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Débat entre deux personnalités du Monde de la Recherche

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Les Révolutions aux Frontières du Savoir

M.D.

Les batailles de l´Intelligence ne sont pas toutes du même intérêt, mais l´écoute du brouhaha des media mérite toute notre attention, comme un bruit de fond mêlant diverses voix significatives. De même que nous traversons la vie sans décoder grand chose de la riche symbolique de nos rêves nocturnes quotidiens, de même l´intelligentsia ne médite pas assez les messages du conscient public au quotidien.

M.L.

Les hommes ont toujours appliqué leur intelligence à trouver dans le bruit de l'information (toute l'information, la scientifique comprise) ce qui est un signal utile (c'est à dire : exploitable pour comprendre les choses et développer des moyen d'agir). On pourrait dire que l'homme cherche du sens dans du bruit, si le terme "sens" ne penchait pas trop du coté philosophique et religieux, c'est à dire du coté de l'émotion, alors qu'on voudrait rester objectif et rationnel. Le progrès des connaissances s'est fait en attribuant à des signaux faibles (pour l'époque, uniquement pour l'époque !) une cohérence rendant possible leur compréhension puis leur utilisation. C'est ainsi que naissent les modèles. Après quoi, tous les systèmes qui en sont issus (religieux, philosophiques et politiques, scientifiques et techniques) cherchent à préserver cette cohérence novatrice en négligeant les faits n'entrant pas dans le modèle. Jusqu'au moment où trop de faits contraires accumulés rendent inévitable d'opérer une autre synthèse, d'établir un autre modèle que celui qui suffisait jusqu'à présent. Ainsi en est-il de la baguette des sourciers. On peut vivre sans la comprendre. Il existe d'autres méthodes pour chercher de l'eau, plus techniques et dont le champ d'action est moins ponctuel. Cependant, un scientifique aussi éminent que Rocard (le père) s'est intéressé à cette baguette, d'ailleurs sans résultat autre que susciter à son encontre des réactions méprisantes de la part de l'establishment scientifique. On peut dire qu'il cherchait des signaux dans le brouhaha, et ajouter que les vrais novateurs dérangent puisqu'ils remettent en cause des schémas acceptés en raison de leur utilité (ou de l'habitude qu'on en a).

Quant au terme intelligentsia il est trop chargé de négatif pour qu'il soit bon de l'utiliser ici !

M.D.

Des intellectuels français se sont plaints du simplisme populaire porté par les media (Klein, Étienne. 2004). Cet élitisme multi-millénaire permet que des savoirs anciens et démontrés soient exclus par les sciences officielles : les techniques subtiles des sourciers, de l´homéopathie, des guérisons par les méridiens, les chakras et l´aura… (voir les références en fin de document). Mais ce fait est regrettable, tant il est vrai qu´aucune certitude scientifique ne progresse indépendamment du système de croyance philosophique courant. Ainsi les mouvements populaires de l´écologie puis du commerce équitable prennent lentement du poids face aux Mathématiques des prix Nobel d´économie…

M.L.

Je m'inscris en faux, la science ne progresse qu'indépendamment du système de croyance car ce dernier en se refusant à abandonner ses a priori, refuse la novation qui le dérange. Lucrèce, dans son introduction au "De natura rerum" explique que les Dieux ne s'intéressent pas réellement au monde sensible parce qu'ils vivent dans des sphères éthérées, et qu'on peut donc chercher à comprendre le monde sensible puisqu'on ne risque pas de les déranger (les nymphes quittent les sources, Nérée sort de la mer et Vulcain de sa caverne; l'homme peut regarder le monde et tenter de le comprendre sans risquer l'arbitraire et la vengeance des Dieux). Ce préambule avait pour but de se mettre à l'abri des réactions hostiles des tenants du système local de croyance… Et dans un genre différent, il faut rappeler que Galilée a été condamné parce qu'il affirmait qu'il était dans l'ordre voulu par Dieu que les planètes tournassent autour du soleil. C'est ce "voulu par Dieu" qui l'a fait condamner, lui s'entêtant dans son expression, l'Église disant qu'un simple mortel ne peut connaître la volonté divine.

Par ailleurs, je me méfie du "démontré" quand on l'applique aux dits savoirs anciens. On trouvera autant (ou peut-être plus) de cas d'échecs des sourciers que de réussites éclatantes. Mais, il est dans l'esprit humain de mémoriser facilement ce qui le surprend et d'oublier plus facilement encore ce qui le dérange. C'est ce qui fait le "démontré". Idem pour l'homéopathie, qu'un esprit critique assimilerait volontiers à un effet placebo. Pour les chakras et l'aura, je ne suis pas compétent.

La science est quantitative, au moins dans l'ordre statistique : s'intéresser à un fait, nécessite qu'il soit reproductible à volonté, c'est à dire prédictible, et mesurable, mais au moins il doit "émerger" du bruit de fond et de l'aléatoire. Les quelques savoirs anciens montés en épingle, sont d'une autre catégorie. Quand la danse du chaman n'obtient pas le résultat espéré, c'est seulement que cet homme ne sait pas intéresser les Dieux (on peut donc s'en débarrasser sans vergogne) : explication qualitative là où notre exigence est quantitative. S'appuyer sur des savoirs anciens sans avoir de statistiques sur leurs réussites, ne me satisfait pas.

Quant à l'opposition entre mouvements populaires et prix Nobel, elle ne sert qu'à flatter le populaire car on ne peut confronter des choses de natures différentes. Le Nobel tente de modéliser ce qu'il perçoit, il se hasarde à des prévisions. Les autres tentent de modifier nos comportements (vers plus de prudence vis à vis de notre environnement ou plus d'équité globale), ils font de la politique (au sens noble de l'organisation de la vie de la cité). C'est leur passion qui les pousse à agir. Les dits-mouvements populaires ont un système de valeurs qui néglige ou minimise certains aspects du problème, le Nobel mathématicien tente d'être impartial. Ce sont deux mondes différents. Inutile donc de les opposer.

J-F. E.

À ma connaissance, Einstein a été inspiré dans sa recherche d’une théorie synthétisant tous les acquis scientifiques du XIXe siècle (sur l’électricité, le magnétisme, l’électromagnétisme et la mécanique gravitationnelle) par sa vision métaphysique d’unicité dans tout l’Univers. Proche d’Aristote avec lequel il partage une vision synthétique et unificatrice du monde, Einstein a dit « Je veux connaître les pensées de Dieu ; tout le reste n’est que détail. ». Il a lui-même affirmé que « le sentiment religieux cosmique est le motif le plus puissant et le plus noble de la recherche scientifique ».

M.D.

Penchons nous donc aujourd´hui avec un regard sympathique envers les scientifiques mis au ban des diverses Académies, et confrontons-les aux soucis à long terme des théologiens en même temps qu´aux excitations des média de court terme.

Nous prendrons à cette fin un thème pour chacun des grands domaines scientifiques modernes : la Biologie médicale, la Physique quantique et la Psychologie profonde. Pour la première, le thème de la mémoire de l´eau a fait scandale ; pour la seconde, l´interprétation de Copenhague sur la mécanique quantique fait violence ; pour la troisième, le complexe d´Œdipe interprété à l´encontre de toute rigueur fait encore autorité. Nous proposons que la vigueur, voire la violence, mises par les autorités scientifiques du moment à rejeter la crédulité populaire, par exemple dans la guérison par imposition des mains, révèlent la riche différence des philosophies sous-jacentes, mais certainement pas leurs rationalités respectives, mises ou non sous format mathématique.

M.L.

Pour la Biologie médicale et la mémoire de l'eau, je me contenterai de m'étonner qu'un si petit nombre de molécules restant en solution puisse avoir un si grand effet alors qu'il en existe bien plus dans la Nature et que ces dernières sont sans effet. A voir, en se rappelant toutefois qu'en chimie on connaît l'influence des catalyseurs, qualitative plus que quantitative (mais on explique aujourd'hui le fonctionnement des catalyseurs sans faire appel à du qualitatif). Là encore, le problème est double : celui de la démonstration des affirmations sur les possibilités physiques d'action, celui de l'arbitrage sur l'opportunité de se pencher sur tel problème nouveau alors qu'on n'a pas fini d'exploiter les voies en cours. En tous cas, je préfère éviter l'imposition des mains et l'usage de l'eau bénite, et je ne porte pas d'amulette : efficacité insuffisamment prouvée…

Pour Copenhague, deux problèmes à ne pas confondre :

- nous ne pouvons pas savoir où est la particule mais elle est quelque part, toutefois dans la mesure où le modèle d'une particule (petite bille bien ronde) est encore valable (on peut en chercher d'autres et cela se fait, comme nous y oblige l'expérience d'interférence d'une particule avec elle même);

- "Dieu ne joue pas aux dés", disait Einstein, ce qui est en accord avec notre perception du monde sensible à notre échelle (mais peut-être pas adapté à celle des particules, mot facile à utiliser parce que l'image d'une particule provient de notre expérience courante).

Pour le reste, guérisseurs et psychos en tous genres, je ne suis pas compétent mais je me rappelle ce qu'un médecin ayant longtemps pratiqué en Chine disait de l'acupuncture : on supprime la douleur où et quand on pique, mais le lendemain, il en apparaît une autre ailleurs (sous-entendant que piquer modifie le déséquilibre du corps mais ne le répare pas). Plus généralement, le problème n'est pas le livre de recettes (le comment) mais pourquoi une certaine combinaison marche parfaitement et une autre à peine différente conduit à un raté. Ça peut valoir le Nobel à qui sait regarder une casserole de pâtes.

L'envie –éternelle- de découvrir des explications à ce que nous voyons, ne doit pas conduire à faire appel à des forces obscures, explication non-rationnelle et non-démontrée, pour expliquer ce que nous ne comprenons pas [encore]. Le chamanisme est bien l'exemple de cet appel à des forces obscures et non-maîtrisées.

J-F. E.

Lors d’un séjour récent à l’ESRF (l’installation Synchrotron de Grenoble), j’ai pu mesuré l’importance du dialogue entre les Biologistes, les Physiciens, les Chimistes et les Mathématiciens pour construire et élaborer des thèmes de recherche mettant ainsi en pratique le concept de fertilisation croisée.

M.D.

Avez-vous vérifié la non-véracité des sciences subtiles rejetées par l’establishment ? Quand j’emploie ce mot, j’entends par là que j’en suis issu de cet establishment mais je me suis trompé ; quand j’ai exploré moi-même ce qu’il rejette sans expertise, je m’en suis donc exclu. Et pourquoi donc seule l’interprétation officielle pourrait-elle adhérer à des certitudes invérifiables comme la théorie des super-cordes ?

-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o

M.D.

En préambule, observons que le scientifique est confronté à une poignante interrogation au même titre que tout homme, celle de l´existence de Dieu, et cette question gagne à être abordée explicitement pour ne pas pourrir les débats, car bien des agnostiques vivent dans la peur que certains raisonnements, comme l´éternel débat sur le dualisme cartésien, ne cherchent qu´à déboucher sur la preuve de cette existence. La déclaration du scientifique Teilhard de Chardin, qu´il croyait en Dieu malgré les miracles, est partagée par tous ceux qui croient que Dieu respecte trop la liberté de l´homme pour avoir laissé traîner la possibilité de preuves scientifiques de son existence.

M.L.

Moi, j'aimerais bien que Dieu nous fasse quelques miracles, bien publics, pour nous montrer qu'il s'intéresse à nous. Mais dans le monde si vaste et si vieux, qu'il a à gérer et à maintenir, comment trouverait-il le temps de s'intéresser à des petits animaux, sur une petite planète, tournant autour d'un petit soleil, dans une galaxie tout à fait moyenne ? Au moins, la totale absence de manifestation de sa part, nous laisse libres de faire de la science.

Quant à Teillard, c'est le propre de l'homme de foi qu'il n'a pas besoin de preuves pour croire, il lui suffit d'un pilier (comme Claudel)… Concluons vite : aucun raisonnement, aucun fait expérimental, ne peuvent faire croire à l'existence de Dieu mais espérer que le monde n'est pas fait que de bruits et de fureur, est au cœur de l'homme car si le monde a un sens, notre vie en a un aussi... En plus, ce monde est si merveilleusement réglé qu'on pourrait penser à l'existence d'un grand Ordonnateur. Mais alors, à quoi joue-t-il ?

M.D.

De là l´importance théologique des propos du Christ en tant que le Guérisseur par excellence, référant les patients au constat des Docteurs représentant l´autorité scientifique du moment : les guérisseurs et les docteurs d´aujourd´hui, face au traitement par les média de la tragédie du cancer et des thérapies officielles ou parallèles, font bien de s´en inspirer.

M.L.

Rendons au Christ ce qui est à lui. Il s'est toujours beaucoup fait prier avant de faire quelques miracles. Sa mère pour Cana et ses disciples en d'autres circonstances, ont du le supplier pour qu'il consente à exécuter ses tours de magie. Je suppose que c'est par charité pure qu'il a accepté de les satisfaire, puisqu'il a fait ses miracles sans avoir envie de les faire.

Sur le cancer et les thérapies parallèles, je prendrai l'exemple de la machine de Prioré, guérisseur des temps modernes, c'est à dire : entouré de pseudo-science et de vraie technicité. Elle a certainement guéri quelques souris du cancer mais j'ignore combien elle n'en a pas sauvées. Je me tairai donc sur les guérisseurs, et aussi sur les docteurs, parce que peu parmi eux à l'époque de Prioré n'a voulu en savoir plus (encore le corporatisme de la science officielle). Outre l'inertie de l'esprit humain et son attachement à ses explications acquises, il y avait assez de malade que les voies traditionnelles pouvaient guérir ou prolonger, et assez d'urgences pour ne pas s'attarder à des traitements marginaux. On est là dans un choix d'utilité : préparer le long terme ou faire au mieux avec ce qu'on sait et qu'on a sous la main. Mais quand même, l'empirisme ne mène jamais loin alors que la physique va très au delà du point de départ qui a servi à élaborer une théorie nouvelle.

Quant aux médecines parallèles ou alternatives, il n'y a rien de prouvé, même par leurs défenseurs, lesquels ne font état que de cas particuliers, pas de statistiques à base objective.

M.D.

Au sujet de l´autorité du moment, on accuse vite les papes sur le cas de Galilée, oubliant que c´est un pape qui l´a longtemps protégé des critiques de l´autorité scientifique de l´époque, l´Ínquisition. Quand les media répandent une analogie avec les condamnations par l´Académie de Médecine ou par une publication scientifique, au prorata de la cruauté des mœurs de chaque époque, ont-ils vraiment tort ? Comme souvent ces media se prononcent ainsi à l´occasion fugitive de la sortie d´un livre perçu comme révolutionnaire, n'expriment-ils pas en fait la petite voix de la conscience de la Science, avec ses doutes et son trouble ?

M.L.

Sauf que les média cherchent le sensationnel qui retiendra l'attention des lecteurs, et comme ceux-ci ne sont pas toujours rationnels, les média préfèrent soulever des problèmes qu'aider à les résoudre. La solution dépassant l'information, ils ne s'interrogent pas sur le sens de la vie, ils font de l'info qui paye… Cela dit, le corporatisme de l'Ordre des médecins est désolant. L'importance des médias et de la concurrence, vient du fait que leur libre existence empêche de passer sous silence des faits dérangeants. On peut ne pas s'y intéresser mais on ne peut ignorer qu'ils sont là, identifiés.

M.D.

Depuis Samuel Hahnemann, la mémoire de l´eau, comme la détection de sa polarité avec une tige de sourcier, sont des faits irréfutables, mais comme les limitations des enseignements actuels ne donnent aucune explication, des académiciens nient avec cruauté des faits qui bouleverseraient les Biosciences. En Physique quantique, sans doute l´interprétation de Copenhague est-elle la croyance bloquante, mais elle est la marque du vingtième siècle annonçant la fin du déterminisme scientifique, bien commode pour annoncer la mort de Dieu. La liste des opposants talentueux depuis Einstein est longue (L. de Broglie, E. Schrödinger, D. Bohm, W. Tiller, G. Grössing… voir liste de références en fin de document) qui voulaient préserver pour la Physique l´astreinte et l´autorité de la chose mesurable ; mais le point de vue philosophique de Heisenberg prévaut encore. Le philosophe Jacques Maritain avait bien montré dès 1930 que la prétention des théories physico-mathématiques, de Copenhague pour la mécanique quantique, à imposer une interprétation ontologique biaisée, conduirait à une perception déboussolée du monde…

M.L.

L'interprétation de Copenhague n'est pas la fin du déterminisme (ou du principe de causalité). Celui-ci s'applique très bien à notre échelle, chaos compris, parce qu'il s'agit alors d'effets à caractère pleinement statistique. Ce qui nous dérange tant, provient simplement que nos modèles pour l'infiniment petit sont basés sur des habitudes –on dit des concepts- qui s'appliquent mal à des objets isolés, à des dimensions très différentes. La similitude du langage est trompeuse. La physique quantique fonctionne bien sur les petites échelles et la relativité –pleinement déterministe, je crois- sur les grandes. D'où la question très fondamentale d'établir un modèle unifié rendant compte des deux modèles. Encore qu'avoir un modèle qui fonctionne bien, qui est utilisable et utilisé en pratique, ne signifie pas qu'il correspond à la réalité la plus complexe mais uniquement qu'il a des raccordements tangents à cette dernière, qu'il est satisfaisant et utilisable dans un certain domaine de précision.

Quant à Maritain, qu'il ne supporte pas de perdre ses repères habituels, montre d'une part la force d'inertie de l'esprit humain, d'autre part sa méconnaissance personnelle de la Physique. Bien sûr, certains des concepts novateurs sont franchement dérangeants (Copenhague ou les 11 dimensions des cordes par exemple) mais ce sont des modèles pour représenter le monde, aucun physicien prétend qu'ils sont la réalité. Et en tous cas, la physique quantique n'annonce pas la mort de Dieu, simplement parce que cette donnée n'est pas prise en compte dans la physique. Ne mettons pas de l'émotion là où on cherche le démontré, c'est bien là qu'on biaiserait les propos.

M.D.

Vous devriez relire Werner Heisenberg. "Das Naturbild der heutigen Physik", Hamburg, Rowohlts deutsche Enzyklopädie 8. 1953. Jacques Maritain n’avait pas rêvé, et Heisenberg était bien devenu un acteur de la conquête nazi.

M.D.

La désaffection des Sciences doit être interprétée comme le rejet de tels amalgames : il faut s´empresser de remettre à leurs places respectives la philosophie de la Nature et la métaphysique d´une part, les mathématiques et domaines du savoir d´autre part, pour encadrer les domaines de l´action, à commencer par l´ingénierie. Pour avoir trop tardé à libérer les intelligences, la Bastille de l´interprétation de Copenhague va maintenant être confrontée à la loi de Moore, selon laquelle les ingénieurs de la microélectronique renversent inlassablement les obstacles á la miniaturisation depuis trente-cinq ans.

M.L.

La loi de Moore n'a rien d'immuable, elle est purement empirique et statistique, et on approche de ses limites quand les longueurs de diffusion des porteurs sont du même ordre que les dimensions physiques des zones semi-conductrices, ce qui est pour bientôt. C'est pourquoi on commence à parler d'électronique et de composants quantiques (probablement par une image plus que par du fondamental).

J-F. E.

Pour répondre à ce défi, les physiciens du XXe siècle ont retenu le concept de champ de matière quantique. A chaque particule correspond un quantum de champ. Il n’existe plus de dualité onde-particule, chère à Louis De Broglie. Les particules sont des manifestations de la réalité sous-jacente des champs. Comme les champs ne sont rien d’autre que des états de l’espace (ou du vide), une particule et son anti-particule peuvent acquérir une existence virtuelle en un point de l’espace-temps. Lorsqu’une particule est piégée dans un espace limité (entre deux discontinuités de potentiel, par exemple) de l’ordre du nanomètre (10-9 mètre ou 10 Angströms), elle ne pourra posséder une plus grande longueur d’onde que l’espace limité au nanomètre soit une énergie cinétique de particule supérieure à 1 électron-volt (i.e. 10-19 joule). Donc, pour une énergie électronique inférieure à 1 électron-volt (cas des électrons libres de se déplacer dans les différentes couches atomiques d’un transistor), la particule devient quasi-virtuelle car sa longueur d’onde est supérieure à l’espace limité et il n’est plus parlé que de probabilité de présence dans cet espace-temps. Il faut cesser de raisonner dans l’espace de Fourier pour se placer dans le domaine de l’espace-temps. Ce qui signifie, pour ma part, que le principe d’incertitude d’Heisenberg n’est pas un mur théorique mais plutôt une frontière au-delà de laquelle, il faut réviser notre approche analytique pour faire application d’une approche quantique en terme de probabilité d’amplitude.

M.D.

Mais la désaffection des Sciences doit être interprétée à l´inverse comme la préférence pour les domaines de l´action, efficaces mais bafoués par les Sciences officielles. Les échecs de la médecine allopathique ne permettent plus au Conseil de l´Ordre de contrer les techniques ancestrales des guérisseurs qui, modernisées, remettent en vigueur l´efficacité du Qi Qong et autres approches énergétiques. De même, la contestation de l´emprise du Freudisme, malgré son paroxysme au déclenchement de la libération sexuelle, s´explique simplement par son échec à résoudre efficacement les problèmes psychologiques. L´interprétation de l´Œdipe par la symbolique de la Psychologie profonde est bien plus universelle que celle imposée par la personnalité de Sigmund Freud et acceptée par une société en quête de sexuel.

M.L.

Freud a été une étape dans la découverte du rôle de l'imaginaire et de l'inconscient sur les comportements. Il a en fait ouvert des voies de compréhension des mécanismes qui gouvernent l'humain, mais depuis il y eu quelques progrès dans la libération de l'esprit. C'est comme toujours, Freud expliquant bien certains problèmes, tout perfectionnement des connaissances doit intégrer une part des idées antérieures, et Freud a une petite chance de survivre. Je n'irai pas plus loin, je ne suis pas expert en la matière…

M.D.

En bref, les Mathématiques ne prennent de sens qu´en complément à une Philosophie de la nature encadrant un domaine du savoir fondé sur des faits, que ce soit la Physique quantique, avec la non-localité chère aux guérisseurs, que ce soit la Biologie, avec la causalité de forme (R. Sheldrake), ou la Psychologie avec la synchronicité (C. G. Jung, J. Arraj) chère aux psychistes…

M.L.

Refusé ! Les Mathématiques définissent des objets en s'inspirant du réel, après quoi (souvent longtemps après mais le mouvement scientifique a bien accéléré pendant le dernier siècle) on peut réinvestir grâce à elles dans les modélisations du réel. Ca ne leur donne pas du sens mais de l'utilité. Elles constituent une science en soi, un objet (ou une classe) d'études en soi, elles ont leur sens propre. Elles ont l'utilité d'apprendre la logique, la rigueur et le raisonnement, méthodes qu'on peut appliquer à l'étude du monde réel. Elles offrent des outils dont chacun fait ce qu'il veut. Cependant, il est clair que les travaux scientifiques, dans quelque branche que ce soit, font de plus en plus appel à des techniques mises au point dans d'autres branches du savoir. Peut-être dit-on cela en raison d'une classification des sciences simplificatrice pour l'esprit humain mais réductrice d'une réalité beaucoup plus complexe. Dans cette image implicite, disons que toutes les sciences font appel aux outils mis au point dans les branches voisines, mêmes les Mathématiques puisqu'elles font appel à l'informatique pour démontrer des conjectures (dans certains domaines).

Et qu'est-ce donc que la "non-localité chère aux guérisseurs" ?

M.D.

Vous avez une perception restreinte de l’invention mathématique qui est une inspiration de l’inconscient collectif, tout autant qu’une œuvre d’art, et non pas une tâche d’un besogneux isolé. C’est d’ailleurs très bien rendu par F. de Closets. Voir aussi sur ce sujet Bergson, Bachelard, ou Jung.

J-F. E.

Il est vrai que la biologie est loin d’avoir assimilé les avancées de la physique. Les biologistes moléculaires continuent de raisonner avec une logique mécaniste. S’inspirant des avancées de la physique dans le domaine de la théorie des champs, par les travaux d’Einstein, et de la mécanique quantique, par les travaux de Planck, Bohr et al., la théorie des champs morphiques de Sheldrake s’inscrit dans une continuité évolutive en biologie. A contrario, pendant mon séjour à l’ESRF, j’ai vécu une expérience unique prouvant que les Biologistes aussi intégraient maintenant ces nouveaux concepts de champs quantiques dans leurs démarches. En effet, au cours de notre expérience commune, physiciens, chimistes, spectroscopistes, laseriste ont mis en évidence pour la première fois au moyen de Rayons X l’interaction de champs quantiques photoniques avec les champs quantiques des particules (atomes et électrons) constituant une molécule biologique du vivant : celle d’hémoglobine.

Poursuivons sur l’hypothèse de Sheldrake qui est celle de la causalité morphique. Il suppose l’action d’un champ physique particulier qu’il appelle champ morphique Une même espèce ou une même entité (moléculaire ou autres) verra son comportement modifié par celui des autres placés dans les mêmes conditions circonstancielles suite à un phénomène de résonance morphique. L’hypothèse de la causalité morphique suggère que la mémoire est inhérente à la nature. Les phénomènes de télépathie résulterait de cette propriété des espèces vivantes (voir réf S. Carfantan, 2005). L’hypothèse de la causalité formative rejoint directement la théorie de l’inconscient collectif de C.G. Jung.

De même, l’histoire de la synchronicité est aussi vieille que l’humanité. Ce concept rassemble toutes les méthodes interprétatives établissant des relations entre des "signes" (astraux, cartes, numéros, etc., et le destin des gens. Le premier chercheurs intéressé à ces problèmes au XXe siècle fut Kammerer, l’autrichien qui étudia la loi des séries. Le psychologue C.G. Jung ainsi que W. Pauli (le prix Nobel) furent très influencés par les recherches de Kammerer. Après application de ce concept pour aider à soigner des patients, il fut appliqué en biologie, en physique (par exemple, l’explication des fractales temporelles) et dans les arts. Ce qui est dérangeant, c’est que les coïncidences dans ces phénomènes régis par la loi des Séries sont l’antithèse du principe de causalité. Dans ce cas, comme tout ce qui n’est pas causal n’est pas scientifique, ces phénomènes sont rejetés comme ayant des liens avec la parapsychologie.

M.L.

Les dits savoirs anciens sont constitués de recueils de recette à appliquer strictement, ils ne disent que comment. C'est de l'Alchimie. Le vrai savoir consiste à expliquer le pourquoi des choses, de manière objective, répétitive et mesurable pour que les faits soient indiscutables. Il est vrai que la physique quantique montre que mesurer déforme l'objet mesuré, la réalité, et qu'on ne peut accéder directement à cette dernière. Oui, mais il reste toujours possible de faire des corrections qui nous en rapprochent et de mettre au point des méthodes d'approche plus subtiles, moins déformantes. Quant aux Mathématiques, elles sont parfois hermétiques mais elles permettent de corréler les faits et les grandeurs, ce en quoi elles sont irremplaçables. Quant aux progrès des Sciences, ils sont toujours dus à l'attention portée à un/des fait/s inhabituel/s, dérangeant/s parce que répétitif/s : les faits sont têtus. On peut certes ne pas s'y intéresser s'ils ne sont pas trop nombreux, et si on n'a pas de génie, mais tôt ou tard il faut leur donner une place. C'est ce qui a été souvent tenté pour divers dits-savoirs, la lecture de l'avenir en est un bon exemple, mais sans succès.

Cet article fait réagir mais je vois mal ce qu'il cherche. Les Médias, les mouvements populaires et le Nobel d'économétrie, la "crédulité populaire", les agnostiques, l'imposition des mains et l'existence de Dieu, etc… mon Dieu, quel amalgame informe !

M.D.

Quant à attribuer à l’échelle quantique une vertu particulière vis à vis de la perturbation par la mesure, il faut y regarder à deux fois : c’est à cause de cette même perturbation qu’il avait fallu, bien avant elle, inventer la déconvolution, et le démon de Maxwell a toujours été dans nos consciences.

Commentaires

M.L.

En conclusion, pour le fond, il est clair qu'il reste des faits troublants, et à diverses échelles (celle de l'univers, celle de l'homme, celle des particules) : la science n'est pas terminée. Encore faut-il examiner ces faits avec objectivité, c'est à dire avec des mesures chiffrées, d'abord sur leurs occurrences, ensuite sur leurs effets, enfin sur leurs causes.

M.D.

Face à la tristement célèbre injonction de Paul Dirac aux Physiciens qui a permis une telle durée de vie à l'interprétation de Copenhague, "Fermes-la et calcules" ("Shut-up and compute"), adoptons plutôt le plus Einsteinien précepte : "Médites et expérimentes" ("Ponder and experiment").

J-F. E.

Quoi qu'il en soit, la vie et l'existence de l'univers restent toujours pleine de mystères. Les limites de la connaissance sont repoussées aux Frontières du Savoir auxquelles les scientifiques se confrontent quotidiennement. Cela implique-t-il d'investir aussi dans l'étude de sujets "exotiques" et "irrationnels" ?  Pour le bénéfice de l’homme, il est nécessaire parfois de s’engager dans des voies de recherche peu ou pas éclairées. Comme on ne peut pas tout faire, il arrive que, grâce à des initiatives personnelles, ces espaces peu éclairés soient explorés ! mais qu’il soit pris soin au préalable de demander des cautions extérieures pour bénéficier d’une certaine fertilisation croisée riche de potentialité et de succès. Si rien n’est trouvé, personne ne pourra le reprocher à ces solitaires !

Références sur les chakras et les auras

Henri Bergson, L'énergie spirituelle, 1919, PUF-Quadrige.

Barbara Ann Brennan, Hands of Light : a guide to Healing through the Human Energy Field, Bantam Books. 1988

Michel Y. Depeyrot, The Vacuum is a mathematically Complex Ether, Private communication to Jacques Benveniste, October 3, 2004

Michel Y. Depeyrot, Experiments with the Memory of Water for the Negationist, April 2006, To be published in the Journal of "NAET, Energetics & Complementary Medicine", 2007

Valerie V. Hunt, Infinite Mind : Science of the Human Vibrations of Consciousness, Malibu Publishing, 1996

William Tiller, The Prism experiment, Science and human transformation : Subtle Energies, Intentionality and Consciousness, Pavior, 1997.

Ambika Wauters, Chakras and Their Archetypes : Uniting Energy Awareness and Spiritual Growth, Crossing Press, 1997

Références sur la psychanalyse freudienne et les psychothérapies

Joan Chodorow, Encountering Jung : on active imagination, Random House, 1997.

Robert Desoille, Exploration de l'affectivité subconsciente par la méthode du rêve éveillé ; J.L.L. d'Artrey, Marie-Clothilde, une psychothérapie par le RED, Payot ; Entretien sur le RED en psychothérapie, Payot, 1973

Elio Frattaroli, Healing the Soul in the age of the Brain: becoming conscious in an unconscious world, Viking Penguin, 2001

Sigmund Freud, The essentials of psycho-analysis: the definitive collection of his writings, Penguin Books, 1986 ; Leonardo da Vinci and a Memory of his Childhood, TheBookCom, Horsham, 1910

Richard Friedman,  Jennifer I.Downey, Sexual Orientation and Psychoanalysis, Columbia University Press, 2002

Jean-Joseph Goux, Œdipe, Philosophe, Aubier, 1990

André Green, Les chaînes d’Éros : actualité du sexuel, Odile Jacob, 1997

James Hillman, The Soul’s code : in search of character and calling, 1986

Allan J. Hobson, Dreaming, Oxford, 2002

Jolande Jacobi, Complex, Archetype, Symbol in the Psychology of C. G. Jung, Bollingen series LVII. 195

Références sur les Sciences

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Voir dans Goldstein sur la "Bohmian Mechanics" 

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