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FLASH INFOS

Les hommes ont-ils inventé ou découvert les nombres ?

 

par Serge Degueil

 

 

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L'article a été publié dans le Bulletin de liaison et d'information aux retraites n°57 (décembre 2016).

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L'énigme du temps

 

par Bernard Miltenberger

 

La notion de temps

Les physiciens comme les philosophes ont longtemps disserté sur le concept de temps : est-il un absolu, le subit-on, y a-t-il une flèche irréversible du temps, qu'y avait-il "avant" le temps, ... ?

Voilà des questions quasi métaphysiques et très difficiles à résoudre mais que certains hommes érudits  n'ont pas hésité à étudier, notamment Platon, Boltzmann, Einstein, Prigogine, Kaku, Hawking et consorts.

Aujourd'hui, personne ne peut mieux définir le temps que Ferenc Krausz. Dans son laboratoire d'Optique Quantique de l'Université de Technologie de Vienne, en Autriche, en 2004 il a mesuré le plus petit intervalle de temps jamais enregistré.

Krausz a utilisé les émissions d'un laser UV pulsées à 250 attosecondes pour mesurer le plus petit saut quantique des électrons au cœur des atomes. Les événements qu'il recherche durent environ 100 attosecondes (100x10-16 sec), soit 1/100 quintillions de seconde. A une autre échelle, 100 attosecondes correspondent à une seconde comparée à 300 millions d'années. En langage informatique, cela équivaut à un processeur cadencé à près de 1 million de GHz (1015 Hz). Concrètement, le premier chiffre significatif de notre chronomètre digital se trouve à la 14ème place derrière la virgule. C'est très court.

Bien que ses collègues ne voient pas encore très bien à quoi pourrait servir cette expérience, ils pensent qu'ils lui trouveront un jour une application.

Mais Krausz est encore loin d'approcher le "temps zéro" ni même la frontière ultime du temps. En effet, il existe en physique une sorte de mur du temps, c'est l'échelle de Planck, bien connue des cosmologistes quantiques et des théoriciens qui étudient le monde à l'échelle quantique.

Le monde à l'échelle de Planck présente des dimensions inférieures à 10-33 cm et des durées inférieures à 10-43 secondes, soit moins d'un trillion de trillion d'attoseconde, c'est le temps de Planck. Qu'y a-t-il au-delà ou avant cette fraction de seconde ? Tempus incognito. Personne ne le sait. Du moins jusqu'à aujourd'hui. Autrement dit, la physique actuelle décrit, non la naissance de l’univers mais ce qui se serait passé après 10-43 secondes et ne peut accéder à l’instant 0 de la création.

Cela laisse le champ libre à tous les récits de la genèse et interdit au physicien de « voir le visage du créateur ». Les frères Bogdanoff contournent mathématiquement l’obstacle en inventant le concept « d’information » qui précéderait l’existence matérielle, Micalef s’en tire en considérant « absurde » la question du commencement (et donc de l’instant 0), aussi absurde qu’une fourmi cherchant sur un ballon le « commencement du ballon ». 

L'échelle de Planck marque, pour la physique autorisée moderne, la frontière ultime, là où s'arrêtent les lois connues de la physique et où commencent les mystères, une région où les distances et le temps sont tellement étroits que les concepts même de temps et d'espace n'ont plus de signification.

A cette échelle, les physiciens ont besoin d'autres théories pour explorer ce monde étrange. Ces concepts font partie de la famille des théories dites "supersymétriques" car elles mettent sur un même pied d'égalité la matière et l'énergie, les fermions et les bosons : il s'agit des théories de supergravité, de supercordes, la théorie M, la théorie de Tout, etc., autant de concepts très élaborés faisant appel à des univers ayant jusqu'à 11 dimensions !

 

Le temps existe-t-il physiquement ?

Pour Simon Saunders, philosophe de la physique à l'Université d'Oxford, le temps pourrait ne pas exister au niveau le plus fondamental de la réalité physique. En soi c'est déjà une révolution ! 

Dans ce cas, qu'est ce que le temps ? Et tant que nous y sommes, pourquoi est-il obstinément omniprésent dans notre expérience quotidienne ? 

Pour le professeur John Wheeler de l'Université de Princeton, "Le temps est la manière pour la nature d'éviter que toutes les choses se passent en même temps." 

"La signification du temps est devenue une question terriblement problématique dans la physique contemporaine", explique Saunders. "La situation est tellement inconfortable qu'il est de loin préférable de se déclarer agnostique."

En fait, comme tous les chercheurs, Wheeler et Saunders ne disposent pas encore de l'outil théorique leur permettant de démontrer mathématiquement la nature du temps.

Et de fait, si la majorité des chercheurs reconnaissent que la théorie quantique est caduque, affichant de nombreux paradoxes prouvant qu'elle est incomplète, la plupart d'entre eux n'accordent pas pour autant leur crédit aux concepts les plus abstraits comme l'interprétation probabiliste, la théorie des univers multiples, l'illusion du temps ou à l'idée que l'univers aurait plus de quatre dimensions... 

 

 

Le temps et l'espace sont relatifs

Le problème du temps s'est posé en 1905, lorsque Einstein a défini sa théorie de la Relativité restreinte et démoli l'idée que le temps était une constante universelle.

Par conséquent, passé, présent et futur ne sont plus absolus. C'est valable uniquement ici, localement. Ainsi, si en apparence la Terre ne bouge pas, changez de référentiel dirait Einstein, et placez-vous sur le Soleil. Vous verrez à quelle vitesse file la Terre : 30 km/s ! Chacun voit sa réalité par rapport à son référentiel et les battements de sa montre. Ces notions deviennent relatives.

Insatisfait d'avoir restreint sa théorie à des cas particuliers, en 1915 Einstein proposa sa théorie la plus généralisée, incluant l'effet de la gravitation. Ce faisant, il a ouvert une brèche en physique à propos de l'influence omniprésente de la gravité à l'échelle de l'univers. Cette règle est incompatible avec la physique quantique de l'infiniment petit car à la théorie locale et déterministe d'Einstein s'oppose la théorie non locale et probabiliste de la mécanique quantique.

Si on peut encore comprendre que la position, la longueur ou la distance d'un objet soit malléable en Relativité - nous avons déjà fait l'expérience des effets de perspective - faire du temps une notion tout aussi malléable est plus déroutant. C'est pourtant aujourd'hui, l'une des questions au cœur des débats.

 

L'équation de l'Univers

Les éminents physiciens John Wheeler et Bryce DeWitt ont inventé en 1967 une équation qui unit la Relativité générale et la physique quantique, l'équation de Wheeler-DeWitt, également appelée la fonction d'onde de l'Univers ou plus simplement l'"équation de l'univers", excusez du peu.

Cette équation est controversée, non seulement parce qu'elle unit des concepts locaux (Relativité) et non locaux (physique quantique) mais surtout du fait qu'elle manipule la notion de temps.

"On a découvert que le temps disparaît tout simplement dans l'équation de Wheeler-DeWitt", explique Carlo Rovelli, un physicien de l'Université de Méditerranée à Marseille. "C'est une question qui a intrigué de nombreux théoriciens. Il se pourrait que la meilleure manière de réfléchir à la réalité quantique soit d'abandonner la notion de temps, de sorte que la description fondamentale de l'univers soit intemporelle."

Ainsi que nous le disions, personne à ce jour n'a réussi à intégrer la théorie quantique et la Relativité générale dans l'équation de Wheeler-DeWitt. Néanmoins, quelques physiciens, dont Rovelli, pensent que si les physiciens parviennent à unir les deux théories cadres de la physique du 20e siècle, ils aboutiront inévitablement à décrire un univers dans lequel, finalement, le temps ne joue aucun rôle.

Les physiciens ont baptisé cette question, "le problème du temps".

C'est peut-être la plus grande énigme de la physique, mais ce n'est pas la seule relative au temps.

 

La flèche du temps : haro sur les absolus

L'autre grande question est fondée sur l'observation et reste étrange :

Pourquoi la flèche du temps est orientée vers le futur ?

Nous l'avons déjà évoquée en thermodynamique. Toutes les lois, celles de Newton, d'Einstein ou en physique quantique, qu'elles s'appliquent ici ou a des milliards d'années-lumière fonctionnent de la même façon, même si vous filmez le phénomène à l'envers.

Nous constatons que le temps est a sens unique, les aiguilles de notre montre ne remontent jamais le temps. Or, les lois ne l'interdisent pas et la théorie des trous de vers ou les "boucles temporelles" d'Amos Ori nous offrent, en théorie, le moyen de voyager dans le temps.

Mais quelque chose empêche le temps de faire demi-tour.

A posteriori, on ne peut pas remonter dans le temps.

Seth Lloyd, physicien spécialisé en informatique quantique au MIT, nous dit que  "l'explication communément admise à propos de la flèche du temps est de dire que pour spécifier la manière dont se déroule un événement, nous n'avons pas seulement besoin de spécifier la loi qui s'y applique, nous devons également spécifier certaines conditions initiales ou finales."

Comme aurait pu le dire Newton ou Laplace, "donnez-moi les conditions initiales et je vous prédirai l'évolution du monde !" Donnez aux physiciens les conditions finales de l'Apocalypse, ils vous rebâtiront l'Univers mieux que le meilleur film de science-fiction !

Selon la majorité des physiciens, la mère de toutes les conditions initiales fut le Big Bang, ce phénomène d'une énergie inconcevable - mais quantifiable - qui donna naissance à l'Univers voici environ 15 milliards d'années.

Bien que les lois de la physique ne tiennent pas compte de la flèche du temps, l'expansion de l'Univers à laquelle nous assistons (les galaxies se fuient mutuellement et leur distance augmente), nous démontre qu'elle existe.

À mesure que l'Univers grandit, il devient de plus en plus complexe et désordonné. Cette entropie croissante est dirigée par le taux d'expansion de l'Univers, lequel pourrait être à l'origine de la fuite incessante du temps en avant.

De ce point de vue, le temps n'est pas une donnée indépendante de l'Univers.

Einstein nous a convaincu qu'il n'y a pas une horloge battant la seconde en dehors du cosmos, il n'est pas possible de définir une référence temporelle absolue, au grand dam de Newton et de ses émules.

 

Les Gardiens du Temps

Jusqu'à Einstein, pour les physiciens, sinon pour nous tous, quand nous pensons au temps, nous le considérons comme Newton l'a décrit : "Absolu, un temps vrai et mathématique, valant en soi, et à partir de la propre nature duquel, il s'écoule également, sans considération pour aucune chose extérieure."

Ainsi que nous l'avons expliqué, Einstein a prouvé que le temps faisait intrinsèquement partie du continuum de l'univers. Contrairement à ce que Newton pensait, nos horloges ordinaires ne mesurent jamais des phénomènes indépendants de l'univers.

En fait, les horloges ne mesurent pas le temps du tout.

Si vous visitez un jour l'Institut des Poids et Mesures de Paris qui a notamment pour tâche de définir l'heure avec une précision "atomique", ne dites jamais quelque chose du genre "votre horloge mesure le temps avec précision". On vous répondra invariablement : "Nos horloges ne mesurent pas le temps"...

Ils vous désorienteront tout à fait quand ils vous diront : "Non, le temps est défini par ce que mesurent les horloges".

La différence est subtile, mais c'est la réalité. Les horloges atomiques définissent le temps standard pour le globe : le Temps est défini par le nombre de clics de leurs horloges.

Rovelli, qui défend la thèse de l'univers intemporel, considère que les "Gardiens du Temps" ont raison.

"On ne voit jamais le temps", fait-il remarquer. Nous voyons seulement son effet dans nos montres. Si vous dites que cet objet bouge, vous voulez en fait dire que l'objet est à tel endroit quand l'aiguille de votre montre est ici, et ainsi de suite. Nous disons que nous mesurons le temps avec une montre, mais nous ne voyons jamais que les aiguilles d'une montre, pas le temps lui-même. Et les aiguilles d'une montre sont des variables physiques comme n'importe quelle autre. Aussi, dans un sens, nous trichons, car ce que nous voyons réellement ce sont des variables physiques, elles-mêmes fonction d'autres variables physiques, mais nous nous les représentons comme si tout évoluait dans le temps".

"La question est : le Temps est-il une propriété fondamentale de la réalité ou juste l'apparence macroscopique des choses ? Je dirais qu'il s'agit uniquement d'un effet macroscopique. C'est quelque chose qui émerge uniquement pour les gros objets", c'est-à-dire tout ce qui existe au-dessus de l'échelle de Planck.

Pour le dire simplement, le problème est que le temps pourrait ne pas exister au niveau le plus fondamental de la réalité physique. Voilà une idée qui mérite le prix Nobel si on peut la prouver !

Voila des questions bien ardues…

Sûr qu’elles ne changent pas grand-chose à notre quotidien, et pourtant voila prés d’un siècle que physiciens et philosophes tentent d’éclairer le débat. En attendant notre quatrième dimension s’impose chaque jour à nous, par quelques cheveux blancs de plus ou pire quelques nouveaux désagréments bien physiques et objectifs. Une réponse, si un jour celle-ci est obtenue, changera-t-elle notre acceptation de l’âge ?

Un corbeau nommé Philoucorbeau6

 

 

par René Labrot

Je voudrais parler plus en détail de mon copain de jeunesse préféré, Philibert. Philou, c’est un corbeau apprivoisé ! … Nous l’avons pris tout jeune, juste avant qu’il ne quitte son nid perché au sommet du grand châtaignier. Philou s’est très vite apprivoisé, vivant en toute liberté, dans et autour de la maison. Il connaît tous les animaux de la ferme : les chèvres et les brebis, les poules et le coq, les lapins, les cochons (il n’apprécie pas beaucoup la « tuade », pourtant jour de fête à la maison !), Noiraud le mulet (il traîne la charrette remplie des récoltes jusqu’à la maison), Coquet le cheval blanc (le dimanche, attelé au char-à-bancs – notre carrosse – il nous emmène promener vers les bourgades environnantes ; bien sûr Philou est de la sortie).

Il s’est très vite familiarisé avec les chats et les chattes de la maison : Timothée, Halloween, Aristo, Diabolo. Mais son favori, c’est Joli Cœur, le petit dernier.

    C’est un petit chat blanc effronté comme un page !

    Quand on met devant lui sa soucoupe de lait, il boit,

    Bougeant la queue et sans faire de pause,

    Il ne relève enfin son joli museau blanc

    Que lorsqu’il a passé sa langue sèche et rose

    Partout, bien proprement débarbouillé le plat ».

    Extrait de « Le petit chat » d’Edmond Rostand

Le meilleur copain de Philou, c’est Dick, le chien de berger, un labrit. Perché sur son dos, il passe de longs moments à le débarrasser de ses parasites : poux, puces, tiques (ces redoutables bestioles qui transmettent une maladie très grave, la piroplasmose). Lorsque Dick a envie de se reposer, il se couche, lové sur lui-même. Philou a compris : c’est l’heure de la sieste, son lit est fait, il peut venir se coucher. L’un sur l’autre, ils passent ainsi de longues heures à dormir ensemble.

Dick, c’est un très bon chien de berger, un auxiliaire précieux pour la garde des troupeaux de chèvres et de brebis. Mais c’est aussi un excellent chien de chasse ! Lorsque mon père va travailler dans les champs, il l’accompagne souvent, suivi comme son ombre par son fidèle Philou. Il capture assez souvent quelques lapins. Mais son gibier préféré, c’est le lièvre. Tiens, cette nuit, un bouquin est venu boulotter quelques plans de salades et de petits pois. Dick ne tarde pas à relever sa voie. Il part sur sa trace en aboyant régulièrement, accompagné de Philou. Il ne lâche que rarement sa proie… Voilà bientôt deux heures qu’il est parti, on n’entend plus sa voix… Voilà les aboiements qui reviennent, du côté du Dévesse.

Mon père a compris ! Muni de son fusil, il va se poster au point de passage, au carrefour des Quatre Vios. C’est Philou qui arrive en premier. Le lièvre ne va pascorbeau1 tarder ! Pan ! Un joli capucin au sac ! Mon père ne le ramasse jamais avant de l’avoir fait sentir à Dick et à Philou. Voilà un beau civet pour dimanche prochain ! Bien sûr Dick et Philou auront leur part.

Selon la saison, Philou se gave de fruits : figues, prunes, poires, kakis, framboises, fraises, raisins, cerises. Il aide mon père pour la cueillette des cerises. « Attention papa ! Ne va pas te casser la figure au sommet de ton échalas ! » C’est

Philou qui se charge de cueillir les bouquets de cerises aux extrémités des plus hautes branches. Dans les prés, il capture des sauterelles, des grillons, des papillons, des mouches, des moustiques, les « légrémis » (petits lézards gris) qui viennent se dorer au soleil, sur les pierres. Il passe de longs moments au bord du ruisseau. Immobile, les pattes dans l’eau, il parvient à capturer quelques têtards et quelques vairons.

Il n’aime pas les gros lézards verts, ni les serpents. Une grosse couleuvre est en train de se dorer au soleil sur un rocher. Tellement grosse, la Dame, qu’on dirait un boa ! Philou vient faire le « Saint-Esprit » au-dessus d’elle, en poussant de méchants croassements. Elle ne tarde pas à déguerpir pour aller se réfugier dans sa cache.

Philou a ses habitudes :

    - il est très propre ! Chaque matin, été comme hiver, il prend son bain dans la bassine d’eau que nous lui avons préparée. Ensuite, il va se sécher sur le mur du balcon, en se lissant les plumes ;

   - son menu préféré ? Un gros morceau de fromage, le plus fort possible : picodon de chèvre, bleu d’Auvergne, roquefort. Avant d’écrire sa fable, Le Corbeau et le Renard, Jean de La Fontaine avait, de toute évidence, bien observé la nature ;

   - lorsque mon père enfourche sa moto pour aller dans la bourgade voisine, il le suit. Mais Philou n’aime pas la ville ! Dès les premières maisons, il fait demi-tour et retourne au village pour retrouver ses marques ;

    - son perchoir préféré, c’est le clocher de l’église située à proximité de la maison. Depuis son belvédère, il surveille tout ce qui se passe dans le village. Rien ne peut échapper à sa vue perçante. Perché au sommet du clocher de l’église, Philou, c’est le « Seigneur », peut-être plus près du Bon Dieu que le curé lui-même ! Le bruit de la grosse cloche ne lui fait pas peur. Chaque dimanche, il est le premier à la messe. De là-haut, il compte ses ouailles : « Tiens, la Marinou n’est pas là ce matin ? Elle doit être malade, peut-être grippée. Il faudra que je pousse un petit vol jusqu’au Hyvières pour prendre de ses nouvelles. »

corbeau2Pour chaque enterrement, il joue le maître de cérémonie, tout de noir vêtu, naturellement ! Ce sont essentiellement les femmes, accompagnées de leurs enfants, qui participent à l’office dominical. Pendant ce temps, les hommes se retrouvent au bistrot, chez le Jules et la Berthe. Là, ils échangent les nouvelles du pays et tentent de refaire le monde, leur verre de pastis à la main. Attention ! Jamais du Ricard ! Uniquement du pastis « maison » fait avec de la « blanche », leur eau de vie !

Un matin, crime de lèse-majesté ! Pendant la nuit, en cours de migration, une grosse cigogne s’est arrêtée sur le clocher de l’église pour se reposer. « Pas question, ma belle ! » Philou la prend aussitôt en chasse et la poursuit en direction du nord. Le soir, à la tombée de la nuit, il n’est pas rentré. Nous sommes inquiets. Il ne reviendra que 48 heures plus tard. Complètement exténué, il ne quittera pratiquement pas la maison pendant une semaine. Jusqu’où a-t-il pu poursuivre la cigogne blanche ? Quand même pas jusque dans sa lointaine Alsace !

Philou n’aime pas les intrus. Voilà une grosse buse qui vient tourner autour du village, sans doute avec l’intention de chaparder quelque poulet qui vit en liberté. Gardien du village, il considère que c’est son devoir de la chasser. Avec son vol beaucoup plus rapide et plus souple, il ne tarde pas à la mettre en fuite.

Philou a une phobie : le noir !

    - Un vol de corneilles vient tourner autour du village. Il ne tarde pas à les faire déguerpir.

    - Le chat noir du Marcel, le voisin, n’a qu’à bien se tenir. D’ailleurs, il a compris, depuis longtemps, il ne se hasarde plus aux abords de la maison.

    - En haut de l’escalier, les plumes ébouriffées, il pousse des croassements rauques. On a compris ! C’est le curé ou la sœur qui viennent nous rendre visite. Impressionnant ! les visiteurs hésitent à monter l'escalier.

Il ne sympathise pas avec les autres corbeaux du secteur. D’ailleurs, il n’a jamais songé à fonder un foyer. Pourquoi s’encombrer d’une femelle de sa race, alors qu’il se trouve très bien à vivre ainsi, dans son foyer d’adoption ?

Joueur, Philou aime bien faire quelques plaisanteries. Ses « cibles » préférées, ce sont les « mémés » du village : il faut bien pimenter un peu leurs journées monotones.corbeau8

    - Sur son balcon, la Pauline épluche des petites patates qu’elle met ensuite dans un plat posé sur le mur de son balcon. Il faut qu’elle s’absente un moment pour aller surveiller la cuisson de son poulet. Philou en profite. Une à une, il prend les patates et les jette dans la cour où picorent les poules. Quand Pauline revient, le plat est vide ; elle n’a plus qu’à recommencer !

    - Même chose avec les pruneaux que la Marcelle fait sécher sur un grillage, dans son pré. Dès qu’elle a le dos tourné, Philou prend un malin plaisir à les jeter dans l’herbe. Pas très contente la Marcelle !

    - Voilà la mère Phine, avec son fichu noir, qui déambule dans la rue qui passe devant la maison. Philou vient la survoler, puis lui pique sur la tête en lui donnant un petit coup de bec au passage. Le temps qu’elle réagisse, Philou s’est évanoui dans la nature. Un tantinet facétieux, voire un peu roublard, mais pas du tout filou, Philou ! C’est juste pour s’amuser un peu !

Au village, la réputation de Philou n’est plus à faire. Il est connu comme le « loup blanc ». Il participe à la plupart des loisirs, avec les copains du village :

    - les parties de pétanque, de foot, de hand ;

    - les balades en vélo ;

    - les baignades dans l’Ardèche ;

    - la pêche à la truite et la capture des écrevisses. Il adore venir chercher des champignons avec moi. Lorsque j’ai oublié un cèpe, il volète au-dessus de lui, sans « rien dire ». Il a compris qu’il fallait être discret afin de ne pas dévoiler nos « places » aux autres chercheurs.

corbeau5Lorsque je me risque à mes premiers flirts avec les filles du pays, Philou n’est pas loin ; il surveille nos ébats ; il connaît bien Cri-Cri, un temps ma favorite. Très discret, il ne « vend jamais la mèche » auprès de mes parents. Cependant, il ne manifeste pas un enthousiasme débordant envers mes petites conquêtes. Et si l’une d’elles venait à lui « piquer » son maître ? « Rassure-toi Philou ! Je suis encore jeune, ce ne sont que des amourettes passagères ! Toi, tu es mon copain pour la vie ! » Les meilleurs copains de Philou, ce sont les joueurs de pétanque qui, chaque week-end, viennent faire leurs partie dans la cour de l’école, transformée en boulodrome. Il est aux premières loges : le balcon de la maison surplombe la cour de l’école. Mais pour suivre les parties de plus près, il descend dans la cour. Á chaque mène, il se déplace du côté du bouchon. Si, lors d’un tir, le « cochonnet » est éjecté du jeu, c’est lui qui va le chercher et le ramène dans le terrain. Il connaît toutes les vedettes : le Kéké, le Loulou, le Chalinde (Noël en patois), le Georges, le Gaby, le Bertou, le Paulo, le Roger, le Lili, le Guste. Attention ! Personne ne peut l’attraper ; seuls les membres de la famille peuvent le faire. Tiens, l’un des joueurs est en manque de cigarettes ! Il sort une pièce de monnaie de sa poche. Philou a compris ! La pièce de monnaie dans le bec, il s’en va frapper à la fenêtre du bar-tabac. La Berthe le connaît bien ! Elle ouvre la fenêtre et tend le paquet de cigarettes à Philou qui le prend dans son bec et retourne dare-dare au jeu de boules. Il ne se trompe jamais. C’est toujours à celui qui lui a « passé commande » qu’il remet le paquet de Gauloises. Parfois, il éprouve quelques scrupules à se faire ainsi le complice du vice. « Quel plaisir peuvent-ils prendre à tirer ainsi sur leurs clopes ? D’autant plus qu’ils savent très bien que c’est mauvais pour leur santé ! Certains poussent même le vice jusqu’à fumer de l’Amsterdamer ! Quelle horreur ! Ça pue ! »

Philou est très bon prévisionniste météo :corbeau7

    - il ne se laisse jamais surprendre par l’orage, aussi soudain soit-il ;

    - lorsque le vent du Midi forcit et que le ciel « crasse » du côté des sommets du Tanargue, c’est signe de pluie. Bien à l’abri sous le toit de la terrasse, il attend la fin des intempéries ;

    - lorsqu’il sent que l’hiver va arriver, il change ses habitudes. La nuit, il va coucher dans l’écurie, bien au chaud, à côté des chèvres et des brebis.

Quand le froid devient plus intense, il passe la majeure partie de ses journées dans la maison : dans la cuisine, près du fourneau ; dans la salle à manger, en face de la grande cheminée où, jour et nuit, se consument de grosses bûches de chêne et de châtaignier. Il n’aime pas l’hiver, ni la neige. Sur les paysages enneigés, finie la discrétion : il fait tache ! Tout le village semble endormi. Les pétanqueurs ont déserté la cour de l’école pour aller se réfugier au bistrot. Là, tout l’après-midi, ils « tapent » leurs parties de belote, bien au chaud, à côté de leur(s) verre(s) de Clinton, le vin rouge du pays. « Putain ! qu’il est bon mon « canon » de Clinton ! Jamais je ne le changerais contre un verre de Côtes du Rhône ! Je préfèrerais boire de l’eau minérale du Vernet ! Même si ça me coupe un peu les jambes ! » (dixit G. Ollier).

Vivement le printemps et le retour des hirondelles. Paradoxalement, bien que vêtues de noir (avec un plastron blanc, cependant) les hirondelles, ce sont ses copines. Dès la mi-mars, il les attend. Il sait qu’à quelques jours près, quelles que soient les conditions météo, elles seront fidèles à leur rendez-vous. Philou les aide à construire leur nid, sous le toit de la terrasse : il leur apporte des brindilles, des bouts d’herbe sèche, de la mousse. « Attention les chats ! Le nid d’hirondelles, c’est un sanctuaire ! Pas question de toucher aux oisillons ! Je veille au grain ! »

Un jour, on frôle le drame. Il essuie un coup de fusil, tiré par un braconnier imbécile. Il est sérieusement blessé. Mai, bien soigné, nous réussirons à le remettre sur pattes. Cependant, il gardera toute sa vie un petit handicap : une légère déformation de l’aile gauche. Mon père se fâchera tout rouge avec ce fusillot irresponsable, venu de la bourgade voisine. Désormais, il lui interdira de venir braconner sur ses terres.

Enfin, par une triste matinée de novembre, grise et brumeuse, Philou « décidera » de nous quitter. Depuis quelques temps, il n’a plus son entrain habituel, il mange moins, il quitte moins souvent la maison. Il meurt subitement entre mes bras. Quel choc ! Nous le pleurerons tous à chaudes larmes. Dans ma vie, j’ai apprivoisé d’autres oiseaux (grive, merle, pie, geai, autres corbeaux), j’ai soigné d’autres oiseaux blessés avant de les relâcher dans la nature (buse, palombe, courlis cendré, oie bernache). Mais, jamais, je n’ai rencontré un oiseau aussi intelligent que Philou.

« Salut Philou ! Salut l’ami ! »

Voyage en Chine - Sur la Route de la Soie »

par Bernard Pérignon

 

Le texte qui suit est le préambule d'un récit de voyage en 4 tomes et un complément « Une brève Histoire de Chine » pour situer dans l’Histoire etchine1 la Civilisation de la Chine.

Ce récit relate mon voyage en Chine, sur la Route de la Soie, du 19 août au 14 octobre 2009. J’ai effectué ce voyage en "solo traveller", mon épouse Danielle m’ayant rejoint à Xi'an, pour visiter Xi'an et Pékin.

Écrire ce récit constitue la troisième phase du voyage, car, comme l’a si bien dit J. C. Rufin dans La Salamandre : « préparer un voyage, c’est le rêve et l’image, le réaliser c’est l’émotion et l’imprévu ». Je trouve que ces quatre termes sont très bien choisis pour caractériser les deux premières phases d’un voyage.

Celui-ci n’a pas failli à cette citation, bien au contraire. J’y ajoute qu’écrire le vécu au retour permet de faire le voyage une troisième fois en transcrivant : les " choses vues" : sites, vie quotidienne, contacts avec la population, imprévus et émotions, ainsi que certains imprévus qui ont nécessite des approfondissements une fois de retour en France, au total un enrichissement considérable. J’utilise dans le récit, le symbole pour traiter des thèmes particuliers qui méritent quelques détails ou approfondissements complémentaires.

La Chine alimentait régulièrement ma pensée. Ayant voyagé de façon satisfaisante à mon goût, à travers le monde avec Danielle (et parfois mes fils), ne pas connaitre un minimum de la Chine était pour moi passer à côté de quelque chose d’essentiel.

Cela me faisait rejoindre Gérard de Nerval qui a écrit : « Je voyage pour vérifier mes rêves ».

Le livre d’Alain Peyrefitte Quand la Chine s’éveillera… m’avait, en son temps, fortement passionné. J’en profite pour rappeler que le titre de l’ouvrage Quand la Chine s’éveillera…..le monde tremblera, a été emprunte par Peyrefitte à…...Napoléon 1er, phrase que Napoléon prononça au cours d’une entrevue avec l’ambassadeur britannique en Chine, Lord Amherst, qui lui avait rendu visite dans son « île » lors d’un retour de Chine.

Nous connaissons l’Italie de façon assez complète et revenant de Venise, la lecture du récit de Marco Polo, Le devisement du monde, a achevé de me décider.

Après vingt cinq ans passés en Chine, Marco Polo sera fait prisonnier en 1298 par les Génois en guerre avec les Vénitiens. Il partagera à Pise une cellule avec Rustichello auquel il dictera ses Mémoires.

Parmi les innombrables marchands qui ont emprunté cette route, il est, je crois, le seul à avoir laissé un écrit. Je cite un extrait du récit de Marco Polo dans ce Tome 1 à la fin de la description du séjour à Turpan.

Je commençais ma préparation début 2008 pour partir fin aout 2008. Internet est pour cela un outil très puissant. Enfin tout se déroulait normalement quand, au mois de mai, eurent lieu les événements de la Province du Tibet. Je pris alors différents avis, et il parut sage, si c’était possible, de reporter le voyage compte tenu des doutes sur l’évolution de la situation. J’annulais les quelques réservations déjà prises et décidais un report du départ de un an, soit août 2009. Ce report qui m’a un peu contrarié sur le moment va paradoxalement s’avérer très bénéfique.

En effet, je profite de ce délai supplémentaire pour affiner mon programme et surtout je prends conscience fin août que j’ai une année scolaire devant moi ! J’avais, dans ma préparation, pris les dispositions nécessaires pour apprendre seul (avec des livres et des CD) quelques rudiments de langue chinoise ; mais l’évolution de la situation changeait la donne et je me suis inscrit a l’Université Michel de Montaigne Bordeaux III à Talence en licence de chinois (avec les jeunes !!!) pour l’année scolaire 2008/2009 (j’obtins ma seconde carte d’étudiant, 50 ans après la première).

Je m’inscrivais également au cours de chinois de l’Université du Temps Libre (pour les vieux !!!) à La Victoire.

J’ai donc eu jusqu’à deux mois avant mon départ fixé au 19 août, 5 heures de cours par semaine dont 4 heures à Montaigne. J’avais l’impression d’être en recréation à La Victoire, le rythme étant nettement plus faible.

Cela m’a permis d’acquérir quelques éléments de chinois, qui vont s’avérer très utiles et vont complètement transformer ce voyage, bien au-delà de ce que je prévoyais.

Quelques caractéristiques de la Chine

La Chine est découpée en 26 provinces (省 sheng) dont 5 ont le statut de région autonome (qui ne signifie pas : indépendant) : le Xinjiang, le Tibet, le Guangxi, la Mongolie intérieure et le Ningxia.

En outre, elle compte 4 municipalités qui ont rang de province : Chongqing, Pékin, Shanghai et Tianjin.

Et enfin, 2 régions spéciales : Hong-Kong et Macao.

La Chine a une superficie égale a 17 fois celle de la France pour une population d’environ 1,4 milliard soit 21 fois celle de la France.

La densité de population n’est pas très différente mais tranche avec l’impression que j’ai eu en parcourant la Route de la Soie. J’évoquerai cela au fur et à mesure.

Ethnieschine2

En ce qui concerne la population, il me fallait savoir comment elle est constituée pour comprendre les différences de facies, d’habillement et de coutumes que j’allais rencontrer.

Il y a 56 ethnies qui cohabitent en Chine. J’ai bien dit : cinquante six, ce qui donne un éclairage très spécifique…...

Je me contente de mentionner (par ordre d’importance démographique) les 6 ethnies que j’ai côtoyées et donc bien identifiées.

 

 

 

- Han : Pinyin Hàn Zú 汉族chine3Han

Presque 1,2 milliard, les Han constituent la principale ethnie de la Chine : elle représente 92% de la population. Cette ethnie se trouve majoritairement dans les plaines centrales des bassins du Huang He (fleuve Jaune) et du Yangtse, mais on trouve des Han dans presque toutes les régions. La langue chinoise est utilisée par les Han comme par la plupart des ethnies minoritaires.

Les Han sont communément appelés « les chinois authentiques » et d’une façon générale les chinois se considèrent comme « les fils de Han ».

Les Han constituent également l’ethnie la plus importante du monde.

L’ethnie Han s’est trouvée peu à peu mélangée avec les autres ethnies par le fait des conflits permanents de l’histoire de la Chine.

C’est à partir de la Dynastie des Han Occidentaux (206 avant J.C. - 24 après J.C.) que le nom Han apparaît.

La majorité de la population chinoise est d'ascendance ethnique Han. Les Han ont dirigé la Chine pendant la plus grande partie de son histoire, sauf pendant la dynastie Yuan ou les Mongols prirent le contrôle durant moins de 100 ans et pendant la dynastie des Qing ou les Mandchous eurent le pouvoir pendant près de 300 ans.

- Hui : Huí Zú 回族chine4Hui

Environ 9,8 millions, essentiellement dans la région autonome Hui du Ningxia. Ils sont en outre dans les régions suivantes : Beijing, le Hebei, la région autonome de Mongolie intérieure, le Liaoning, l'Anhui, le Shandong, le Henan, le Yunnan, le Shaanxi et la région autonome ouighour du Xinjiang. Les Hui sont des Chinois Han qui pratiquent l'islam.

 

 

 

 

 

- Ouïghour : Wéiwúer Zú 维吾尔族chine5Ouïghour

Environ 8,4 millions de Ouighours, vivent principalement dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang. Ils pratiquent l'islam et utilisent généralement la langue et l'écriture ouïgoures entre eux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Mongol : Mengg_ Zú 蒙古族MongolsMongols

Environ 5,8 millions, ils vivent pour la plupart dans la région autonome de Mongolie intérieure. Le reste se trouve dans les régions : le Hebei, le Liaoning, le Jilin, le Heilongjiang et la région autonome ouigour du Xinjiang. À l’origine nomades, les Mongols se sont peu a peu sédentarisés. Ils ont leur propre langue et une écriture qu’ils utilisent entre eux.

 

 

 

 

 

-- Tibétain: Zàng Zú 藏族chine7Tibétains

Les quelques 5,4 millions de Tibétains vivent pour moitié dans la région autonome du Tibet. Les autres sont dispersés dans le Sichuan, le Gansu, le Qinghai et le Yunnan. Ils pratiquent le bouddhisme tibétain (ou lamaïsme) et utilisent la langue et l'écriture tibétaines entre eux.

 

 

 

 

 

- Ouzbek: Wuzibiékè Zú 乌孜别克族

chine8OuzbekPlus de 12 400 repartis dans le sud et le nord du Xinjiang. Ils vivent en harmonie avec les Ouigours et les Kazakhs. Ils possèdent leur propre langue et une écriture qu’ils utilisent entre eux.

 

 

 

 

 

Religions

Actuellement cinq religions sont reconnues en Chine. On compte environ 100 millions de pratiquants, ce qui fait dire que les Chinois sont athées.

    - Le bouddhisme

Introduit en Chine par la Route de la Soie au 1er siècle après J.-C. Environ 72 millions de pratiquants.

    - L'islam

Introduit en Chine par la Route de la Soie au 7è siècle. Environ 17 millions de pratiquants. La plupart de ces musulmans habitent les régions de l'ouest de la Chine.

    - Le protestantisme

Introduit en Chine au début du 19e siècle. Environ 5,5 millions de pratiquants.

    - Le catholicisme

Introduit en Chine (le nestorianisme) par la Route de la Soie au 13e siècle. Environ 3,6 millions de pratiquants.

    - Le taoïsme

Fondé en Chine au 2e siècle après J.-C. Environ 1,5 millions de pratiquants. Le gouvernement central chinois tolère la religion, tout en veillant à ce qu’il n’y est aucun écart par rapport à la Constitution de la République populaire de Chine. Cette dernière stipule que : « les citoyens chinois jouissent de la liberté de croyance religieuse » ; mais « Nul ne peut se servir de la religion pour troubler l'ordre social (voir Tome 1 URUMQI), nuire à la santé des citoyens et entraver l'application du système d'enseignement de l'État ».

Des organisations religieuses nationales gèrent la pratique des religions. Elles élisent, selon leurs propres statuts, leurs chefs et leurs organes dirigeants. On trouve ainsi: l'Association de bouddhistes de Chine, l'Association des taoïstes de Chine, l'Association islamique de Chine, l'Association des catholiques patriotes de Chine, l'Episcopat chinois, et l'Association protestante de Chine.

Langue et Écriture

chine9mGottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716)Je cite sur ce sujet, un extrait de Méthode d'initiation à la langue et à l'écriture chinoise, de Joël Bellassen, livre que je recommande pour apprendre le chinois car très riche et limpide.

« À elle seule, l'écriture chinoise imprime à l'ensemble du chinois la marque de la différence radicale. C'est une écriture non alphabétique, non phonétique. Contrairement aux alphabets latin, grec, cyrillique, arabe ou hébreu, elle n'est pas un code qui note les sons. Elle est peinture du sens et des idées. On peut apprendre le sens d'un caractère chinois sans passer par l'intermédiaire de sa prononciation : le sinogramme isolé s'apparente d'une certaine manière au logo, au panneau de signalisation routière ou au chiffre arabe ».

Leibniz (1646-1716), le philosophe allemand du Siècle des Lumières voyait dans le chinois une possible écriture universelle.

Ainsi, le monde chinois est aujourd'hui la seule grande civilisation dont l'écriture n'ait pas connu ce formidable bond vers l'abstrait que constitue l'apparition de l'alphabet. La langue et l'écriture étant plus que de simples instruments de communication, on comprendra qu'il s'agit là d'un fait majeur dont on n'a, sans doute, pas fini de mesurer toutes les conséquences.

Les sinogrammes sont eux-mêmes un objet de savoir : outre les différentes significations qu'ils peuvent avoir, ils possèdent leur structure, leur rythme, leur histoire.

On ne sait jamais « lire le chinois » : on connaît un certain nombre de sinogrammes... et il est préférable que ce nombre soit le plus élevé possible ! On reste toujours à la merci de « rencontrer un tigre sur son chemin » à savoir un sinogramme inconnu. En revanche, l'écriture chinoise est telle qu'un enfant peut apprendre quelques signes dès l'âge de deux ou trois ans.

Le sinogramme est une forme indépendante, invariable. Il doit être centré à l'intérieur d'un espace carré imaginaire, mais non occuper la totalité de cet espace.

La langue nationale est le chinois (ou mandarin). Son nom chinois est putonghua (langue commune) 普通话 (pinyin: p_ tong huà) : c’est la langue des Han.

Les ethnies minoritaires sont fortement incitées à la parler, souvent avec un accent important. Pour ces ethnies, l’enseignement du mandarin est obligatoire a partir du deuxième cycle du primaire.

Par contre l’écriture, c'est-a-dire les caractères qui la composent, sont les mêmes dans toute la Chine. Cela m’a été très utile quand ma prononciation laissait à désirer.

J’avais préparé, écrits en chinois, tous les lieux ou j’avais prévu d’aller, pour le montrer à un passant ou a un chauffeur de taxi. J’ai conservé cette transcription dans ce récit.

On distingue donc :

    - la langue parlée, en chinois Hanyu 捍御(pinyin: hàn yù)

    - la langue écrite, en chinois Zhongwen 中文 (pinyin: Zhong wén )

En 1958, la République populaire de Chine a adopte le pinyin comme système de romanisation officiel. Utilisé dans l’enseignement (y compris en Chine des 1960), il est devenu la norme internationale vers 1980. Il utilise notre alphabet et permet de visualiser les tons de la langue chinoise.

Il existe quatre tons : le ton uni (ton 1), le ton montant (ton 2) ´, le ton module, descendant puis montant, (ton 3) * et enfin le ton descendant, (ton 4) `.

Au passage, cet aspect de la tonalite, me parait comme étant le plus difficile pour un occidental, dans l’apprentissage du chinois.

Mais le pinyin n’est pas totalement phonétique.

En effet certaines lettres du pinyin ne se prononcent pas comme nous les lisons dans notre alphabet : par exemple d se prononce t, b se prononce p,

j se prononce t, r se prononce j.

Ce qui donne :

Pékin 北京 Pinyin : bei jing phonétique : peï tinn

Le g ne se prononce pas !! 北 signifie ‘Nord’ et 京 signifie « capitale » donc « capitale du Nord »

Pékinois (habitant de Pékin) 北京人 Pinyin : bei jing ren phonétique : peï tinn jenn

Il est néanmoins une aide précieuse pour apprendre à parler. Il fait partie de l’enseignement des petits chinois dès le primaire. Je fais apparaitre la transcription pinyin de temps à autre.

Pour l’écriture et la lecture, la connaissance de 800 caractères (sur plus de 50000), donne une aisance correcte pour des conversations simples.

Le rôle unificateur de l'écriture

Le chinois est une écriture sans alphabet. La Chine possède la plus longue tradition continue d’un mode d’écriture inchangé de la haute antiquité a nos jours. L’écriture chinoise a su jouer un rôle fédérateur et s’imposer a un pays immense.

L’importance de l’écriture, en Chine, est telle que les hommes d’État s’employèrent à maintes reprises a la contrôler. Ces qualités firent de ces graphies des instruments de pouvoir convoites par les empereurs qui souhaitaient avoir prise non seulement sur les hommes mais aussi sur les mots.

La standardisation de l'écriture

L’ingérence de l’Etat dans l’ecriture et l’imposition de styles calligraphiques ou de graphies spéciales est un phénomène récurrent dans l’histoire chinoise. Un cas manifeste d’asservissement des caractères a la politique est fourni par Qin Shihuangdi, le Premier Empereur qui a unifié l’Empire chinois. Sur les conseils de son ministre Li Si, il décréta la standardisation non seulement des unités de poids et de mesure, mais encore de l’écriture.

Les caractères tabous

Une autre prérogative impériale fut l’institution d’un tabou sur le nom personnel des empereurs. Ainsi, le prénom de Tang Taizong qui régna dans le deuxième quart du 7e siècle est Shimin, compose de deux mots usuels qui signifient individuellement “monde” ou “generation” et “peuple”. L’usage de ces mots fut réglementé dans les écrits lorsqu’ils se présentaient en combinaison, moins strictement lorsqu’ils étaient isolés : différentes solutions pouvaient se présenter comme substituer un synonyme, ou atrophier le caractère par l’omission d’un trait. Ces contraintes imposées depuis le sommet de l’État furent généralement respectées car ne pas s’y conformer équivalait a un acte d’insoumission passible de sanctions.

Ces singularités graphiques servent aujourd’hui d’utiles repères de datation. Une utilisation de cette caractéristique sera utilisée pour dater la Premiere Carte Celeste (voir les Grottes de Mogao a Dunhuang dans le tome 2).

Histoire : les dynasties et républiques chinoises

La connaissance des dates des dynasties successives et de l’arrivée de la république

est très utile lors des visites des sites.

La première dynastie, la dynastie des Xia 夏de 2205 av. J.C. à 1767 av. J.C.

La dynastie des Shang 商 de 1766 av. J.C. à 1112 av. J.C.

La dynastie des Zhou 周 de 1111 av. J.C. à 771 av. J.C.

L’époque des Printemps et Automnes 春秋et celle des Royaumes combattants 戰国 770 Av. J.C. à 221 Av. J.C. .Première unification de l’empire

La dynastie des Qin 秦 de 221 av. J.C. à 206 av. J.C.

La dynastie des Han 汉 de 206 av. J.C. à 220 ap. J.C.

Morcellement

La période des trois Royaumes 三国 de 220 à 280

Brève restauration de l’unité

La dynastie des Jin occidentaux 东晋 de 265 à 316

Invasions et morcellement

Chine du Nord : invasions des Huns, des Protos-Mongols et des Turcomans de 316 à 589

Les Seize Royaumes (Nord) 十六国 de 302 à 439

Chine du Sud : succession de dynasties chinoises

La dynastie des Jin orientaux (Sud) 西晋 de 314 à 420

L’époque des dynasties du Sud et du Nord 南北朝 de 420 à 589

Unification

La dynastie des Sui 隋 de 589 à 618

La dynastie des Tang 唐 de 618 à 907

La dynastie des Zhou 周 de 690 à 705

Morcellement

L’époque des Cinq Dynasties et Dix Royaumes 五代十国 de 907 à 960

Unification

La dynastie des Song du Nord 宋 de 960 à 1127

Séparation du Nord et du Sud

La dynastie des Liao 遼 Les Qidan de 916 à 1125

La dynastie des Xia de l’ouest 西夏 Les Dangxiang Qiang 党項 de 1034 à 1227

La dynastie Jin de race toungouse dans le Nord de 1115 à 1234

La dynastie des Song du Sud 宋 de 1127 à 1276

Unification

La dynastie des Yuan 元 Les mongols 蒙 de 1280 à 1368

La dynastie des Ming 明 de 1368 à 1644

La dynastie des Qing 清 Les mandchous 滿 de 1644 à 1911

La République de Chine 中华民国 de 1911 à 1945

La République populaire de Chine 中华人民共和国 de 1949 à aujourd'hui.

La Route de la Soie 丝绸之路 (pinyin : si chóu zhi lù)

Pendant la dynastie Han, 206 av. J.C. à 220 ap. J.C., l’empire était constamment en conflit avec les minorités. L'empereur Wudi (141 av. J.C. - 87 av. J.C. )., 6e de la dynastie, envoya Zhang Qian 张骞 (mort en 113 av. J.C.), à deux reprises, vers les «Contrées occidentales » (aujourd'hui la région du Xinjiang), pour nouer des ententes, de façon a mieux pouvoir lutter contre les barbares du Nord.

Outre leur objectif pacifique, les missions de Zhang Qian amorcèrent des échanges entre la Chine et les pays occidentaux ; ce fut l’ouverture de la ≪route de la soie ≫.

Les caravanes des commerçants des Han transportèrent des tissus de soie vers l’occident qui découvrait ce produit. Des échanges se faisaient avec l’occident qui introduisit en Chine les noix, le verre, le raisin, les épices, etc.

La Route de la Soie partait de Chang'an (Xi'an d'aujourd'hui), ancienne capitale de la Chine, et se dirigeant vers l'ouest arrivait sur la cote est de la Méditerranée et finissait a l'Empire romain. Elle est longue de plus de 7 000 km, dont 4000 km en Chine. Dans sa partie chinoise elle passe par le corridor du Hexi entre le désert de Gobi a l’est et le désert du Taklamakan à l’ouest, elle se sépare en deux (une voie nord et une voie sud de part et d’autre du désert du Taklamakan) ; les deux routes se rejoignent a Kashgar avant de quitter la Chine.

Zhang Qian prenant congé de l’empereur Wudi , pour son expédition en Asie centrale de 139 Av. J.C. à 126 Av. J. C.

Peinture murale des grottes de Mogao à Dunhuang ( grotte 323), réalisée durant la dynastie des Tang 618-907

L'Empire romain et l'Empire byzantin étaient très demandeurs de soie chinoise. Les Romains qui savaient que la soie venait de chez les Seres (nom qu’ils donnaient aux habitants de la Chine) croyaient par contre que son origine était végétale (voir dans ce Tome 1, Hotan, Atelier de soie).

La Chine resta longtemps la seule productrice et exportatrice de soie dans le monde. La soie constituait donc le principal produit exporte vers l’occident. La soie eut même un usage de monnaie au même titre que l’or. Mais rapidement le trafic sur la Route de la Soie devint très intense. Il véhicula également : des arts, des techniques et connaissances scientifiques, certaines inventions chinoises (papier, procédés d’imprimerie, poudre, etc.)

Route de la Soie, elle fut aussi Route de la Foi dans la mesure ou c’est par elle que les religions telles que le bouddhisme (bouddhisme mahayana ), le christianisme nestorien, le manichéisme d'origine perse et l’islam s’implantèrent en Chine. Cette appellation de ≪ Route de la Soie ≫ est due au Baron Ferdinand von Richthofen (1833- 1905) géographe et géologue allemand.

Mon itinéraire

Les moyens de transport sont représentés : avion ou voiture avec chauffeur.

Ce choix de la Route de la Soie, entait donc une très forte envie personnelle mais il fut renforcé par les avis de mes contacts chinois qui m’ont dit que c’était « le plus beau voyage que l’on pouvait faire dans leur pays ».

L’itinéraire a été facile à établir. J’avais tous les éléments en main :

- cartes très détaillées fournies par l’Office de Tourisme de Chine (cartes routières et plans de certaines villes).

- sélection des villes en fonction des informations sur Internet.Je pouvais ensuite définir le temps a passer dans chaque ville

Mon emploi du temps était modifiable à volonté en cas d’imprévu, puisque je maitrisais mon programme dans une ville donnée.

J’ai parcouru la Route de la Soie dans le sens ouest vers est, c’est-a-dire de Kashgar a Xi'an. Par contre, j’ai pris des libertés avec la logique stricte pour des facilites de liaison. L’essentiel était de faire les bonnes étapes.

Le périple ainsi défini représente 10450 km en Chine (de Pékin a Pékin) dont 1800 en voiture. Il passe dans 3 provinces : Xinjiang, Gansu et Shaanxi en commençant et finissant a Pékin.

La partie Route de la Soie proprement dite est de 6600 km. Il faut ajouter 1050 km pour Xi'an - Pékin puisque cette dernière ville ne fait pas partie de la Route de la Soie.

Départ de Bordeaux - Londres - Beijing ( j’ai choisi British Airways, presque moitié prix d’Air France)

Province du Xinjiang

• Ürümqi (1 nuit)

• Turpan

• Hotan

• Kashgar

• Ürümqi

Province du Gansu

• Dunhuang

• Jiayuguan

• Lanzhou

• Linxia

• Xiahe

Province du Shaanxi

• Xi’an

• Beijing

Retour Beijing - Londres - Bordeaux

Association humanitaire au Burkina Faso : un ancien du Cesta nous raconte ...Suite

par Claude Saubignac

 

J’avais dans le Bulletin de liaison ARCEA-CESTA n°37 d’octobre 2006 fait part de ma démarche personnelle pour tenter de vivre au mieux ma retraite. Je m’étais alors engagé auprès d’uneLogopapMamou Solidarité Partage association humanitaire de taille modeste souhaitant pouvoir ainsi mesurer mon apport à cet organisme. On peut retrouver cet article dans le bulletin de l’ARCEA-CESTA rubrique des bulletins « Claude Saubignac : un ancien du Cesta nous raconte » ou sur Google en tapant mon nom.

Ce nouvel article fait suite au premier, il donne des nouvelles de l’association ainsi que de ma modeste personne, retraitée du CESTA, installée dans des opérations de coopération avec le Burkina Faso.

Quelle est la motivation profonde des membres de notre association ? Elle est très personnelle c’est évident et solidement ancrée en nous. Car comment expliquer alors les sacrifices financiers consentis, les difficultés rencontrées localement sur le plan santé, l’inconfort matériel des séjours, la déception de ne pouvoir aider toutes et tous dans leurs besoins les plus immédiats. Le plus décourageant lors de rencontres avec certaines personnes c’est de s’entendre dire : « Qu’allez-vous faire en Afrique alors qu’il y a tant et tant de besoins chez nous ? ». Impulsivement il m’arrive de rétorquer que je suis surpris de cet état de fait car dans notre pays il n’y a que des gens intelligents et capables et que l’on prend soin pour éviter ces tristes constatations d’envoyer nos dirigeants dans une école dite d’administration. Il est évident qu’avec ce type de réponse on ne se fait pas beaucoup d’amis.

Pour mesurer notre engagement nous avons fait participer Jean-Marie MAQUIN, membre du bureau de l’ARCEA-CESTA et de notre association, à l’une de nos missions au Burkina. Je pense qu’avec Madame ils en ont retiré des sensations fortes.

En 2014, notre association existe toujours et continue à intervenir au Burkina Faso. Elle a par contre accru ses activités car elle œuvre maintenant sur deux sites différents. L’initial est situé dans l’aire sanitaire de Siralo, commune de Safané province du Mouhoun. Cette aire comprend 7 villages peuplés de 8000 habitants. Notre présence constante depuis 14 ans auprès de ces broussards défavorisés et les actions entreprises pour améliorer leurs conditions de vie nous ont attiré la considération du Conseil Général de Gironde (CG33) qui a fait de nous une association de référence. Nous avons alors été sollicités par lui afin d’établir un plan d’aide triennal au profit du village nommé Souroukoudingan, particulièrement dans le besoin, de la commune de Karenkasso-Semblat province du Houet, zone habituelle d’action du Conseil Général. Ce partenariat a donné lieu à la signature d’une convention entre les deux parties dans laquelle le CG33 est désigné comme le Maître d’Ouvrage et Mamou Solidarité Partage comme Maître d’Œuvre.

 Notre équipe s’est un peu renouvelée mais elle est restée fidèle à sa devise « Aimer, Comprendre, Aider ». Nous avons du fait de notre présence sur deux sites distants de 265 km modifié notre mode de vie. Pour gagner un peu de temps nous ne montons plus notre camp de toile au milieu du village de Siralo ce qui nous coupe un peu de la population. Nous sommes hébergés dans une mission catholique qui met à notre disposition sa cuisine, les repas sont pris en commun avec les prêtres, le Bénédicité surprend toujours certains d’entre nous ! En fin de séjour nous sommes à Souroukoudingan, nous prenons nos quartiers au centre d’accueil missionnaire de Bobo-Dioulasso en pension complète ce qui nous permet de récupérer un peu avant de rentrer.

En 14 ans de présence au Burkina Faso l’association a connu deux époques différentes.

Les premières années on a vraiment travaillé dans l’humanitaire donc dans l’urgence, il n’y avait rien !! Les problèmes étaient nombreux, tous les membres en mission s’employaient à fond et quand ils rentraient chez eux ils étaient satisfaits d’avoir pu participer à de tels gestes de solidarité. Nos interventions n’étaient pas ou peu programmées, elles dépendaient du ressenti de chacun et de nos possibilités financières du moment. L’association n’avait à cette époque comme interlocuteur local que le préfet qui gérait alors un territoire très important. Toute action se révélait utile et obtenait son aval.

Le Burkina petit à petit s’est structuré administrativement, nous en avons pris conscience lors de la mission de novembre 2007. Nous emmenions toujours avec nous des médicaments que nous récoltions auprès de certains services de santé ou auprès de patriciens. Cette année-là nous en avions 17 cartons destinés aux plus démunis. Stupeur et désarroi : la douane nous les a confisqués à l’aéroport sous prétexte que c’était interdit ! Renseignements pris c’était exact. En effet le pays s’était doté d’une institution la CAMEG chargée de gérer ce problème de gestion et d’approvisionnement, cela correspondait à plusieurs soucis dont deux très importants : éviter que ces médicaments importés ne se vendent dans la rue ou bien qu’ils soient mal utilisés dans les centres de soins par un personnel non qualifié. Nous avons alors plaidé notre bonne foi auprès de la douane centrale et du ministère de la santé, devant notre promesse de s’abstenir désormais d’importer des médicaments sans autorisation, nous avons pu récupérer notre bien. Ici se situe une anecdote qui, si elle me fait encore sourire, m’avait fort éprouvé alors, le document délivré par le ministère nous donnant l’autorisation de récupérer ces colis auprès de la douane devait comporter outre la signature du docteur responsable le cachet du ministère. Au moment de l’apposition du cachet salvateur le fonctionnaire chargé de ce travail s’est aperçu que le dit tampon était sec et impossible pour lui de trouver l’encreur! Ce maudit tampon refusait de laisser une trace visible, nous avons eu recours à notre vice-présidente qui après s’être humecté plusieurs fois la bouche avec de l’eau et en lui soufflant dessus a ainsi réussi à obtenir une image acceptable de ce fameux cachet officiel.

Des assemblées territoriales ont été mises en place. Des maires récemment élus gèrent désormais des communes importantes comportant plusieurs dizaines de villages. Une des constantes de tous les maires c’est qu’ils veulent être maîtres chez eux ce qui nous oblige à travailler différemment. Nous établissons des projets qui sont dorénavant présentés à la municipalité. Nous sommes passés de l’humanitaire à la coopération, il n’est plus question de s’investir suivant son bon vouloir.

Aire sanitaire de Siralo

Sur le plan santé l’aire possède une maternité, un dispensaire, une pharmacie, elle est autonome sur le plan médical et la gestion des médicaments. Notre aide consiste à les appuyer en période de vaccinations, veiller au bon état de l’éclairage et parfaire leurs connaissances.

Pour ce dernier point nous les avons équipés d’un lecteur de DVD et d’un moniteur. Un deuxième centre de soins a été créé à Kiensere, village de l’aire pour permettre un accès aux soins plus aisé, les pistes étant difficilement praticables et souvent coupées en période de pluie. Notre association, quant à elle, alimente un fond d’aide aux indigents afin qu’ils puissent accéder aux soins ainsi qu’aux médicaments.

Au niveau scolaire en 2004 nous avions fait une analyse complète de la situation, notre aide structurée aux écoles a démarré à la rentrée 2005-2006. Elle concerne, l’entretien des bâtiments, le mobilier scolaire, le matériel pédagogique, les fournitures habituelles en livres, cahiers, crayons, ardoises etc. Nous avons amélioré sensiblement la qualité de l’enseignement en leur fournissant des cartes géographiques de l’Afrique et du Burkina Faso ainsi que 9 cartes scientifiques recto verso, des boussoles, des pendules, des décamètres, des chronomètres et enfin des balances avec des poids étalons. Cette dernière dotation les aidants à s’affranchir du commerce de détail qui se fait encore dans certains endroits avec des boites de conserve ou à la poignée. En dernier lieu nous aidons à l’achat de vivres au profit de la cuisine scolaire, les enfants ayant un repas chaud le midi. Cette année 2011 nous avons investi 8 000 € au profit des six écoles, certains d’entre vous nous ont aidés dans notre démarche.

Depuis la rentrée 2005-2006 les effectifs scolaires ont augmenté de 80 %. Si ce chiffre nous conforte dans notre démarche par contre cela induit de nouveaux problèmes. Les classes à 2 niveaux (CP1-CP2, CE1-CE2, CM1-CM2) se trouvent surchargées et à terme il faudra toutes les dédoubler. Ceci implique de nouveaux locaux et leur équipement en mobilier, en matériel pédagogique, la nomination de nouveaux instituteurs et la construction de logements qui leur soient dédiés. C’est une nouvelle étape difficile qui s’annonce.

Nous avions pensé procurer quelques subsides aux caisses des écoles, par le biais des parents d’élève, en développant l’apiculture. Cette activité, que nous voulions modeste en un premier temps, s’est assoupie. Le formateur choisi était incompétent, les parents d’élèves changeant au gré des scolarités n’ont pas transmis à leurs successeurs leur peu de savoir en la matière. Notre copie sur le sujet est à revoir.

Sur les recommandations de nos médicaux, pour éviter l’avitaminose des populations, nous avons créé des potagers dans les villages. Le manque de connaissance au niveau de la culture des légumes, de leur préparation, l’adaptation des goûts, la rareté des semences et leur prix élevé etc.…ont demandé un certain temps d’adaptation. Toutefois tous les villages possèdent maintenant leur potager, celui de Siralo est le plus avancé. Grâce au creusement de plusieurs puits par les agriculteurs l’arrosage s’effectue à l’aide de deux motopompes, une partie de la production est vendue sur les marchés.

Le Projet Triennal de Souroukoudingan

Ce projet couvrait les années 2001 à 2013 et prévoyait :

  - la création d’un potager, d’une activité karité et d’une activité apiculture avec tous les équipements et bâtiments nécessaires à l’exercice de ces activités ainsi qu’une formation spécifique pour chaque équipe, par un organisme officiel, pour chaque équipe ;

  - la construction d’un pré-bâtiment santé réservé aux causeries, aux formations et aux vaccinations ;

  - la construction de logements pour les instituteurs ;

   - la construction de latrines pour l’école.

Le CG 33 a décidé de poursuivre son aide à ce village en 2014 et 2015, beaucoup de choses restent à faire :

   - l’extension du potager nécessite une adduction d’eau importante ;

   - l’étude de la construction de bâtiments en terre crue ;

   - l’étude avec le Ministère de la santé de la construction d’une maternité et à terme de l’implantation d’un centre de soins.

Malgré notre expérience du terrain nous avons toujours quelques aventures hors du commun, permettez-moi que je vous en narre au moins deux.

afrique1 mLes dégâtsLors de mon précédent article j’avais raconté l’histoire d’une crevaison survenue de nuit et ses conséquences. Nous avionsafrique2 mLes dépanneurs alors édicté une règle qui interdisait de rouler la nuit et que tout le monde respectait. Cette fois ci nous rendions visite à un village fort retiré des grandes pistes et difficile d’accès. À l’aller évidemment nous avons crevé, un clou ; pas de souci, nous avions une roue de secours en état. La visite s’est bien passée et nous avons quitté ce village tôt pour être rentré avant la nuit à notre base. Le diable étant là où on ne l’attend pas nous avons à nouveau crevé ! Plus de roue de secours : il fallait appeler à l’aide, un villageois est arrivé avec sa moto et a embarqué notre correspondant local ainsi que la roue à réparer.

Les dépanneurs

Cette réparation devait avoir lieu dans un village situé sur la grande piste, pour nous il fallait tout simplement attendre. Au bout d’un certain temps qui nous a paru une éternité, notre chauffeur a reçu un appel téléphonique (le réseau passe partout !) qui a déclenché son hilarité malgré les circonstances. En fait nos dépanneurs avaient eux aussi crevé et étaient parvenus à la grande piste en afrique4 mProchaine règle : « ne jamais s’embarquer sans biscuits »poussant leur moto, une tierce personne circulant sur celle-ci venait de prendre en charge la roue et notre correspondant pour les amener au village. Pour nous l’attente se prolongeait, nous n’avions plus d’eau, pas de vêtement chaud, ni nourriture, nous étions partis la fleur au fusil. Enfin la dite tierce personne très aimablement nous a ramené la roue salvatrice qui a été remontée à la lueur des portables. Nous sommes repartis difficilement dans notre chemin en souhaitant de ne pas crever à nouveau.

 

afrique5 mLa cérémonieEn juillet 2007 deux de nos membres s’étaient mariés en France et je ne sais plus lequel de l’équipe avait eu l’idée saugrenue de vouloir les « marier » à la mode africaine lors de la mission suivante de novembre. Sur le moment je pense que cela m’a fait sourire, la suite a été plus difficile à assumer. Le jour venu, nos deux amis, qui n’étaient pas dans le secret, entourés de tous les membres de notre association ont vu arriver les officiants du rite. À leur grande surprise, ils ontafrique6 mIl y avait de la poussière !!! alors compris qu’ils étaient les acteurs d’une pièce peu commune. Ce fut un grand moment de convivialité, les africains ont participé avec conviction à ce qui semblait être très sérieux.

Il y avait de la poussière !!!

Dès la fin de la « cérémonie » les tamtams se sont déchainés et surprise nous avons vu arriver à notre campement la quasi-totalité du village qui venait fêter l’évènement! Nous n’avions pour la circonstance qu’une bouteille de Sauternes et un petit bocal de foie gras, et rien à offrir à cette cohorte de gens sympathiques.

Après des danses endiablées il a fallu renvoyer tout ce monde chez soi, imaginez mon embarras ! J’ignore si j’ai été très diplomate mais ennuyé surement. L’histoire ne s’arrête pas là, en effet le lendemain les gendarmes et policiers ainsi que les collègues de l’infirmier major des centres de soin des alentours m’ont reproché de ne pas les avoir invités à ce mariage peu commun et surtout à notre petit extra….par quel mystère savaient-ils qu’il y avait du Sauternes ? Le tam-tam sans doute.

Les déplacements à travers le pays sont problématiques en raison de l’état des routes, des pistes ainsi que des véhicules, leurs locations sont hors de prix pour une association telle que la nôtre. Nous possédions depuis plusieurs années un Peugeot J5 qui nous avait été rétrocédé par une association agenaise. Quasiment en fin de vie quand nous en avons pris possession nous avons réussi à le maintenir en état plusieurs années. Il nous fallait songer à le remplacer car il menaçait ruine. Une bonne fée veillait sur nous, le président du Rassemblement Pédagogique Inter Communal de Lignan de Bazas nous a offert son véhicule 9 places dont il n’avait plus l’utilité. Une véritable aubaine pour nous mais encore fallait-il l’acheminer au Burkina Faso! L’expédier par bateau était une solution mais nous ne pouvions pas le charger de matériel car celui-ci est régulièrement pillé. La deuxième solution consistait à le descendre par la route. Après de multiples discussions, c’est ce qui fut décidé, cinq membres (deux femmes et trois hommes) se proposant pour effectuer l’opération. En dehors de soucis de tous ordres, administratifs, logistiques, se posait la question sécuritaire car il fallait traverser le Maroc, la Mauritanie, le Mali. Des contacts ont été établis avec les ambassades de France de ces pays pour signaler le passage de notre convoi. Les différents services de police de Mauritanie et du Mali donnaient pour consignes de pas s’arrêter en dehors des villes et villages, en cas de panne de ne pas sortir du véhicule en attendant que la police arrive et sécurise le lieu, de ne pas s’arrêter si quelqu’un était allongé sur la route ou faisait signe de stopper même s’il portait un uniforme de policier! Aucun incident à ce niveau, même lors de la traversée de Bamako en plein désordre. Ce samedi 4 février la ville était déserte ! Ce fut un grand soulagement de savoir notre équipe quasiment arrivée.

Un tel voyage de 6 280 km par la route, départ le lundi 23 janvier 2012 et arrivée au Burkina Faso le dimanche 5 février 2012, ne s’effectue pas sans quelques anecdotes.

afrique7 m                 Contrôle de vitesseTout d’abord au Maroc notre minibus a été contrôlé pour un minime excès de vitesse, par des policiers équipés d’un radar

allemand. Vive l’Europe ! À chaque passage de frontière il fallait prendre une assurance locale pour le véhicule. En Mauritanie nos « randonneurs » s’étaient trompés dans le décompte du temps de présence sur le territoire. Lors d’un nème contrôle routier, un policier a constaté la carence en la matière et intrigué par la présence d’une femme au volant a demandé à celle-ci de l’accompagner au poste. S’est alors engagé un marchandage animé et épique : contravention contre mon blouson vert en toile, que je leur avais prêté pour le voyage, et contre quelques tee-shirts de l’association.

Le marché conclu, notre vice-présidente a repris le volant encouragée par les paroles du chef de poste « Tu sais nous en Mauritanie on n’aime pas brusquer les femmes, on sait qu’elles sont sensibles. Allez va et bonne route », elle lui a « emprunté » alors son cheich en souvenir de cette journée peu ordinaire.

Entrée au Burkina Faso par le poste frontière de Koloko

L’association est toujours très active, par contre elle est constamment en quête d’aides financières pas faciles à obtenir en ce moment. L’équipe en place pour récolter de l’argent participe activement à différentes manifestations : vente d’artisanat, adhésions, recherche de dons, etc.

Cette quête est une tâche difficile et absorbe une grosse partie de notre énergie.

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Elle recherche aussi des membres bénévoles pour réaliser ses nombreux projets ; elle accueille avec plaisir toutes les bonnesafrique9 mEntrée au Burkina Faso par le poste frontière de Koloko volontés susceptibles d’initier et de gérer ceux-ci. Certains sont en cours. On peut en citer deux : création d’une bibliothèque estudiantine et fabrication locale de cardeuses manuelles.

La commune de Safané, qui regroupe 40 villages, possède un collège et un lycée. Ces élèves ont peu ou pas de supports livresques et pas Internet bien sûr ; ils sont très demandeurs de dictionnaires divers pour leur permettre d’étudier les langues étrangères et en particulier de se perfectionner en français par le biais du Scrabble. Un entrepreneur de la région, les Grés de Gascogne de Le Barp, expédiant des machines au Burkina nous a proposé de la place dans son conteneur ; nous y avons casé 90 caisses de dictionnaires, d’encyclopédies, de romans, de revues telles que Geo, Sciences et Vie….La gestion locale est déjà sur pied.

Les femmes utilisent des cardeuses manuelles pour carder le coton. Ces outils sont rares et souvent de mauvaise qualité, l’activité est aléatoire en raison de leur pénurie. Nous voulons donc pouvoir en fabriquer localement, la découverte au Maroc d’un industriel fabricant de tapis à aiguilles devrait nous permettre de « monter » ces cardeuses, ce qui créerait un regain d’activité important.

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Notre projet phare reste la création d’une meunerie pour soulager le travail des femmes et la création d’emplois. Il sera parallèlement exposé dans une autre rubrique du bulletin des retraités

Beaucoup d’efforts et d’investissements de notre part pour venir en aide à ces gens. En retour cela nous permet de relativiser bien des choses et de trouver que la France est un beau pays et que beaucoup de ses habitants l’ignorent.


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