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Voyage en Pays d'Orthe (24 juin 2003)

par Jean Salinié

Après avoir attendu en vain quelques minutes les retardataires, les très jeunes retraités que nous sommes s’installent confortablement, les moins peureux à l’avant, les mauvais élèves au fond et, sous la conduite de son maître, notre car peut s’élancer sur sa route. Manifestement encore endormis par un lever si matinal, aucune manifestation n’est à signaler avant notre arrivée à Peyrehorade dont la mairie est installée dans un petit château à 4 tourelles d’angles que l’on ne visite pas mais dont les combles sont parfois ouverts au public. L’ami Pierre Laharrague nous attend avec sa charmante épouse pour une croisière périlleuse mais très agréable sur les Gaves Réunis et l’Adour de Peyrehorade à Port-de-Lanne à bord d’un bateau nommé La Hire en souvenir d’Étienne Vignolles, dit La Hire, homme de guerre gascon, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc.

20030614 img1C'était un beau groupe qui remplissait le bateauPérilleuse, non pas à cause de son pilote féminin qui a mené de main de maîtresse son esquif mais parce que notre guide et Pacha nous a aimablement invité d’éviter de tomber à l’eau à cause de la présence de crocodiles que nous ne verrons pas mais qui, paraît-il, infestent les eaux. Agréable car les rives que nous longeons sont plantées de magnifiques arbres qui donnent un sentiment de calme et de sérénité particulièrement appréciable.

Évoluant dans des terrains sédimentaires (ère tertiaire) et alluvionnaires (ère quaternaire), l’Adour a creusé une profonde vallée aujourd’hui sous-marine : le Gouf de Capbreton orienté Est-Ouest a une profondeur qui atteint 3 000m, une largeur de 3 à 10 km et une longueur de plus de 60 km et est signalé par son église-phare la seule en France avec celle de Collioure. La structure sablonneuse de cette région lui a permis de changer plusieurs fois de cours. 

Vers 900, il remonte vers Vieux-Boucau puis descend une première  fois  vers  Bayonne  en 1164  qu’il  quittepour retourner à Capbreton au XIVème siècle à la suite d’une tempête qui obstrue la passe. Devant le déclin du port de Bayonne, Charles IX confie à Louis de Foix le soin d’assurer une embouchure qui sauvegarde le port. Une crue providentielle de la Nive lui permettra de mener à bien son opération.Peyrehorade, capitale du Pays d’Orthe, carrefour chargé d’histoire, enserré entre le Pays Basque, le Béarn, la Chalosse et la forêt des Landes, est le début de la navigation fluviale sur les Gaves réunis de Pau (gaves de Gavarnie et d’Héas) et d’Oloron (130 km gaves d’Aspe et d’Ossau) et sur l’Adour (335 km). Nous longeons des rives où se pratique l’élevage sur les barthes (prairies basses) et la culture du maïs qui est ancienne car elle remonte au XVIème siècle et du kiwi beaucoup plus récente, toutes deux nécessitant un arrosage important assuré par les eaux de l’Adour. Notre guide évoquera pour nous, bien que nous ne pouvions tout voir de la rive :

    - les abbayes de Sorde et d’Arthous près de Peyrehorade qui étaient une étape pour les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle qui venaient de Bordeaux, Tours ou Paris mais la route des pèlerinages devait plutôt passer par Sorde,

    - Urcuit et son église basque à galerie extérieure,

    - Guiche et sa maison du Fauconnier construite sur piles,

    - Hastingues fondée en 1289 par John Hastings, sénéchal du roi d’Angleterre Édouard 1er Plantagenet, duc d’Aquitaine en paréage avec l’abbé d’Arthous,

    - Le Bec du Gave, confluent des Gaves Réunis et de l’Adour, où se trouve une très belle demeure ancienne qui a été restaurée par un hollandais.

Le chemin de halage est parfois visible ; le courant ou la marée était en principe suffisants mais il était parfois nécessaire de faire appel à coup de corne à la main d’œuvre locale.

Les eaux sont peuplées d’espèces qui font saliver les plus gourmands, aloses, lamproies, saumons, pibales dont le pillage pourrait conduire à la disparition des anguilles. La prolifération des écrevisses américaines est par contre si importante qu’elle a conduit au retour des cigognes qui n’hésitent pas à installer leur nid sur les caténaires. Les bords de l’Adour sont le lieu de prédilection d’oiseaux que nous avons rarement l’occasion de voir, aigrettes et hérons très nombreux, milans noirs plus rares, cormorans et martins pécheurs mais nous n’en avons pas vu.

Pendant le retour à notre port d’attache Pierre Laharrague et son épouse nous servirent un kir…tourangeau particulièrement apprécié20030614 img2Pierre et Pierrette LAHARRAGUE les GO d'un jour

Nous reprenons ensuite le car pour un déjeuner au restaurant du Fronton à Saint Lon les Mines qui nous servit le traditionnel et excellent repas landais où la garbure imposa à certains nostalgiques un chabrot que la forme des assiettes rendit quelque peu hasardeux.

Après la traditionnelle photo de groupe sur la place du fronton, nous avons été contraints de nous séparer en deux équipes, l’exiguïté des lieux imposant cette contrainte oh combien déchirante !

Visite d’une fabrique d’objets en bois où nous pûmes admirer le savoir-faire d’un artisan traditionnel, Monsieur Labarthe, pour fabriquer en une demi-heure environ une paire de sabots à l’aide d’une machine outil qui réalise par copiage les formes intérieures et extérieures, la finition étant assurée manuellement. Certains n’ont malheureusement pas hésité à détourner vers leurs camarades une sciure qui ne demandait qu’à s’envoler !

La seconde visite devait nous réserver plusieurs surprises car c’est sur les bancs d’une salle d’école que nous en suivîmes le déroulement pour ceux dont la corpulence n’interdisait pas ce périlleux exercice. Et nous ne pouvions nous empêcher de penser que le conférencier n’hésiterait pas à taper sur nos doigts frêles avec sa longue baguette au cas où notre esprit vagabond aurait été victime d’une distraction liée à l’usage abusif de drogues pendant le déjeuner. Mais nous avons surtout été conquis par la gentillesse, l’aisance et le dynamisme de ce jeune homme de quatre vingt printemps qui donnerait des leçons de courage aux plus jeunes qui ne rêvent que de RTT, séduits par la somme de connaissances et de témoignages qu’il a su rassembler et sauvegarder et enthousiasmés par les talents de conteur de cet ancien Directeur d’école qui est un grand professionnel de la communication , qui a su en peu de temps nous présenter les particularités de la batellerie et de la pêche dans son beau pays d’Orthe de même que les inexorables raisons de son déclin lorsque le chemin de fer est arrivé. Avant l’arrivée du chemin de fer, la voie fluviale était en effet très utilisée pour les transports de marchandises non périssables à destination ou en provenance de Bayonne : armagnac, vin de Tursan, sables et graviers, fer , bois, chanvre, salaisons et poissons salés, bois et denrées rares importées. Le débit d’eau de l’Adour et des Gaves était important et le dénivelé du fleuve suffisamment faible pour que la marée puisse remonter loin. On savait profiter intelligemment à l’époque des énergies renouvelables ! Port-de-Lanne était alors un port gabarier important, rendez-vous des équipages de galupes et des pécheurs d’aloses et de saumons. Le père de notre conférencier, Monsieur Lataillade, tenait La Vieille Auberge où venaient se désaltérer les marins et les pécheurs d’aloses qui attendaient l’arrivée de la marée pour pécher le saumon dans les gaves. Il a ainsi acquis de nombreux souvenirs personnels qui l’ont aidé a créer sans aucune aide ce musée qui est un témoignage vivant de la vie régionale.

Après ces deux visites passionnantes, nous avons pris congé avec regret de nos hôtes et quittant un Pays d’Orthe que beaucoup d’entre nous ont découvert et apprécié et nous avons repris le chemin du retour.

Arrivée au CESTA comme prévu vers 19 heures; avec les au revoir, on se dit à la prochaine qui aura lieu à l'initiative de notre ami André Hurvois dans son Périgord vert  et plus précisément autour de Brantôme.