveau crevé ! Plus de roue de secours : il fallait appeler à l’aide, un villageois est arrivé avec sa moto et a embarqué notre correspondant local ainsi que la roue à réparer.

Les dépanneurs

Cette réparation devait avoir lieu dans un village situé sur la grande piste, pour nous il fallait tout simplement attendre. Au bout d’un certain temps qui nous a paru une éternité, notre chauffeur a reçu un appel téléphonique (le réseau passe partout !) qui a déclenché son hilarité malgré les circonstances. En fait nos dépanneurs avaient eux aussi crevé et étaient parvenus à la grande piste en afrique4 mProchaine règle : « ne jamais s’embarquer sans biscuits »poussant leur moto, une tierce personne circulant sur celle-ci venait de prendre en charge la roue et notre correspondant pour les amener au village. Pour nous l’attente se prolongeait, nous n’avions plus d’eau, pas de vêtement chaud, ni nourriture, nous étions partis la fleur au fusil. Enfin la dite tierce personne très aimablement nous a ramené la roue salvatrice qui a été remontée à la lueur des portables. Nous sommes repartis difficilement dans notre chemin en souhaitant de ne pas crever à nouveau.

 

afrique5 mLa cérémonieEn juillet 2007 deux de nos membres s’étaient mariés en France et je ne sais plus lequel de l’équipe avait eu l’idée saugrenue de vouloir les « marier » à la mode africaine lors de la mission suivante de novembre. Sur le moment je pense que cela m’a fait sourire, la suite a été plus difficile à assumer. Le jour venu, nos deux amis, qui n’étaient pas dans le secret, entourés de tous les membres de notre association ont vu arriver les officiants du rite. À leur grande surprise, ils ontafrique6 mIl y avait de la poussière !!! alors compris qu’ils étaient les acteurs d’une pièce peu commune. Ce fut un grand moment de convivialité, les africains ont participé avec conviction à ce qui semblait être très sérieux.

Il y avait de la poussière !!!

Dès la fin de la « cérémonie » les tamtams se sont déchainés et surprise nous avons vu arriver à notre campement la quasi-totalité du village qui venait fêter l’évènement! Nous n’avions pour la circonstance qu’une bouteille de Sauternes et un petit bocal de foie gras, et rien à offrir à cette cohorte de gens sympathiques.

Après des danses endiablées il a fallu renvoyer tout ce monde chez soi, imaginez mon embarras ! J’ignore si j’ai été très diplomate mais ennuyé surement. L’histoire ne s’arrête pas là, en effet le lendemain les gendarmes et policiers ainsi que les collègues de l’infirmier major des centres de soin des alentours m’ont reproché de ne pas les avoir invités à ce mariage peu commun et surtout à notre petit extra….par quel mystère savaient-ils qu’il y avait du Sauternes ? Le tam-tam sans doute.

Les déplacements à travers le pays sont problématiques en raison de l’état des routes, des pistes ainsi que des véhicules, leurs locations sont hors de prix pour une association telle que la nôtre. Nous possédions depuis plusieurs années un Peugeot J5 qui nous avait été rétrocédé par une association agenaise. Quasiment en fin de vie quand nous en avons pris possession nous avons réussi à le maintenir en état plusieurs années. Il nous fallait songer à le remplacer car il menaçait ruine. Une bonne fée veillait sur nous, le président du Rassemblement Pédagogique Inter Communal de Lignan de Bazas nous a offert son véhicule 9 places dont il n’avait plus l’utilité. Une véritable aubaine pour nous mais encore fallait-il l’acheminer au Burkina Faso! L’expédier par bateau était une solution mais nous ne pouvions pas le charger de matériel car celui-ci est régulièrement pillé. La deuxième solution consistait à le descendre par la route. Après de multiples discussions, c’est ce qui fut décidé, cinq membres (deux femmes et trois hommes) se proposant pour effectuer l’opération. En dehors de soucis de tous ordres, administratifs, logistiques, se posait la question sécuritaire car il fallait traverser le Maroc, la Mauritanie, le Mali. Des contacts ont été établis avec les ambassades de France de ces pays pour signaler le passage de notre convoi. Les différents services de police de Mauritanie et du Mali donnaient pour consignes de pas s’arrêter en dehors des villes et villages, en cas de panne de ne pas sortir du véhicule en attendant que la police arrive et sécurise le lieu, de ne pas s’arrêter si quelqu’un était allongé sur la route ou faisait signe de stopper même s’il portait un uniforme de policier! Aucun incident à ce niveau, même lors de la traversée de Bamako en plein désordre. Ce samedi 4 février la ville était déserte ! Ce fut un grand soulagement de savoir notre équipe quasiment arrivée.

Un tel voyage de 6 280 km par la route, départ le lundi 23 janvier 2012 et arrivée au Burkina Faso le dimanche 5 février 2012, ne s’effectue pas sans quelques anecdotes.

afrique7 m                 Contrôle de vitesseTout d’abord au Maroc notre minibus a été contrôlé pour un minime excès de vitesse, par des policiers équipés d’un radar

allemand. Vive l’Europe ! À chaque passage de frontière il fallait prendre une assurance locale pour le véhicule. En Mauritanie nos « randonneurs » s’étaient trompés dans le décompte du temps de présence sur le territoire. Lors d’un nème contrôle routier, un policier a constaté la carence en la matière et intrigué par la présence d’une femme au volant a demandé à celle-ci de l’accompagner au poste. S’est alors engagé un marchandage animé et épique : contravention contre mon blouson vert en toile, que je leur avais prêté pour le voyage, et contre quelques tee-shirts de l’association.

Le marché conclu, notre vice-présidente a repris le volant encouragée par les paroles du chef de poste « Tu sais nous en Mauritanie on n’aime pas brusquer les femmes, on sait qu’elles sont sensibles. Allez va et bonne route », elle lui a « emprunté » alors son cheich en souvenir de cette journée peu ordinaire.

Entrée au Burkina Faso par le poste frontière de Koloko

L’association est toujours très active, par contre elle est constamment en quête d’aides financières pas faciles à obtenir en ce moment. L’équipe en place pour récolter de l’argent participe activement à différentes manifestations : vente d’artisanat, adhésions, recherche de dons, etc.

Cette quête est une tâche difficile et absorbe une grosse partie de notre énergie.

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Elle recherche aussi des membres bénévoles pour réaliser ses nombreux projets ; elle accueille avec plaisir toutes les bonnesafrique9 mEntrée au Burkina Faso par le poste frontière de Koloko volontés susceptibles d’initier et de gérer ceux-ci. Certains sont en cours. On peut en citer deux : création d’une bibliothèque estudiantine et fabrication locale de cardeuses manuelles.

La commune de Safané, qui regroupe 40 villages, possède un collège et un lycée. Ces élèves ont peu ou pas de supports livresques et pas Internet bien sûr ; ils sont très demandeurs de dictionnaires divers pour leur permettre d’étudier les langues étrangères et en particulier de se perfectionner en français par le biais du Scrabble. Un entrepreneur de la région, les Grés de Gascogne de Le Barp, expédiant des machines au Burkina nous a proposé de la place dans son conteneur ; nous y avons casé 90 caisses de dictionnaires, d’encyclopédies, de romans, de revues telles que Geo, Sciences et Vie….La gestion locale est déjà sur pied.

Les femmes utilisent des cardeuses manuelles pour carder le coton. Ces outils sont rares et souvent de mauvaise qualité, l’activité est aléatoire en raison de leur pénurie. Nous voulons donc pouvoir en fabriquer localement, la découverte au Maroc d’un industriel fabricant de tapis à aiguilles devrait nous permettre de « monter » ces cardeuses, ce qui créerait un regain d’activité important.

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Notre projet phare reste la création d’une meunerie pour soulager le travail des femmes et la création d’emplois. Il sera parallèlement exposé dans une autre rubrique du bulletin des retraités

Beaucoup d’efforts et d’investissements de notre part pour venir en aide à ces gens. En retour cela nous permet de relativiser bien des choses et de trouver que la France est un beau pays et que beaucoup de ses habitants l’ignorent.


 

Charles Petitjean : pilote d’hélicoptère

par Pierre Couesnon

 

Charles Petitjean est né à Tunis le 15 juillet 1914. Avec son frère de quatre ans son aîné, pupilles de la Nation d’un père capitaine d’infanterie mort au champ d’honneur en 1915, il vit uneimage5 enfance heureuse et choyée à Paris entre une mère et un père en deuxième noce très unis. Toute sa jeunesse, il rêvera de voyage et de découverte du monde. À l’issue de brillantes études au lycée Henri IV, il intègre l’École centrale et se spécialise en aéronautique, sa passion. Peu après sa sortie, c’est la mobilisation : il est incorporé en septembre 1939 à l’école d’artillerie de Fontainebleau et est nommé sous-lieutenant de réserve. Intéressé par les voilures tournantes qui sont alors à leurs débuts dans l’armée de Terre pour le réglage des tirs d’artillerie, il devient élève pilote d’autogyre d’artillerie et est breveté en août 1940. Démobilisé en Algérie, il sert dans les chantiers de jeunesse. Après le débarquement allié en Algérie fin 1942, il reprend les armes, est nommé lieutenant de réserve en mars 1943 et est affecté à l’artillerie de la 7e division. Il n’y reste pas longtemps, car en août 1943, il est muté à la section d’avions d’observation à Lourmel, toujours en Algérie, comme observateur pilote. C’est dans cette école qu’il devient pilote de Piper Cub dont allait être dotée l’artillerie pour les réglages de tirs. En août 1944, lors du débarquement de Provence, il est affecté comme chef de la 46e section d’observation aérienne d’artillerie du 1er corps d’armée et participe aux campagnes de France et d’Allemagne. Jusqu’en mai 1945, il totalise 70 missions de guerre en 100 heures de vol . Plusieurs fois cité, il reçoit la Légion d’honneur en juin 1945.

En septembre 1945, il est intégré dans l’armée d’active comme lieutenant et est affecté au cours pratique d’observation aérienne d’artillerie de Wachenheim (région de Mayence). Il est nommé capitaine en octobre 1946. Il fait ensuite partie du groupe de trois pilotes d’avion détaché à l’école d’hélicoptères Fenwick d’Issy-les-Moulineaux et suit le stage de pilote puis de moniteur pilote d’hélicoptère sur Bell 47 D à Toussus-le-Noble. Le 1er janvier 1954, il devient le premier titulaire du brevet d’hélicoptère de l’armée de Terre, qui vient d’être créé, et par là même, le pionnier de l’aventure des hélicoptères dans l’armée. C’est d’ailleurs fin 1953 que l’armée acquiert ses premiers hélicoptères. En juin 1954, il est affecté au groupe d’hélicoptère n° 1 à Satory. Le 22 novembre 1954, l’Aviation légère d’observation d’artillerie (ALOA) devient l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT). En avril 1955, il est désigné pour convoyer en Algérie, via l’Espagne, des Sikorsky H19/S 55 que l’armée vient d’acquérir.

image1En septembre 1945, il est intégré dans l’armée d’active comme lieutenant et est affecté au cours pratique d’observation aérienne d’artillerie de Wachenheim (région de Mayence). Il est nommé capitaine en octobre 1946. Il fait ensuite partie du groupe de trois pilotes d’avion détaché à l’école d’hélicoptères Fenwick d’Issy-les-Moulineaux et suit le stage de pilote puis de moniteur pilote d’hélicoptère sur Bell 47 D à Toussus-le-Noble. Le 1er janvier 1954, il devient le premier titulaire du brevet d’hélicoptère de l’armée de Terre, qui vient d’être créé, et par là même, le pionnier de l’aventure des hélicoptères dans l’armée. C’est d’ailleurs fin 1953 que l’armée acquiert ses premiers hélicoptères. En juin 1954, il est affecté au groupe d’hélicoptère n° 1 à Satory. Le 22 novembre 1954, l’Aviation légère d’observation d’artillerie (ALOA) devient l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT). En avril 1955, il est désigné pour convoyer en Algérie, via l’Espagne, des Sikorsky H19/S 55 que l’armée vient d’acquérir.

C’est peu après cette mission qu’il est désigné, compte tenu de son expérience et de ses compétences, pour une mission aux Kerguelen. En effet, le ministère des Armées a été sollicité pour mettre en œuvre un hélicoptère à bord de l’aviso hydrographe Lapérouse afin de soutenir la mission du colonel Robert Genty chargé de valider l’emplacement d’un futur aérodrome aux Kerguelen et d’en tracer les pistes. C’est ainsi qu’il effectue un premier séjour aux Kerguelen du 3 février au 9 mars 1956 avec un hélicoptère Hiller 360. Il est accompagné du lieutenant Jean Argouet, second pilote, du maréchal des logis-chef Jacques Ducasse, mécaniciens du service du matériel.

À son retour, il est affecté au groupe d’hélicoptères n° 3 à Fès au Maroc. Mais en septembre 1956, il est désigné comme conseiller technique pour laimage2 préparation et la direction de la mission française en Terre Adélie dans le cadre de l’Année géophysique internationale (AGI). Il s’embarque à bord du navire norvégien Norsel à Hobart (Tasmanie) avec un hélicoptère Bell 47 G2, assisté du maréchal des logis-chef Yves Buhot-Launay, second pilote, du maréchal des logis-chef Marc Jardi et du maréchal des logis René Renard, mécaniciens. En Terre Adélie, du 23 décembre 1956 au 7 février 1957, 170 heures de vol sont effectuées et plus de 100 tonnes de matériel transportées entre le bateau, le continent et l’Île des Pétrels où est construite la base sous la responsabilité de Robert Guillard. À son retour, il est nommé chef d’escadron et promu Officier de la Légion d’honneur. Il rejoint à Fès son unité devenue groupe d’aviation de l’armée de Terre n° 4. En octobre 1957, il est muté au groupe d’expérimentation de l’ALAT à Satory en même temps qu’il est désigné pour une mission dans l’archipel Crozet, de nouveau sous la direction du colonel Genty, avant de repartir pour une nouvelle mission en Terre Adélie.

Du 30 octobre au 1er décembre 1957, avec un hélicoptère Djinn SO 1221 embarqué à bord du Gallieni, le navire de ravitaillement des terres australes françaises, il effectue une mission photographique pour la recherche de l’emplacement de la future base de l’Ile de la Possession et la cartographie de l’archipel Crozet puis de certains sites aux Kerguelen. Il est alors assisté du lieutenant André Morel, second pilote et du maréchal des logis Jean-Marie Michel, mécanicien.

Tout juste revenu de son périple dans les terres australes, il s’embarque pour la Terre Adélie via la Nouvelle-Zélande toujours à bord du Norsel avec un Bell 47 G2. L’adjudant Pierre Berthe second pilote, l’adjudant-chef Stanislas Fikowski et l’adjudant Georges Ostrowski, mécaniciens, l’accompagnent. Durant leur présence en Terre Adélie du 8 janvier au 7 février 1958, 108 tonnes de matériels sont transportés et 86 heures de vol effectuées.

C’est lui qui assurera à nouveau le soutien aérien de la campagne suivante en Terre Adélie, de janvier à février 1959, durant laquelle deux Djinn SO 1221 S sont mis en œuvre pour la dernière mission de l’AGI. Il est assisté pour cette mission du capitaine André Toupelin de la Doilière, pilote, du sergent-chef Charles Alaterre, pilote et des maréchaux des logis-chefs Jean-Marie Michel et Jean Aresten, mécaniciens. Durant cette mission, 137 heures de vol sont effectuées et 200 tonnes de matériels transportées. Cette mission sera la dernière du chef d’escadron Petitjean en Terre Adélie. Durant ces campagnes d’été de l’AGI, il image4noue des liens d’amitié très solides avec Paul-Émile Victor et Robert Guillard, le chef des opérations sur le terrain. L’un et l’autre apprécient l’homme, ses remarquables compétences techniques et son art du pilotage dans des conditions météorologiques particulièrement difficiles surtout à cause du vent. À son retour en métropole, il prend le commandement du groupe d’expérimentation de l’ALAT à Satory où il avait déjà servi, puis en décembre 1960, celui du groupe d’hélicoptères n° 2 à Sétif en Algérie. Il participe aux opérations et totalise plus de 500 heures de vol opérationnel. En janvier 1963, il est affecté à l’état-major de l’ALAT à Paris, puis à la section technique de l’armée avant d’être détaché à la Direction technique et industrielle de l’aéronautique  le 1er mai 1963.

C’est lui qui assurera à nouveau le soutien aérien de la campagne suivante en Terre Adélie, de janvier à février 1959, durant image3laquelle deux Djinn SO 1221 S sont mis en œuvre pour la dernière mission de l’AGI. Il est assisté pour cette mission du capitaine André Toupelin de la Doilière, pilote, du sergent-chef Charles Alaterre, pilote et des maréchaux des logis-chefs Jean-Marie Michel et Jean Aresten, mécaniciens. Durant cette mission, 137 heures de vol sont effectuées et 200 tonnes de matériels transportées. Cette mission sera la dernière du chef d’escadron Petitjean en Terre Adélie. Durant ces campagnes d’été de l’AGI, il noue des liens d’amitié très solides avec Paul-Émile Victor et Robert Guillard, le chef des opérations sur le terrain. L’un et l’autre apprécient l’homme, ses remarquables compétences techniques et son art du pilotage dans des conditions météorologiques particulièrement difficiles surtout à cause du vent.

À son retour en métropole, il prend le commandement du groupe d’expérimentation de l’ALAT à Satory où il avait déjà servi, puis en décembre 1960, celui du groupe d’hélicoptères n° 2 à Sétif en Algérie. Il participe aux opérations et totalise plus de 500 heures de vol opérationnel. En janvier 1963, il est affecté à l’état-major de l’ALAT à Paris, puis à la section technique de l’armée avant d’être détaché à la Direction technique et industrielle de l’aéronautique  le 1er mai 1963.

Il quitte l’armée en 1964 comme lieutenant-colonel et intègre la direction des armements militaires au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). En 1965, il épouse une infirmière (DE) qu’il avait rencontrée en Algérie où elle effectuait une mission. Ils auront trois enfants. Ils s’installent la même année à Lacanau de Mios, proche du site où il travaille. Dans le cadre de son activité, il effectue de nombreuses missions à Mururoa et dans le Sahara.

Réponses à un petit fils…

Éléments d’un débat sur l’électricité nucléaire

par Bernard Miltenberger

 

Mon petit fils m’a demandé cet été : « Dis Grand Père, pourquoi on dit qu’il serait mieux pour nous que l’on ne « fabrique plus » d’électricité nucléaire ? Pourtant c’est le progrès. »

S’il vous arrive de telles questions, voila les antisèches que je me suis faites pour répondre à mon jeune curieux. Bien sûr, tous ne seront pas d’accord avec mes positions, mais le jeune homme m’a paru intéressé par les réponses que je lui avais préparées.

Introduction

Avant de se battre sur l’intérêt ou non d’une utilisation de la fission nucléaire pour produire de l’électricité il est indispensable de prendre conscience d’un certain nombre d’attendus et d’évidences, ne serait ce que pour « relativiser » la pertinence d’un tel débat.

Attendu n°1 : la part de l’énergie électrique dans la consommation d’énergie n’est que de 30 à 40% du total consommé en France. Le nucléaire, produisant 75% de l’électricité nationale, n’intervient donc que pour moins de 30% dans le débat sur la « transition énergétique », 70% des besoins ne sont pas concernés par la question du nucléaire.

Attendu n°2 : La production d’électricité ne satisfait qu’aux besoins énergétiques « à poste », ceux qui nécessitent « une prise de courant » (éclairage, chauffage, besoins domestiques, ordinateurs, moteurs fixes de quelques dizaines de chevaux vapeur…). Sauf pour le TGV, tout besoin impliquant mobilité ou déplacement n’est pas couvert par l’électricité fournie par les centrales (tant que les véhicules électriques n’ont pas pris un hypothétique relais). Ceci éclaire le chiffre de 70% précédent.

Attendu n°3 : A ce jour on ne sait produire de l’électricité qu’en faisant tourner des dynamos. Seules les technologies ont évoluées depuis la découverte de l’électromagnétisme, pas les principes de production d’électricité. (Cette affirmation est à pondérer par les quelques difficiles avancées de l’électrochimie et des recherches sur la conversion de l’énergie solaire, deux voies de production d’avenir encore bloquées par l’absence de résultats significatifs pour une exploitation intensive et rentable). La véritable transition énergétique se situerait dans l’avènement de ces nouveaux principes.

Attendu n°4 : Faire bouillir de l’eau grâce à la chaleur dégagée par la fission atomique apparait « démesuré ». Une telle outrance ne peut se justifier que par une notion de « coût-efficacité » du combustible.

Attendu n°5 : Le parc de centrales nucléaires français existe et couvre 70% de la production nationale, il serait stupide de le fermer.

Attendu n° 6 : La fission de l’atome restera longtemps encore un mystère pour le grand public, assorti d’une peur liée à son caractère « menaçant » (Hiroshima d’abord, Tchernobyl et Fukushima ensuite), et invisible. Des liens conscients ou inconscients associent le nucléaire avec une autre grande peur, celle des cancers, surtout lorsqu’ils sont prétendus capables d’hypothéquer les générations suivantes. Une telle puissance, cachée au coeur de la matière inerte, est ressentie comme « interdite » à l’homme car touchant aux fondamentaux de la nature réservés aux dieux. L’atome c’est le feu divin. Il y a du mythe de Prométhée dans ce ressenti, aucune plaidoirie, fut elle logiquement ou scientifiquement incontestable, ne peut véritablement combattre cet inconscient collectif.

Avantages et inconvénients de la production par le nucléaire

Avantages et inconvénients de la production par le nucléaire

Avantage 1 : Les quantités à brûler pour faire tourner les turbines

Une centrale nucléaire de 1000 MW nécessite chaque année quelques 100 à 200 tonnes d'uranium naturel pour fournir de l'électricité à un million de personnes environ.

Une centrale au charbon de la même taille nécessiterait la combustion de plus de deux millions de tonnes de charbon, une centrale au fioul de 1.400.000 tonnes d'huile lourde, et une centrale à gaz moderne de prés d’un million de tonnes de gaz naturel. On note que les quantités de matière à bruler pour une même production d’électricité sont de 5 à 10.000 fois plus faibles, c’est le même rapport qui se retrouvera sur la masse des déchets (pas de même nature il est vrai, et totalement évacués sous forme gazeuse nocive pour le fioul et le charbon).

La densité énergétique élevée de l'uranium et le volume comparativement très faible des déchets radioactifs engendrés expliquent en premier lieu pourquoi – conjointement avec le solaire, l'hydraulique et l'éolien – l'énergie nucléaire est la mieux placée par rapport aux autres techniques actuelles de production d'électricité sous l'angle de l'impact global sur l'environnement.

Avantage 2 : La pérennité et le coût

S’il y a un débat sur la dépendance nationale (ou non) des approvisionnements de matière nucléaire, il n’y en a pas sur la pérennité, les réserves mondiales assurant des milliers d’années de consommation. Les coûts (économiques et humains) d’extraction et de mise en condition du combustible nucléaire sont de plusieurs ordres de grandeurs inférieurs aux autres combustibles (cf. les nombreux accidents dans les mines de charbon depuis un siècle et encore de nos jours).

Par contre le coût de réalisation d’une centrale nucléaire se trouve être, lui, de plusieurs ordres de grandeurs supérieur à celui d’une centrale classique. Ce terme n’intervient dans le débat que pour les centrales à créer (l’investissement étant amorti pour les centrales existantes), et doit prendre en compte le coût de fonctionnement et la durée de vie de chaque technologie. Ce que l’on peut retenir c’est qu’au stade actuel le bilan économique de l’existant ne fait pas apparaitre de différences notables entre les modes de production (certains estiment même que le prix du KW nucléaire serait de 20 à30% inférieur à celui du KW classique).

La durée de vie des centrales est à ce jour inconnue. Elle n’est limitée que par le vieillissement par irradiation des matériaux de la cuve contenant le combustible, phénomène sur lequel les études n’ont pu apporter aucune conclusion définitive, au delà du constat expérimental actuel de l’absence de dégradations après 40 années de fonctionnement. Les règles de « péremption » administratives (mondiales et nationales) ont de ce fait tendance à prolonger régulièrement les autorisations de fonctionnement.

Avantage 3 : Les rejets atmosphériques

Inutile d’insister sur ce point qui n’est mis en cause par personne, les centrales nucléaires en fonctionnement normal « n’émettent » que de la vapeur d’eau.

Inconvénient 1 : La gestion des déchets

On retrouve quasiment toute la masse du combustible nucléaire en déchets appelés « produits de fission » puisqu’ils résultent de l’éclatement des atomes lourds initiaux (uranium) en deux ou trois atomes finaux et fortement instables (radioactifs donc).

Ils ont l’avantage de rester confinés dans les barreaux utilisés. Leur activité radioactive dépend essentiellement de leur « stabilité » mesurée aussi par leur durée de vie. On peut dire que les déchets les plus actifs (ceux qui produisent les rayonnements les plus nocifs énergétiquement) sont ceux qui s’éteindront le plus vite (déchets à vie courte : quelques mois à quelques années), les moins actifs (faibles, voire très faibles en terme de rayonnements) eux ne s’éteindront que dans des centaines, voire des milliers d’années.

Aucune autre véritable solution que le stockage n’a été proposée pour « gérer » ces résidus de fission. L’alternative au stockage, qui consisterait à les « diluer » jusqu’à un niveau de concentration non nocif pour les organismes vivants, et à les disperser dans un environnement choisi (dans l’espace par exemple) n’a pas été jugée « convenable » (risque de dérapage illégaux ? difficulté de contrôle des niveaux dispersés…).

Reste à savoir si les inquiétudes et craintes liées à cette gestion retenue des déchets par stockage sont fondées. Les risques associés sont essentiellement chimiques (ces produits tuent plus vite par empoisonnement que par irradiation, et à des doses souvent 1000 fois inférieures à celles capables de générer une pathologie par irradiation) et pourtant les oppositions ne mettent en avant que le risque d’irradiation. On retrouve ici la peur de l’invisible et la méfiance vis à vis du « non compris ».

On stocke (ou on dilue et disperse) pourtant bien d’autres types de déchets chimiques dangereux et l’on dispose pourtant de l’expérience « déjà réalisée par les militaires » d’une dilution atmosphérique de plusieurs dizaines de tonnes de produits de fission lors des essais nucléaires aériens, et du stockage par enfouissement de quantités équivalentes lors des tirs nucléaires souterrains. Le recul sur les effets de ces « gestions de déchets » est de plus d’un demi-siècle (argumentation provocatrice) et pourtant la poubelle nucléaire continue de faire plus peur que toute autre poubelle générée par notre société technologique, alors qu’elle n’en qu’une dangereuse parmi les autres.

Inconvénient 2 : les problèmes de sécurité

On demande à l’industrie nucléaire des niveaux de sécurité, vis-à-vis d’éventuelles configurations accidentelles, bien plus exigeants que pour toute autres technologies. La question est de savoir pourquoi ?

Exiger, pour une technologie, des précautions particulières se justifie généralement par deux critères :

- la technologie est par nature « accidentogène » ;

- les conséquences d’un accident créé par la technologie sont réputées insupportables.

Qu’en est-il de ces deux critères pour la technologie nucléaire, et comment la situer, de ce point de vue, par rapport à d’autres technologies ? Répondre à cette question sans parti pris ni cynisme est difficile, tant il est vrai que les arguments strictement « factuels » ne peuvent s’opposer à la « foi populaire ».

Le nucléaire est-il « accidentogène » ?

La réponse est dans les chiffres, soit : 3 accidents en 40 ans. On peut comparer ce chiffre aux nombres de ruptures de barrages hydrauliques, d'explosions d’usines chimiques (ou autres), de crashes d’avions, de naufrages maritimes, etc.

Quelles sont les conséquences d’un accident grave de centrale nucléaire ?

Seuls les accidents avec dissémination de combustible ou de déchets sont susceptibles de conséquences importantes. Dans tous les autres cas les risques sur les populations et l’environnement seront limités et maitrisés. Toutefois, même dans le cas d’une situation telle que celles vécues à Tchernobyl ou Fukushima, les bilans humains restent très inférieurs à ceux d’autres catastrophes ou accidents industriels, voir à ceux supportés dans nos vies normales (en France : 10.000 suicides annuels, 50.000 morts du tabac, autant par l’alcool…). Les estimations maximales de décès suite aux accidents des centrales ci-dessus n’excédent pas 50 000 morts induits, sachant qu’en décès « immédiats » les chiffres restent de l’ordre de quelques dizaines, alors que les accidents dans les mines provoquent chaque année dans le monde la mort de 10 000 à 20 000 mineurs. Et n’oublions pas que contrairement à une idée fort répandue, la mortalité la plus importante dans les mines n’est pas celle due à ces accidents, mais celle due aux maladies professionnelles. A l’échelle mondiale, elle est de l’ordre de  500 000 morts induits chaque année (source OMS), principalement à cause de la prévalence d’une très grave maladie pulmonaire, la silicose. Une deuxième très grande source de mortalité liée au charbon est due à l’utilisation domestique du charbon en espace confiné pour le chauffage et la cuisine. Et la troisième et la plus grande source de mortalité est la pollution atmosphérique émise par les industries utilisatrices de charbon, au premier rang desquelles la production d’électricité. Elle provoquerait, selon les modélisations actuelles, de l’ordre du million de morts chaque année dans le monde. Bien sûr des traitements chimiques sont capables aujourd’hui de réduire fortement la nocivité des rejets atmosphériques (cf. les pots catalytiques de nos voitures modernes) mais l’ampleur des dégâts humains demeure. Inutile d’aller plus avant sur les conséquences sanitaires de la production d’électricité par combustion du charbon ou d’hydrocarbures, les chiffres précédents sont sans aucune commune mesure avec les 50.000 victimes estimées comme un maximum résultant des accidents de centrales nucléaires dans le monde.

Au vu de ces résultats, force est de constater que les exigences extraordinaires imposées à la technologie nucléaire en terme de précautions sécuritaires semblent disproportionnées par rapport aux risques réels. Mais ne nous en plaignons pas, ces efforts sont productifs, puisque assurant une meilleure garantie de sécurité pour tous et, de plus, toute avancée dans ces domaines trouve ou trouvera des applications ailleurs. C’est cela aussi le progrès apporté par le nucléaire.

« Voila fiston, tu sais tout, du moins sur ce que pense ton Grand Père, qui lui a manipulé le nucléaire pendant une bonne partie de sa vie sans en avoir trop peur »

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Le pétrole bleu

 

par Bernard Miltenberger

 

Un français met au point, avec l’aide d’une équipe universitaire espagnole, un procédé de fabrication de pétrole directement utilisable, sans métaux lourds, sans prélèvement dans la biodiversité, et recyclant le CO2 industriel au passage.

Cette information est passée quasiment inaperçue. Seules 2 minutes et 40 secondes lui ont été consacrées ce 31 janvier dernier au journal télévisé de TF1. Le peu d’enthousiasme à aider chez nous le projet, qui a finalement vu le jour à Alicante en Espagne, explique peut-être cette étonnante discrétion.

Depuis le début de cette année, la première usine pilote de la société BFS est entrée en production avec une capacité à terme de 220.000 barils annuels et la conversion de 450.000 tonnes de CO2 industriel. Deux installations de ce type par département couvriraient la totalité des besoins en pétrole pour le transport automobile en France. Enfin un espoir, ou encore un faux espoir ?

 

Comment cela marche-t-il ?

L’idée de fabriquer du pétrole artificiel n’est pas neuve. Déjà dans les années 1940 le Dr Jean Laigret communiquait à l’Académie des sciences ses travaux sur la fermentation de micro-algues pour la production de pétrole selon un cycle naturel. Ces idées ont été oubliées, mais récemment reprises dans plusieurs thèmes d’études de procédés utilisant diverses filières d’algues  réputées adaptées. Par ailleurs chacun connait les controverses sur la recherche de « biocarburants » qui ne cesse de proposer des solutions plus ou moins intéressantes, sans toutefois apporter de véritables réponses. Dans la nature, le processus se déroule sur plusieurs dizaines de millions d'années. L'écorce terrestre constitue le “ four ” naturel, à des profondeurs de deux à dix kilomètres, où règnent des températures comprises entre 50 et 300 °C. La transformation s'opère sur une substance organique nommée kérogène, qui résulte d'une lente dégradation de débris organiques par des bactéries anaérobies.

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 Ces débris organiques proviennent de phytoplancton, de bactéries et parfois de plantes supérieures terrestres (le zooplancton et les animaux supérieurs ne jouent qu'un rôle mineur) qui se sont accumulés dans les sédiments argileux des fonds lacustres ou des mers fermées, puis qui ont été enfouis. Dans le “ four ”, le kérogène subit un craquage thermique, les grandes molécules organiques sont rompues en molécules plus petites d'hydrocarbures et, dans une moindre proportion, en diverses molécules complexes, dont le mélange est appelé pétrole.

Le concept proposé par B. Stroaïzzo-Mougin (ingénieur français, fondateur de la société espagnole BFS), cherche en fait à recopier le processus naturel d’élaboration des hydrocarbures, en l’accélérant à l’aide de nos connaissances technologiques actuelles.

Ainsi le procédé de synthèse développé et breveté par BFS s’inspire de ce processus naturel. Il utilise des éléments comme l’énergie solaire (comme source principale d’énergie), la photosynthèse et les champs électromagnétiques associés aux propriétés organiques du phytoplancton (micro-algues marines) pour convertir le CO2 issu des émissions industrielles, en une biomasse puis en un pétrole artificiel similaire au pétrole fossile, sans soufre et sans métaux lourds, en quelque sorte un pétrole propre.

La culture intensive des micro-algues et l’absorption massive du CO2 s’opère en milieu fermé et dans des « photobioréacteurs » verticaux pour une optimisation des surfaces d’implantation, un meilleur contrôle des propriétés physico-chimiques du milieu d’élevage et une rentabilité optimale.

Le phytoplancton et les cyanobactéries utilisés dans le procédé sont des organismes vivants unicellulaires microscopiques, ancêtres de toutes formes de vie animale et végétale. Ce sont des organismes « autotrophes », qui utilisent pour leur croissance un processus photosynthétique semblable à celui des plantes. Ce sont d’authentiques usines biochimiques en miniature, capables de réguler le CO2 (rappelons que le phytoplancton marin est responsable de plus de la moitié de la fixation totale du CO2 sur notre planète). Le rendement de ces micro-algues est nettement supérieur à celui des plantes terrestres. En effet, certains de ces micro-organismes unicellulaires se divisent par mitose toutes les 24 heures et se multiplient à l’identique sans autre apport que la cellule d’origine, de la lumière, de l´eau et… du CO2. Les équipes de recherche biologique BFS travaillent à partir de souches de phytoplancton à haute teneur en lipides, sélectionnées parmi plus de 30.000 espèces répertoriées, sans manipulation artificielle et sans prélèvement sur la biodiversité. La concentration cellulaire normale de ces micro-organismes dans l’eau de mer est de l’ordre de 100 à 300 cellules par millilitre. En milieu d’élevage, BFS atteint dans ses bioréacteurs une croissance exponentielle des micro-algues avec des concentrations de 500 millions à 1 milliard de cellules par millilitre.

Là où le procédé vient encore s’enrichir en termes d’opportunité écologique, c’est que le CO2 concentré nécessaire à cette culture des micro-organismes est celui obtenu à partir des rejets industriels, capté en sortie de cheminées d’usines.

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Ainsi l’usine pilote BFS d’Alicante en Espagne est construite au voisinage de la cimenterie CEMEX (3ème cimentier mondial) et recueille les rejets de cette cimenterie. Elle sera capable par hectare équipé et par an de convertir 12 000 tonnes de CO2 par an.

C’est ainsi que la fabrication de ce pétrole gère au passage la dépollution en CO2 des installations industrielles.

«Aujourd’hui, il est désormais possible de valoriser le CO2 en une véritable source d’énergie de qualité, similaire au pétrole d’origine fossile, propre, inépuisable et économiquement viable ». (Bernard Stroïazzo-Mougin, Président-fondateur de bio fuel systems)

 

Quelques chiffres (selon BFS) :

Pour produire 1 baril de pétrole, BFS absorbe 2.168 kg de CO2 et neutralise définitivement 937 Kg de C02 après combustion.

À échéance, l’usine d’Alicante sera déployée sur 40 hectares et neutralisera 450.000 tonnes annuelles d’émissions de CO2 dans l’atmosphère pour une production de 220.000 barils de pétrole sans compter la production de produits secondaires hautement nutritifs (type acides gras essentiels oméga 3, oméga 6…).

Cette usine préfigure l’usine-type de dépollution/valorisation retenue par BFS comme modèle à commercialiser pour un déploiement international. Deux usines-type dédiées à la production d’électricité sont en préparation sur l’archipel de Madère au Portugal et à Venise en Italie. D’autres projets sont en étude, notamment aux États-Unis et en Corée. D’ici 2020 et selon une feuille de route clairement établie, BFS prévoit de commercialiser 50 usines.

À la différence des biocarburants produits à partir de matières premières agricoles qui ne peuvent être utilisés qu’à hauteur de 5 voire 10% dans les moteurs, le pétrole issu de la technologie BFS est un excellent substitut au pétrole d’origine fossile. Il en présente les mêmes caractéristiques en matière de densité énergétique avec un pouvoir calorifique élevé, prouvé et certifié, de 9.700 kcal/kg. Une fois raffiné, il peut donc être utilisé sans aucune adaptation particulière dans les moteurs. Son coût de raffinage est par ailleurs moindre car exempt de soufre et de produits secondaires toxiques. À l’instar de son cousin d’origine fossile, le pétrole BFS peut également servir à fabriquer des plastiques, des solvants, des résines synthétiques, des détergents ou des engrais.

Alors que le pétrole d’origine fossile a nécessité des millions d’années pour se former à la suite d’un long et complexe processus de sédimentation, 48 heures suffisent à produire le pétrole BFS.

L'obligation pour BFS de maitriser totalement la transition du stade "Laboratoire" au stade "production industrielle" a justifié la construction de la première usine grandeur nature sur fonds propres. L’investissement des installations est estimé s’amortir en moins de cinq ans, notamment grâce à l’exploitation des revenus issus du pétrole, des crédits carbone générés par l’élimination massive du CO2 et des coproduits associés tels les acides gras essentiels.

Baptisé par ses inventeurs « pétrole bleu », ce pétrole est finalement très « vert »…

 

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