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Deux jours en Haut Agenais (28 et 29 avril 2009)

par Jean-Claude Chevalier

Nous  partîmes vingt-deux du CESTA et par un prompt renfort à Gradignan, nous arrivâmes quarante-six à Clairac, première étape de notre Odyssée. Chemin faisant nous avions pu nous dégourdir les neurones en tentant de répondre à un questionnaire historico-touristique concocté par notre Président. Notre Gentille Organisatrice, Christiane Brémond avait également commencé à nous instruire sur l’histoire tourmentée de son cher Lot et Garonne et sur l’émergence des bastides.

Clairac, village chargé d’histoire, semble rester à l’écart d’une mise en valeur à objectif touristique. On y trouve toutefois de belles maisons  à colombages. L’une des plus remarquables date du 16e siècle. Le lieu est surtout célèbre par son abbaye de bénédictins qui fut la plus puissante de l’Agenais. Ses revenus ont été dévolus par Louis XI  au Chapitre de la basilique Saint-Jean de Latran, cathédrale de Rome. Les moines de Clairac sont aussi les inventeurs du pruneau d’Agen, comme cela nous sera rappelé au musée du dit produit à Granges, notre deuxième étape.  Ce sont eux, qui à partir de plans de prunier ramenés de Damas par les Croisés, ont élaboré par hybridation et sélection la prune d’Ente.

Le musée du pruneau se situe dans le cadre verdoyant d’une ferme prunicole. Il est consacré en grande partie à une rétrospective portant sur la fin du 19e siècle, début du 20e de l’évolution technologique des séchage en four, opération majeure de l’élaboration du produit, tri et conditionnement. Aujourd’hui encore la préparation du pruneau et de ses produits dérivés (pruneaux fourrés, à l’Armagnac, pâtes, etc. reste essentiellement manuelle.

Dégustation et achats de souvenirs consommables effectués, nous reprenons la route à travers les vallons et crêtes du pays de Serre qui fut le théâtre d’âpres batailles pour rejoindre Villeneuve sur Lot où nous allons nous restaurer.

Après le repas à la Galerie nous jouons finement entre averses et éclaircies pour visiter Pujols et l’imposante bastide de Villeneuve sur Lot.

Pujols est un bijou de village fortifié très bien restauré. Il se situe sur un Pech qui domine Villeneuve sur Lot. Nous pénétrons dans le vieux village encore enserré dans le reste de ses remparts du 13e siècle par un passage ménagé sous une tour servant de clocher à l’église Saint Nicolas et débouchons sur la place centrale agrémentée d’une vieille halle. La rue principale très fleurie a conservé des maisons d’époque Renaissance à pans de bois et aux toits en auvent. S’y trouve également un vieux puits. Dans l’église Sainte Foy, nous admirons des restes de fresques du 15e siècle et une exposition d’œuvres d’artistes contemporains. L’histoire de Pujols, comme celle de toute la région, a été marquée par les trois principaux conflits que furent la Croisade des Albigeois à l’issue de laquelle le village fut démantelé, la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion.

De Pujols nous redescendons vers Villeneuve sur Lot. Cette  bastide, la plus grande du Lot et Garonne, fut fondée par20090428 haut agenais img01Villeuve sur Lot le comte Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis. Elle obéit au plan défini, adopté pour la plupart des bastides : enceinte orthogonale, organisée autour d’une place centrale avec galerie, rues rectilignes se coupant à angle droit et église édifiée près de la place centrale. Villeneuve sur Lot se distingue des autres bastides en ce qu’elle est traversée par le Lot. Nous y déambulons de la Tour de Paris au nord à Tour de Pujols au sud, vestiges des anciennes fortifications.   Au passage nous nous abritons d’une averse sous les galeries, les cornières de la vaste place Lafayette avec ses demeures des 17e et 18e siècles, dont deux belles maisons à colombages.

Nous nous rendons sur le Pont Vieux à trois arches depuis qu’ en 1642 une grande en a remplacé trois des cinq petites emportées par la crue. Nous y photographions sur le sommet de la Chapelle du Bout du Pont la légendaire statue de la Vierge vénérée des bateliers. Nous terminons par l’église Sainte Catherine. Cet imposant monument en briques de style roman-byzantin est de facture moderne car il date du siècle dernier. Elle abrite de remarquables vitraux des 14e et 15e siècles provenant de l’ancienne église à laquelle elle a été substituée.

20090428 haut agenais img02MonflanquinNous partons ensuite pour la dernière étape de la journée : Monflanquin. Nous y retrouvons un guide hors d’âge se targuant d’une haute lignée (bâtard d’Henri de Navarre) et possédant des talents de troubadour. Le premier souci de Janouille est de nous trouver un endroit abrité du vent frisquet qui nous rappelle que la bastide est bâtie sur un pech, la Montagne de Monflanquin. C’est donc sous le porche gothique méridional de l’église fortifiée Saint André qu’il nous en conte la genèse. C’est en 1256 qu’Alphonse de Poitiers accorde une charte des coutumes aux habitants de la bastide naissante. Dès lors Monflanquin va connaître les rendez-vous de l’histoire médiévale où Plantagenets et Capétiens vont tour à tour s’implanter dans la région.

La bastide comporte neuf carrés d’habitations sur trois lignes, le carré central faisant belle place. Chaque carré est découpé par des venelles, les carrerots,  juste assez larges pour laisser le passage à une charrette. La place centrale est flanquée de belles demeures de pierres de taille sous lesquelles on trouve les admirables voûtes des inévitables couverts. La plus belle bâtisse, classée aux monuments historiques est la maison du Prince Noir qui a servi de résidence aux Bayles, magistrats nommés par le Seigneur pour administrer la bastide. En cheminant par les rues chargées d’histoire, nous parvenons à la Place des Arts, espace culturel plus contemporain. Nous passons devant le temple qui témoigne que Monflanquin fut un point fort de l’ancrage du protestantisme en Agenais. La visite se termine, au chaud, dans les locaux du syndicat d’initiative où Janouille, après nous avoir narré quelques dernières anecdotes, nous invite à toucher l’ « écu porte-bonheur ».

Le lendemain matin, nous quittons l’hôtel Monform de Monflanquin, où une bonne nuit au calme nous a permis de refaire nos forces, en direction du château de Bonaguil. La traversée de Fumel nous permet en longeant ses friches d’évoquer les déboires de son industrie métallurgique aujourd’hui moribonde. Nous parvenons à Bonaguil, « bonne aiguille », où nous sommes accueillis par un guide qui se révèlera un distingué philologue et paléontologue. Il nous parle longuement du principal promoteur de l’édifice Béranger de Roquefeuil qui le voulut imprenable, doté des derniers perfectionnements de défense pour l’époque et du dernier cri en matière de confort. L’histoire lui donna raison puisque le château ne fut par la suite jamais attaqué. Il est vrai qu’il n’avait pas de vocation stratégique particulière.

20090428 haut agenais img03Château de BonaguilÀ la suite de notre guide, nous franchissons la première enceinte en entrant dans l’imposante barbacane située au nord. Nous passons par le Pigeonnier pour traverser le fossé et pénétrer dans la Basse Cour. Cette dernière est dominée par l’imposant Donjon en forme de vaisseau bâti sur la fameuse aiguille rocheuse. Nous nous rendons ensuite dans la Tour des Loges, siège d’un trésor d’architecture, la voûte en limaçon. De là nous descendons dans la lice est et accédons à la grotte. Celle-ci, de belles dimensions, assure un passage rapide d’un front à l’autre et servait de chambre froide. À sa sortie, nous débouchons sur l’Esplanade Ouest où nous trouvons l’imposante Tour Grosse dont l’épaisseur des murs est de 5 m  à la base. Puis, nous remontons par la Tour Carré qui sert d’écrin à l’Oratoire. Nous trouvons enfin la cour d’honneur avec sa pépite, le puits. Ce dernier, creusé à main d’homme en élargissant une faille, a une profondeur de 45 m dont 5 m d’eau. Alimenté par une source il assurait le confort du château. Nous quittons la Cour d’Honneur par le grand pont levis et la barbacane, point de départ de notre visite.

En abandonnant le site, exceptionnel à bien des égards, de Bonaguil, nous empruntons la verte vallée du Gavaudun. Au vol, nous prenons une photo du château de même nom, ancien nid d’aigle cathare et passons devant le typique village natal de Bernard Palissy. Nous aboutissons enfin, à la grande satisfaction des affamés, à Lacapelle Biron, pour nous rendre au restaurant Lou Cantou.

20090428 haut agenais img04MonpazierAprès le repas, nous prenons la route vers Monpazier. A peine descendus du car, nous pénétrons dans la bastide dont les fortifications ne sont plus aujourd’hui apparentes pour nous rendre, par la rue Notre Dame, à la Place des Cornières où nous attend notre guide. Là, nous apprenons que la bastide de Monpazier a été construite dans la dernière moitié du 13e siècle par Édouard 1er d’Angleterre à la frontière de ses possessions de Guyenne. Elle a la forme d’un rectangle et ses rues, parallèles aux côtés, lui confèrent une rigueur toute géométrique. Les quartiers formés par les rues sont eux même découpés par des ruelles, les « carreyrous ». La  Place des Cornières est entourée de maisons construites entre les 13e et le 18e siècles. C’est ainsi que des fenêtres gothiques jouxtent des fenêtres Renaissance à meneaux. Entre certaines de ces bâtisses subsistent des andrones, espaces initialement prévus pour prévenir la propagation des incendies.

Un côté de la place est occupé par la Halle à la belle charpente en châtaignier du 16e siècle. Elle a conservée ses mesures à grain. Pour nous rendre sur la limite ouest de la bastide, nous empruntons la Porte du Paradis, venelle constituée par l’ancien égout, baptisée ainsi car utilisée par les clandestins pour pénétrer dans la cité. Nous revenons dans la bastide par la rue Porte Campan pour admirer la maison du Chapitre ou Grange aux Dîmes et visiter l’église Saint Dominique remarquable par sa nef unique à quatre travées voûtée d’ogives. Nous quittons la bastide par la rue Notre Dame où se trouvent les vestiges de l’ancienne porte du même nom.

C’est l’heure de penser au retour sur le trajet duquel nous ne pourrons hélas nous arrêter à Villeréal, notre quota de bastides étant épuisé.

Avant d’arriver à Gradignan, l’occasion nous est donnée de féliciter et remercier Christiane et Jean-Jacques Brémond pour ces deux agréables journées. En dépit de sa densité, le programme prévu s’est déroulé avec une remarquable fluidité. Aussi tous les participants votent-ils en faveur d’un « remake » dans le Sud Agenais.

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