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Un ancien du Cesta nous raconte ...

par Claude Saubignac

De ses études, de la vie frais émoulu

entre parents et enfants ayant bien vécu

l’employé, avant l’âge n’ayant pas prévu,

fut fort surpris quand la retraite fut venue.

 

 

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Sûr de mes possibilités d’intégration dans différents domaines et de la multitude d’activités ludiques existantes, je ne me suis guère soucié de ma future disponibilité. Après avoir participé à diverses activités, force me fut de constater qu’il me manquait quelque chose…

Par le passé, j’avais songé à coopérer avec des associations participant à l’aide humanitaire ; après réflexion et examen attentifs du fonctionnement de ces ONG, j’avais conclu que ce n’était pas ce que je recherchais. En effet les structures de ces organismes sont telles qu’il est difficile de mesurer l’impact de ses propres actions et d’influer sur leur politique générale. En conséquence, j’avais abandonné cette idée.

Un jour de l’an 2000 en lisant le journal régional (Sud-Ouest) et en parcourant la rubrique locale, j’ai découvert qu’il existait une association œuvrant au profit des populations déshéritées. Le Président demeurant à 200 mètres de mon domicile, je me suis précipité toutes affaires cessantes chez lui. Cet homme était rentré le matin même du BURKINA FASO et n’aspirait qu’au repos, il a dû d’abord répondre à mon flot de questions. De cet entretien est né mon engagement total aux vues de cette association : 

·  aides menant à l’autonomie,

·  bénévolat sans concession

·  transparence et responsabilité vis-à-vis des bienfaiteurs.

Devenu membre de MAMOU SOLIDARITÉ PARTAGE, j’ai participé dans un premier temps à un travail très important : recherche de subventions, de dons, de matériel, information dans les écoles, collèges, lycées, etc.…. 

Durant cette période, les « anciens » m’ont transmis leurs réflexions nées de leurs expériences sur le terrain et je m’en suis imprégné. Une des grandes leçons que j’en ai retirée, c’est que l’aide humanitaire se prépare et n’est pas aussi facile à mener qu’il y parait. Pour illustrer mon propos, je citerai  le cas de l’aide alimentaire : si celle-ci a un effet bienfaiteur à court terme, elle a pour résultat la disparition des agriculteurs qui ne trouvent plus à vendre leur récolte. C’est pourquoi l’association investit un maximum localement, seuls les produits manufacturés introuvables sur le marché échappent à la règle. Confucius disait : « Quant un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que lui donner un poisson. ». En résumé, l’aide efficace est celle qui mène au savoir et à l’autonomie, il faut être très vigilant sur le sujet. 

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Quelques mots sur mon cheminement au sein de l’association : en premier lieu je fus chargé d’étudier l’électrification du bâtiment de santé et d’en choisir le type : éolien ou photovoltaïque. Lors de mon premier séjour (2002), j’avais apporté avec moi un anémomètre  pour effectuer quelques mesures sous le regard des vieux du village qui croyaient dur comme fer que j’essayais de faire pleuvoir…Les vents au BURKINA FASO étant des vents thermiques, l’éolien a été abandonné. Par ailleurs je me suis fortement motivé pour la scolarisation, le primaire en particulier manque, de façon criante, de moyens pédagogiques. L’association  a fait un effort conséquent en ce sens et permis aussi d’aider les enfants entrant au collège.

Investi des fonctions de correspondant officiel, je me suis attaché à promouvoir notre action par la participation aux différentes manifestations : marché africain de La Teste de Buch, marchés de Noël, réunions d’associations,  information auprès du Conseil Général, etc. J’ai développé un site Internet résumant nos actions, nos objectifs et nos espoirs (http://site.voila.fr/mamoumsp) et qui, je l’espère, répondra aux questions que vous pourriez vous poser. Également un diaporama nous permet de répondre à toutes les demandes d’information ou d’explication des collectivités quelles qu’elles soient. 

Enfin en 2005 notre président nous a quittés pour rejoindre son nouveau poste professionnel à MAYOTTE., la « vox populi » m’a demandé de le remplacer. Soucieux du devenir de l’association, conscient de m’engager dans une tâche délicate et exigeante, j’ai donc accepté en espérant ne pas décevoir tous nos amis.

Et l’Afrique dans tout cela ? Pour qui sait la voir, l’entendre et la comprendre, elle est source d’enseignements : respect des vieux, des traditions et entraide totale. Les Burkinabés sont des gens merveilleux, toujours heureux et souriants malgré leur grand dénuement, nous nous y sommes faits de grands et solides amis. Leur devise et expression familière est : « Il n’y a pas de problème ». 

Ma première mission devait avoir lieu en novembre 2001. Nous étions douze personnes impatientes de partir : valises bouclées, vaccins à jour, passeports en règle et programme de travail en poche. Quelques jours avant le départ, patatras, notre transporteur la SABENA avait déposé son bilan, il était trop tard pour en trouver un autre, une histoire belge en somme. La mise en œuvre d’une mission de cette importance étant relativement lourde nous ne sommes repartis qu’en novembre 2002. Entre temps, mon épouse a décidé de m’accompagner dans mon aventure : cette décision sera source de quelques situations cocasses nous concernant. 

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Réalisation d'une réserve d'eau

À notre premier atterrissage à OUAGADOUGOU, ville bleuie par les gaz d’échappement  des mobylettes et noyée dans un bruit infernal, nous avons logé à l’hôtel « Le Grillon ». À l’équipement très sommaire et aux sanitaires défaillants s’est ajouté la présence de cafards et d’autres insectes vous courant sur le corps en l’absence de moustiquaires ; quant aux margouillats ils faisaient la sarabande sur les tôles de la toiture. J’ai donc passé ma première nuit au Burkina la savate à la main, écrasant, chassant tout en réconfortant ma moitié qui souhaitait reprendre l’avion pour Paris le matin même.

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La corvée de bois

Cette histoire ne s’arrête pas là, en effet au retour, nous n’avons  pas eu d’autre solution que de revenir à cet hôtel ; par chance et après quelques  palabres, on nous a donné une chambre moins délabrée que lors de notre arrivée. Le jour de notre départ, avant notre transfert à l’aéroport, nous sommes allés  déjeuner  après avoir soigneusement fermé notre porte à clef. Au retour nous n’avons pu ouvrir celle-ci. Gros émoi, pas moyen de récupérer nos bagages et surtout nos papiers, « pas de problème, on va ouvrir la porte », le réceptionniste, le cuisinier, la femme de chambre et nos amis s’y sont mis. Rien à faire, la porte restait obstinément close. L’heure avançant, il a fallu casser le mur autour de la serrure pour entrer et prendre nos affaires. Trois ans après, ce n’est toujours pas réparé et nous logeons ailleurs bien sûr. Après ces aventures, que croyez-vous que fit ma femme ?  Elle est revenue, revenue, revenue …car entre temps, elle a découvert le dénuement, la pauvreté et quelques fois la misère des  broussards et elle s’est passionnée pour les actions de notre association.

Lorsque l’on parvient dans un village, après avoir emprunté une piste de savane on découvre l’absence totale de pollution. La nuit, peu ou pas de lumière, quelques feux pour cuire les repas ; on a pu constater que les gens circulaient à bicyclette sans problème au milieu des pierres alors que nous avions besoin de nos torches électriques simplement pour marcher.

Évidemment la télévision ne leur brûle pas les bâtonnets (éléments de l’œil essentiels à la vision de nuit), parmi les jeunes peu d’entre eux ont des problèmes de vision. Le plus impressionnant reste l’absence de fond sonore, à tel point qu’il est souvent difficile de s’endormir, on est en manque ! Par contre le moindre bruit se trouve « amplifié » et c’est parfois surprenant. Une nuit sous la tente nous parvint un bruit de lourde galopade « Les éléphants » s’écrie ma chère et tendre en me secouant. Me voici hors de la tente, nu comme un ver en raison de la température,  prêt  à stopper ou à dévier cette horde galopante, mais comment faire ? J’ai sur le moment fortement regretté l’absence de Tarzan pour m’aider dans cette  tâche délicate. Soudain le ridicule de ma situation m’est apparu quand j’ai pu discerner  passant assez loin des tentes un zébu (bœuf) et deux ânes échappés sans doute d’un enclos et profitant de la nuit pour faire un petit galop perturbateur. 

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Une classe à Yamou

Un projet de four solaire (voir le site Internet) a nécessité que nous préparions la venue de 4 enseignants et de 16 élèves. Pour ce faire, nous avons  effectué un déplacement de 250 km pour nous rendre au collège de Karankasso Vigué dans la province du Houet. Partis de très bonne heure et malgré notre désir d’être de retour avant la nuit, la présence de « coupeurs de route » dévalisant les voyageurs n’étant pas étrangère à ce souhait, nous avons dû honorer les différentes cérémonies de bienvenue des locaux, ce qui fait que la nuit nous a surpris sur le chemin du retour. Évidemment, nous avons crevé. La roue de secours qui nous avait été donnée n’était pas celle du véhicule ; pour la rentrer dans son logement, nous l’avons dégonflée partiellement. Une fois mise en place, cette roue salvatrice avait triste mine et nous pensions qu’elle ne tiendrait pas très longtemps. Mise à droite du véhicule nous avons essayé de la soulager en mettant un maximum de poids à gauche. À l’arrière, ma femme est venue sur mes genoux et devant, notre toubib était accroché au cou du chauffeur.

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Réalisation d'un puits

Nous sommes repartis à petite vitesse. Au bout de quelques kilomètres, celui-ci s’est arrêté et a disparu dans la nuit en nous demandant de l’attendre ; nous pensions qu’il nous abandonnait là et nous n’étions pas très fiers car la fraîcheur nous tombait dessus. Finalement il est revenu, à notre grand soulagement, avec une pompe à pied et tout un village amusé de nous voir dans la peine. Le raccord n’était pas le bon, mais ces gens ingénieux l’ont adapté et réussi à gonfler cette maudite roue et nous sommes enfin repartis. Craignant qu’elle ne se dégonfle, notre pilote a roulé à tombeau ouvert. Nous nous attendions à tout moment, par cette nuit sans lune, à percuter un animal ou une personne ou bien à faire des tonneaux, vu l’état de la piste. Nous avons éprouvé alors tous les trois une terrible peur. Quand nous aperçûmes les lumières du campement, nous avons poussé un ouf de soulagement. Nos amis inquiets de notre retard avaient veillé pour nous attendre et pouvoir nous « enguirlander ».   

Des aventures de ce type nous en avons eu quelques unes, mais permettez-moi de vous en raconter une dernière. Toute l’équipe médicale, soignants locaux compris, répondant  à une invitation du médecin-chef de Dédougou (distante de 60 kilomètres), s’était absentée. Nous nous sommes retrouvés seuls, mon épouse et moi, au campement. Tout à coup, un jeune est venu réclamer notre aide car une jeune femme accouchait. Imaginez notre stupeur et notre émoi devant un tel problème, considérant que je ne pouvais rien apporter et certain que les femmes sont plus expertes que nous en la matière j’ai donc délégué ! L’accouchement s’est bien passé. Par contre, il y a eu un petit problème avec le cordon ombilical. Que faire ? Un échange vocal s’est déroulé à distance : 

Elle : « Que dois-je faire ? »

Moi : « Coupe le cordon »

Elle : « C’est risqué »

Moi : « Fais un noeud ». 

N’entendant plus rien, je pensais que l’affaire était réglée. En fait, le bébé vagissant, encore rattaché à la mère, était dans les bras de son accoucheuse. Qu’attendait-elle ? Sans doute le retour de l’équipe médicale qui, heureusement, n’a pas tardé. Le Major lui a expliqué comment procéder en utilisant des clamps. Donc, maintenant sa formation s’est  sensiblement améliorée. Il y a au Burkina une petite fille prénommée Muriel en souvenir de Muriel qui a aidé sa maman à la mettre au monde. 

Serions nous les seuls à vivre ce type d’aventure ? que nenni !  

Arrivant de France dans le village, une jeune infirmière  a eu besoin d’utiliser les latrines (lieux d’aisances sommaires excluant toute installation sanitaire). Soudain un grand cri. Elle est ressortie complètement effarée et choquée. Tout d’abord, nous avons pensé à un voyeur ou un homme qui s’était trompé de lieu. Quand elle a pu nous parler distinctement, nous avons appris l’origine de son émoi : il y avait dans la fosse un serpent noir avec des bagues jaunes ! Que faisait-il en ce lieu ? C’est un mystère. Toujours est-il qu’il a été immédiatement puni de son indélicatesse. Quant à notre amie, durant le séjour, elle n’a plus jamais utilisé les latrines. 

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Corvée de bois sur le chemin de l'école

Nos amis, travaillant dans un autre village, attendaient le soir une voiture pour rentrer au campement. Ne la voyant pas arriver, ils ont décidé de faire le chemin à pied. La dernière  partie du trajet s’est effectuée de nuit, l’équipe discutant et blaguant. Un individu,  dénommé Coco, marchant d’un bon pas, avait pris un peu d’avance et aimant faire des farces, il s’était caché dans de hautes herbes. Au passage du convoi, il est sorti de sa cachette et a poussé un épouvantable rugissement de lion. Dans l’obscurité il y a eu débandade, même si ces animaux ne sont pas signalés dans le pays. La farce a failli tourner en drame, car notre ancien président a heurté de plein fouet un panneau routier : il est resté un petit moment sans savoir où il habitait… 

Il n’y a ici qu’un petit raccourci des anecdotes  parfois désopilantes nous concernant. Celles-ci cimentent notre équipe et j’ai trouvé là ce que je cherchais au début de mon exposé : une nouvelle famille motivée, ouverte aux discussions et à l’entraide. Si le CEA reste présent à mon esprit comme ayant été ma première famille d’intérêts, j’ai maintenant tourné une page et je ne me sens plus orphelin.

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